Standard & Poor's critiqué après la dégradation de la note de la France

L’agence de notation a dégradé la note de la France le 8 novembre. Elle considère que les réformes engagées manquent d’efficacité et  tire la sonnette d’alarme sur la situation fiscale du pays et le taux de chômage.

EURACTIV.fr / Reuters
This article is part of our special report "Emploi et croissance"
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L’agence de notation a dégradé la note de la France le 8 novembre. Elle considère que les réformes engagées manquent d’efficacité et  tire la sonnette d’alarme sur la situation fiscale du pays et le taux de chômage.

Chômage élevé et ras-le-bol fiscal,  dénonce  l’agence de notation Standard & Poor's. Cette dernière a abaissé le 8 octobre d'un cran la note souveraine de la France à AA contre AA+.  Une décision qu’elle a expliqué par l’absence de marge de manœuvre budgétaire de l’Etat, et par le niveau de chômage du pays.

Standard & Poor's  estime notamment que les réformes engagées par le gouvernement n'améliorent pas substantiellement le potentiel de croissance à moyen terme, ce qui limite sa capacité à consolider le redressement des finances publiques.

 « Nous estimons que les réformes engagées dans les domaines de la fiscalité, du secteur des biens et services et du marché du travail n'amélioreront pas sensiblement les perspectives de croissance de la France à moyen terme, et que la persistance d'un taux de chômage élevé affaiblit le soutien populaire en faveur de nouvelles mesures d'envergure en matière de politique budgétaire et de réformes structurelles », explique-t-elle dans un communiqué.

« Nous pensons également que la faible croissance économique limite la capacité du gouvernement à consolider le redressement des finances publiques », poursuit-elle.

L’agence de notation a toutefois donné une perspective stable à sa note,  reflétant la détermination du gouvernement à tenir la dette publique, ajoute l'agence de notation qui s'attend à ce que le ratio d'endettement net de la France culmine à 86% en 2015.

Le gouvernement proteste

La nouvelle a été accueillie froidement par le ministre de l'Economie et des Finances Pierre Moscovici.  Dans un communiqué, le ministre dit regretter « les jugements critiques et inexacts portés par l’agence de notation  Standard and Poor’s. […] Le gouvernement a mis en œuvre au cours des dix-huit mois écoulés des réformes d’envergure pour redresser l’économie du pays, ses finances publiques, et sa compétitivité ».

« Pierre Moscovici regrette la décision de l'agence de notation (…) même s'il note que cette notation demeure parmi les plus élevées », poursuit le  communiqué. « Jamais un gouvernement n'avait conduit autant de réformes en un temps si court, et dans un contexte conjoncturel aussi difficile », poursuit le texte.

Le ministre a été rejoint dans son analyse par l'économiste Paul Krugman, qui dans une chronique sur le New-York Times, juge la position de S&P plus idéologique que vraiment fondée sur les chiffres. Selon l'économiste, le fait que la France augmente les impôts plutôt que de les baisser, et tente de sauver l'Etat providence plutôt que de le détricoter, est à l'origine de la dégradation de la note.

>>Lire en anglais : Ideological Ratings

Casse-tête du déficit public 

La France a relevé mercredi sa prévision de déficit public pour l'an prochain à 3,6% du PIB pour tenir compte d'un exercice 2013 nettement moins bon que prévu sur le plan budgétaire du fait de prévisions de recettes fiscales optimistes et de coûts imprévus.

Les ministres de l'Economie et du Budget ont annoncé que le déficit de 2013 s'élèverait à 4,1% du PIB, au lieu des 3,7% prévus, alors même que la légère amélioration de la conjoncture enregistrée depuis le printemps les a amenés à maintenir la prévision de croissance annuelle de l'économie à 0,1%. Le déficit public représentait 4,8% du PIB fin 2012.

Nouveau coup de semonce 

La dégradation de la note française est un nouveau coup dur pour le gouvernement, qui tente depuis des mois d'assainir les finances du pays en multipliant les mesures d'économies sous la houlette de Bruxelles.

La France doit par ailleurs recevoir l'avis de la Commission européenne sur son budget 2014 le 15 novembre prochain.

Le 5 novembre, la Commission européenne avait elle aussi émis des doutes sur l'efficacité des bonnes intentions françaises dans la réduction du déficit public. Dans ses dernières prévisions économiques, l'exécutif européen avait estimé que la France ne pourrait pas tenir son engagement de ramener son déficit public sous la barre de 3% d’ici à 2015.

Bruxelles avait également affiché son pessimisme sur l'évolution de la courbe de chômage, que le gouvernement espère orienter à la baisse dès la fin de l'année. Pour la Commission, le nombre de chômeurs devrait continuer à grimper jusqu'en 2015, pour s'établir à 11,3%.