La robotique prend le relais sur le désherbage
La réduction de l’usage des produits phytosanitaires confronte de nombreux agriculteurs au problème du désherbage manuel : un travail pénible, pour lequel la main d’œuvre est difficile à trouver. Les robots désherbeurs pourraient apporter une réponse.
La réduction de l’usage des produits phytosanitaires confronte de nombreux agriculteurs au problème du désherbage manuel : un travail pénible, pour lequel la main d’œuvre est difficile à trouver. Les robots désherbeurs pourraient apporter une réponse.
Arracher les mauvaises herbes à la main est un travail de titan, auquel l’arrivée des désherbants chimiques en agriculture avait mis fin. Mais alors que la réduction de l’usage des produits phytosanitaires est devenue une priorité politique, et que l’agriculture biologique se développe tous azimuts, la question du désherbage revient sur la table.
Outre la pénibilité du désherbage, la tâche est également très consommatrice de main d’œuvre. «Environ un tiers du temps de travail d’un maraîcher est consacré aux tâches de désherbage. Et il est très difficile de trouver de la main-d’œuvre » explique Maët Le Lan, responsable de la station expérimentale en maraîchage de Bretagne Sud, qui planche depuis plusieurs année sur l’amélioration des conditions de travail des agriculteurs.
Résultat, les tâches de désherbage sont principalement réalisées par les maraîchers, qui sont très nombreux à souffrir de troubles musculo-squelettiques.
Amélioration des conditions de travail
C’est sur ce constat que la firme Naïo Technologie s’est lancé dans le développement d’un robot désherbeur. « L’idée de base c’était des discussions que nous avions avec des agriculteurs qui avaient beaucoup de mal à trouver de la main-d’œuvre en raison de pénibilité du travail de désherbage » explique Gaëtan Séverac, ingénieur en robotique et co-fondateur Naïo Technologie.
Baptisé Oz, le petit robot électrique développé depuis quelques années par Naïo technologie peut se faufiler entre les rangs de légumes grâce à son guidage GPS. A l’aide d’une caméra et d’un laser, Oz repère son trajet entre les salades ou les plants de tomates, évite les obstacles éventuels. « La caméra et le laser servent à faire la différence entre une mauvaise herbe et une salade, pour éliminer la bonne » explique Gaëtan Séverac.
Une centaine de maraîchers se sont déjà équipés principalement en France, mais aussi dans certains pays tels que la Belgique ou les Pays-Bas. « Cela fait plus de 30 ans que des projets de recherches existent sur la robotique et le désherbage ou la cueillette. Mais ils étaient limité par le coût et la technologie » explique l’ingénieur. Les avancées technologiques ont aujourd’hui ouvert le champs des possibles.
Solution prometteuse
Si sur le papier la solution est prometteuse, plusieurs obstacles se dressent sur la route d’Oz. La technologie du robot désherbeur n’est pas encore tout à fait au point. « Le robot fait des erreurs sur le désherbage. Parfois si une mauvaise herbe est trop haute, il va la contourner et abîmer les plants de légumes » détaille Maët Le Lan, qui mène une expérimentation sur le robot depuis 5 ans à la station expérimentale.
L’idée est de tester les différentes mises à jour du robot pour pouvoir conseiller les agriculteurs dans leurs investissements. Car Oz à un coût : environ 25 000 euros. « Nous devons pouvoir dire aux maraîchers si ça vaut le coup d’investir ou non » explique la responsable. Aujourd’hui la performance du robot est variable selon les exploitations, l’appétence des agriculteurs pour la technologie, etc.
Outre le coût et les améliorations à apporter à Oz, la programmation du robot est compliquée par la grande variété des cultures : choux, navets, salades, carottes, panais, chaque légume cultivé sur une exploitation a un écartement différent. Des informations qui doivent être programmées sur le parcours d’Oz.
« Aujourd’hui, on compte parmi nos clients une moitié d’agriculteurs biologiques. Mais dans la viticulture, nous avons des vignerons qui souhaitent seulement passer en zéro désherbant » détaille Gaëtan Séverac. Un choix qui demeure coûteux « Aujourd’hui, on est plus cher que le désherbant chimique, donc les agriculteurs qui choisissent de s’équiper sont dans une vraie démarche de réduire le chimique ».
La robotique au secours du désherbage
Outre le robot Oz pour le maraichage et Ted, le robot enjambeur de vigne désherbant de Naïo Technologie, d’autres firmes se sont lancées dans le développement de la robotique pour faire face à la gestion de l’enherbement.
Touti Terre, une PME basée en Haute-Savoie a développé le robot Toutilo, qui permet aux maraîchers de désherber à la main, mais dans une position beaucoup plus ergonomique.
Le robot circule entre les rangs de légume et le maraîcher installé dessus peut ainsi éviter la répétition des stations « débout – à genou ». Une solution qui permet de réduire d’environ 20% le temps de travail consacré au désherbage. et de réduire la pénibilité de la tâche.
D’autres machines proposent enfin une utilisation de désherbants ultra-précise. C’est le cas du robot Ecorobotix, qui cible davantage les aux grandes cultures de céréales et permet de pulvériser une micro-dose de désherbant sur l’emplacement exact de la mauvaise herbe.