Secteur du lait : l’injection de liquidités ne suffit pas

Les représentants des producteurs laitiers réclament un système cohérent de régulation plus que des financements sporadiques.

Les représentants des producteurs laitiers réclament un système cohérent de régulation plus que des financements sporadiques.

Merci, mais on repassera. Les 280 millions d’aides supplémentaires au secteur laitier annoncés par la commissaire à l’Agriculture et à la pêche, Mariann Fischer Boel peu avant le Conseil des ministres européens de l’Agriculture, le 19 octobre 2009, n’ont pas convaincu les représentants des producteurs. Ils considèrent la mesure insuffisante, mais surtout inadaptée pour faire face à la crise actuelle et assurer le fonctionnement futur du marché.

Les revendications en provenance de nombreux États membres (EURACTIV.fr 09/09/2009) privilégient davantage de régulation. La Cour des comptes soutient d’ailleurs cette position, dans un rapport publié le 15 octobre 2009 (lire encadré).

Les mesures communautaires ne sont pas forcément à la hauteur de ce texte, selon le responsable des affaires juridiques à la Fédération nationale des producteurs de lait, Etienne Fabrègue. Le prolongement des délais d’intervention et l’extension des dispositions de l’article 186 sur l’organisation commune des marchés au secteur laitier lui paraissent de bonnes idées, mais insuffisantes. « C’est très bien de prévoir une meilleure information des consommateurs et une gestion plus responsable des stocks, mais ce n’est pas nouveau », déplore-t-il par ailleurs.

Les 280 millions d’euros sont « finalement la seule vraie nouvelle », estime Etienne Fabrègue. Selon lui, si les ministres européens de l’Économie et des Finances valident l’enveloppe totale le 19 novembre 2009, la proportion qui reviendra à la France devrait être d’environ 47 millions.

Plus que la trésorerie, il s’agit de rétablir « un rapport de force » pour en finir avec la situation de dépendance des producteurs vis-à-vis de leurs distributeurs, considère cependant Etienne Fabrègue. Et surtout « un vrai pilotage du secteur y compris en l’absence de quotas ». Ceci éviterait une pression environnementale encore plus forte sur les régions déjà trop exploitées à cause d’une mauvaise répartition des aides.

Les syndicats agricoles français rencontrent le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, mardi 20 octobre. L’occasion de faire le point sur les annonces communautaires, mais aussi après la très large mobilisation lors de la journée d’action nationale organisée par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs le 16 octobre dernier.

POSITIONS :

Le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, s’est montré satisfait en sortant de la réunion. « On avait fixé des objectifs. Ils sont atteints », a-t-il dit. « L’enjeu de ce conseil des ministres dépasse largement la question du lait. Les décisions prises engagent l’ensemble de l’agriculture européenne. Elles engagent la sécurité alimentaire et sanitaire de l’Union », a-t-il poursuivi.

« Trop peu, bien tard », résume le communiqué de presse de la FNSEA qui rappelle l’urgence de trouver des solutions à la crise après la manifestation de 52 000 paysans vendredi 16 octobre 2009.

Contacté par EURACTIV.fr, le président de l’Organisation des producteurs de lait (OPL), Daniel Condat, a refusé de prendre positions sur les décisions européennes avant sa rencontre avec le ministre Bruno Le Maire, prévue mardi 20 octobre.

« On ne rétablira pas la confiance avec ce seul apport », a regretté le député européen Michel Dantin (PPE), déçu du montant de 280 millions d’euros par rapport à la dotation de 600 millions d’euros proposée dans une résolution du 17 septembre 2009. « Certes Mariann Fischer Boel se réfère à des statistiques, notamment sur une augmentation du prix du beurre, mais on est bien loin d’une répercussion sur les producteurs », souligne-t-il.

Mêmes doutes au parti des Verts/ALE. « Aucun État membre ne serait revenu sur la suppression des quotas. Reste que selon la Cour de comptes, malgré tous ses défauts, ils sont la meilleure manière de légitimer les dépenses publiques », estime un proche de José Bové.