« Shrinkflation » : le gouvernement veut rendre plus explicite la hausse des prix

Le gouvernement a soumis à la Commission européenne un projet d'arrêté contraignant à horizon mars qui obligerait les supermarchés à expliciter davantage les cas de « shrinkflation » ou « réduflation ».

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Le gouvernement prévoit d'imposer aux supermarchés de faire figurer, sur les références ayant fait l'objet d'une réduction des portions, la mention « pour ce produit, la quantité vendue est passée de X à Y et son prix au (préciser l'unité de mesure concernée) a augmenté de ... % ou ... € », selon le projet d'arrêté que l'AFP a consulté lundi (1er janvier). [Piscine26 / Shutterstock]

Le gouvernement a soumis à la Commission européenne un projet d’arrêté contraignant à horizon mars qui obligerait les supermarchés à expliciter davantage les cas de « shrinkflation » ou « réduflation », quand les quantités d’un produit sont réduites, alors que le prix reste inchangé voire plus élevé.

L’objectif est d’éviter les mauvaises surprises aux consommateurs, à défaut de pouvoir faire baisser les prix.

Le ministère de l’Économie travaille à un projet d’arrêté à horizon mars « pour répondre à la demande des consommateurs d’être mieux informés en cas de shrinkflation sur certains produits », indiquait mardi (2 janvier) à l’AFP le cabinet de la ministre déléguée au Commerce Olivia Grégoire.

L’arrêté est soumis à la Commission européenne pour vérifier la conformité avec une directive européenne de 2015 sur la transparence des règles techniques.

Derrière l’anglicisme – du verbe anglais « to shrink », rétrécir, et dont il existe un équivalent francophone, la réduflation -, il s’agit d’une pratique des fabricants de produits de grande consommation, agro-industriels ou distributeurs, consistant à réduire les quantités des produits vendus plutôt que d’augmenter – trop – significativement les prix.

Moins de viande ou de frites

Cette pratique, qui existe aussi dans la restauration (une entrecôte un peu plus légère, ou un peu moins de frites, pour le même prix), est légale à condition que la mention du poids de la denrée soit modifiée.

Ce n’est pas forcément pour tromper le consommateur que les fabricants changent les quantités : cela peut être pour s’aligner sur la concurrence ou pour éviter de franchir un seuil de prix tel qu’il détournerait l’acheteur du produit.

Le distributeur Carrefour avait par exemple réduit drastiquement les quantités de ses légumes « premiers prix » pour rester sous les 1 euro, rappelait en décembre le média 60 millions de consommateurs, évoquant le passage de trois à deux salades ou la réduction d’un tiers du filet de pommes de terre.

Le même distributeur avait quelques semaines plus tard signalé dans ses rayons certains de ses fournisseurs ayant réduit les grammages de certains produits – une petite trentaine de références sur les milliers que compte un supermarché et dizaines de milliers que compte un hypermarché.

Le gouvernement prévoit d’imposer aux supermarchés de faire figurer, sur les références ayant fait l’objet d’une réduction des portions, la mention « pour ce produit, la quantité vendue est passée de X à Y et son prix au (préciser l’unité de mesure concernée) a augmenté de … % ou … € », selon le projet d’arrêté que l’AFP a consulté lundi (1er janvier).

Cette mention doit être placée « directement sur l’emballage ou sur une étiquette attachée ou placée à proximité de ce produit, de façon visible, lisible », précise encore le texte.

Le cas Kiri

« Si la Commission ne fait aucun commentaire sur le projet notifié, alors la publication au Journal officiel pourra avoir lieu à la fin du mois de mars 2024 », a indiqué le cabinet d’Olivia Grégoire.

Mi-décembre, le spécialiste du secteur de la distribution Philippe Goetzmann avait publié avec la fondation Jean Jaurès un avis sur cette pratique de réductions des quantités.

Le spécialiste y rappelait que « les prix sont libres, ainsi que les grammages » et que les réductions de quantité sont « généralement accompagnés d’évolutions de recette ». Comment alors savoir ce qui relève de « l’innovation » alimentaire – un changement de recette, avec par exemple moins de sucre ou de sel -, et ce qui n’est qu’une hausse de prix masquée?

Le cas s’est posé récemment concernant le célèbre fromage fondu Kiri. En septembre 2022, l’association de défense des consommateurs Foodwatch, qui avait la première alerté les consommateurs sur la « shrinkflation », avait cité le célèbre carré comme produit ayant fondu de 10 %, passant de 20g à 18g.

Mais l’agro-industriel derrière la marque, Bel, avait contesté l’accusation en réduflation, arguant que le fromage est désormais vendu « dans une nouvelle recette plus naturelle, sans additifs » et fabriqué en France à base de lait français.

La mesure ne semble en tout cas pas de nature à faire baisser les prix en rayons. Les tarifs ont flambé de plus de 20 % en moyenne dans l’alimentaire en deux ans.