Syrie post-Assad : l’UE ouvre un débat sur les retours de ressortissants syriens

Les États membres de l’UE se préparent à un débat délicat pour établir si les conditions permettent désormais le retour, voire l’expulsion forcée, de certains ressortissants syriens, selon un document de travail obtenu par Euractiv.

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Envoyé cette semaine aux représentants nationaux, ce document pourrait marquer la première réflexion sérieuse à Bruxelles sur la reprise des expulsions vers la Syrie. La question doit être discutée mercredi 8 octobre par les représentants des États membres au Comité des représentants permanents (Coreper), avant une discussion du Conseil « Affaires intérieures » la semaine prochaine.

Le document appelle à une discussion entre les gouvernements de l’UE sur la faisabilité des retours volontaires et forcés, en particulier pour les personnes « présentant un risque pour la sécurité » ou les « criminels condamnés » qui n’ont pas le droit de rester dans l’UE.

Au cours des derniers mois, certains États membres ont déjà entamé un dialogue avec les autorités de transition syriennes afin d’explorer les possibilités de coopération en matière de mécanismes de retour.

Le document interne note que « plusieurs États membres estiment désormais que les conditions permettent le retour forcé » de certaines catégories de personnes.

En juillet, lors d’une réunion sur la question migratoire en Allemagne, plusieurs ministres de l’Intérieur de l’UE ont estimé que « les retours vers l’Afghanistan et la Syrie doivent être possibles ». Le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, avait été rejoint par ses homologues français, polonais, autrichien, danois et tchèque, en présence du commissaire Magnus Brunner.

Une nouvelle Syrie, mais toujours instable

L’effondrement du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024 et la nomination du président par intérim Ahmed Al-Sharaa, ainsi que la mise en place d’un gouvernement de transition qui s’est engagé à œuvrer pour la réconciliation, la réforme démocratique et le respect des droits de l’homme, ont transformé le paysage politique.

Malgré ces développements, l’UE reconnaît que la Syrie reste dans une situation instable. Le document cite la violence persistante, les victimes civiles et les destructions généralisées comme obstacles à un retour sûr et durable. Des efforts de reconstruction sont en cours grâce à des investissements de l’UE, de la Turquie et des États du Golfe, mais la situation humanitaire reste catastrophique.

Pour l’instant, le HCR a mis en garde contre tout retour forcé. En avril, le directeur de l’Organisation internationale pour les migrations des Nations unies a confié à Euractiv que le retour à grande échelle des migrants de l’UE vers la Syrie était actuellement irréalisable.

Selon le document, 3 398 retours volontaires de ressortissants syriens ont été effectués entre mars et septembre 2025 avec le soutien de Frontex, à la suite de la décision de l’agence de reprendre ses opérations limitées vers la Syrie au début de l’année.

Les principaux pays participants étaient Chypre, l’Allemagne et le Danemark.

Au total, 12 365 décisions de retour ont été prises concernant des Syriens au cours du premier semestre 2025, soit une augmentation de 12 % par rapport à l’année précédente, ce qui suggère une volonté politique croissante en faveur des retours, même si le HCR continue de mettre en garde contre le fait que « les conditions pour des retours à grande échelle sûrs, dignes et durables ne sont pas encore réunies », peut-on lire dans le document.

Un débat délicat

Le débat sur les expulsions vers la Syrie risque d’être controversé. Certains pays de l’UE, en particulier ceux qui sont confrontés à des pressions internes pour freiner l’immigration, pourraient faire pression pour une reprise plus rapide des retours. D’autres risquent de mettre en garde contre le fait que toute mesure prématurée pourrait porter atteinte au droit international et aux principes humanitaires, en particulier au principe de non-refoulement, qui interdit de renvoyer des personnes dans un endroit où elles pourraient subir des préjudices.

La présidence danoise du Conseil a invité les États membres à partager leurs expériences et leurs positions, marquant ainsi le début d’une réévaluation plus large de la position de l’Europe sur la Syrie post-Assad.

Pour Bruxelles, cette question va au-delà de la gestion des migrations ; elle teste l’approche collective de l’UE face à un Moyen-Orient en pleine mutation. L’UE s’étant engagée à verser 175 millions d’euros pour soutenir la reprise sociale et économique de la Syrie, la question est désormais de savoir si l’Europe passera de l’aide humanitaire à la facilitation des retours de ressortissants syriens, volontaires ou non.

(asg)