Ukraine : les limites de la surveillance high-tech pour faire respecter un cessez-le-feu
La possibilité d’utiliser l’actuelle ligne de front de 1 400 kilomètres en Ukraine comme base d’un éventuel cessez-le-feu avec la Russie soulève de nombreuses interrogations, notamment sur la faisabilité et les exigences techniques de la surveillance d’un territoire aussi vaste.
Depuis leur apparition, les capacités spatiales sont utilisées pour surveiller les cessez-le-feu et les zones démilitarisées. Toujours opérationnels, les satellites peuvent suivre des mouvements à grande échelle et fournir, en moins d’une heure, des images suffisamment précises pour identifier et compter des centaines de véhicules.
Selon une source proche du dossier, Washington semble vouloir prendre la tête de la surveillance du cessez-le-feu en Ukraine, en utilisant son arsenal de technologies modernes. Il s’agit notamment de drones, de capteurs et de satellites — les trois éléments fondateurs des tactiques de guerre modernes actuellement utilisées par Kiev.
Cependant, les Européens et les Ukrainiens devront s’appuyer sur l’imagerie satellite américaine, que seuls les États-Unis peuvent fournir. Une dépendance qui pose problème.
Les États-Unis sont actuellement loin d’être un allié fiable en matière de partage d’informations, mais les Européens ne disposent pas des moyens nécessaires pour agir seuls en termes de satellites, de technologies plus proches du terrain et de troupes. Dans ces conditions, la mise en place d’un mécanisme crédible de contrôle du cessez-le-feu en cas de violation s’annonce particulièrement complexe.
« [Les Européens] ne sont pas à la hauteur dans le domaine spatial : les États-Unis peuvent fournir le temps de réponse le plus rapide car ils disposent de plus de moyens », explique le Dr Bleddyn Bowen, du Centre de recherche spatiale de l’Université de Durham.
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Investissements européens
Conscients de cette vulnérabilité, les Européens ont néanmoins engagé des investissements massifs dans des satellites dédiés au renseignement, à la surveillance et à la reconnaissance.
Les futures capacités spatiales présenteront non seulement un intérêt stratégique et opérationnel sur le plan militaire, mais aussi un avantage tactique, confie Joost Elstak, vice-président d’ICEYE, à Euractiv.
Les ressources spatiales permettraient non seulement de suivre chaque semaine l’évolution de la situation au sol pour les agences de renseignement, mais pourraient même influencer la prise de décision au niveau d’un commandant de bataillon qui a besoin de savoir s’il doit déployer des forces toutes les heures, ajoute-t-il.
Les capacités européennes permettant de remplacer les Américains seront disponibles d’ici deux ou trois ans, selon Aravind Ravichandran, du cabinet de conseil TerraWatch Space. Par exemple, ICEYE, un fabricant finlandais de microsatellites, a déjà eu un impact sur le marché en fournissant des images aux forces armées ukrainiennes. Des entreprises américaines telles que Planet s’associent également à des gouvernements européens, comme celui de l’Allemagne, permettant ainsi aux Européens de recevoir directement les données.
Erik Stijnman, du groupe de réflexion néerlandais Clingendael, se montre moins optimiste, suggérant que l’indépendance européenne pourrait devoir attendre plusieurs années, certainement « trop longtemps pour être utile ».
Une relation qui comporte des risques
Dans l’intervalle, l’OTAN pourrait offrir une solution partielle. Bleddyn Bowen suggère que l’Alliance pourrait jouer un rôle de centre de coordination pour l’imagerie et les données satellitaires dans le cadre de la surveillance d’un cessez-le-feu, en intégrant les capacités européennes.
Mais la dépendance vis-à-vis des États-Unis reste un risque. L’an dernier, les États-Unis ont temporairement suspendu le partage d’informations spatiales avec l’Ukraine, rappelant brutalement aux Européens et aux Ukrainiens leur dépendance à l’égard des capacités américaines.
La stratégie de sécurité de l’administration Trump affiche par ailleurs clairement son attente que l’Europe renforce ses capacités de défense de manière plus autonome.
Les experts avertissent qu’il n’y a aucun moyen d’éviter le chantage américain, un changement de plans ou la dissimulation d’informations. « L’imagerie satellite deviendra davantage un levier géopolitique », prévient Aravind Ravichandran.
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La technologie ne fait pas tout
Toute surveillance technologique doit être associée à des troupes et à des capacités de frappe sur le terrain, insistent les experts. Il n’y a pas de cessez-le-feu sans moyens pour le faire respecter, souligne Erik Stijnman. « Il faut tuer les soldats qui traversent la zone démilitarisée », dit-il.
Bleddyn Bowen note quant à lui qu’« aucune technologie ne peut remplacer une force suffisante sur le terrain ».
Jusqu’à présent, les plans officiels français et britanniques ne précisent pas combien de soldats les soutiens de Kiev seraient prêts à déployer le long des 1 400 km de ligne de front.
Mais si l’Occident espère que davantage de satellites pourront faire le travail avec moins de personnel déployé, « c’est un fantasme », avertit Bleddyn Bowen.