Un agriculteur sur deux à la retraite dans dix ans : ce que comptent faire les candidats à la présidentielle

EURACTIV France a épluché les propositions des candidats à l'élection présidentielle en matière d'agriculture. Cette semaine, nous passons à la loupe les mesures pour favoriser le renouvellement des générations.

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EURACTIV France vous propose de regarder de plus près le volet agricole du programme des candidats à l'élection présidentielle. [Esther Snippe/EURACTIV/Shutterstock] [Esther Snippe]

C’est un défi majeur, que devront prendre à bras le corps nos dirigeants dans les années à venir : le renouvellement des générations d’agriculteurs. D’ici une décennie, 45% d’entre eux partiront à la retraite. A l’heure où l’autonomie alimentaire devient une priorité, comment pallier ce déficit annoncé ?

A l’occasion du congrès de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), l’organisation a invité mercredi (30 mars) les principaux candidats à l’élection présidentielle (qui dépassent 2% dans les sondages) pour présenter leur programme dans le domaine et répondre aux questions des représentants du secteur.

Fabien Roussel (PCF), Marine Le Pen (RN), Emmanuel Macron (EM), Eric Zemmour (Reconquête), Valérie Pécresse (LR) et Jean Lassalle ont répondu positivement à l’invitation. Seuls Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Yannick Jadot (EELV) ont décliné.

Si de nombreux sujets comme la compétitivité de l’agriculture française ou les normes environnementales ont été abordés, le problème démographique irriguait l’ensemble des discussions. Tous les candidats ont détaillé leurs mesures pour relever ce défi. EURACTIV France a également relevé les propositions des autres prétendants.

Un nouvelle génération d’agriculteurs

Les chiffres sont édifiants : 55% des agriculteurs français ayant aujourd’hui plus de 50 ans, près de la moitié d’entre eux partira en retraite dans dix ans. Ils sont moins de 400 000 aujourd’hui. Ils étaient 1,6 millions au début des années 1980. Selon l’Insee, leur part dans l’emploi est passé de de 7,1 % en 1982 à 1,5 % en 2019.

Pour combler ce vide à venir, le communiste Fabien Roussel, le premier à passer derrière le pupitre, annonce vouloir atteindre 500 000 agriculteurs en 2030. Cela signifie installer entre 20 et 25 000 agriculteurs par an. « Sinon on ne tiendra pas, nous ne pourrons plus nourrir nos concitoyens » prévient-t-il.

Emmanuel Macron, interrogé à distance depuis son QG de campagne, a avancé un objectif légèrement plus modeste : « compte tenu pyramide des âges, nous devons atteindre 20 000 par an. » Contre 12 à 14 000 aujourd’hui. Une ambition inscrite dans son « grand texte d’orientation et d’avenir agricole » qu’il avait présenté fin février au Salon International de l’agriculture.

Dans son programme, Jean-Luc Mélenchon est le plus ambitieux avec la création d’au moins 300 000 nouveaux emplois agricoles pendant son mandat. Des emplois basés sur des projets agroécologiques et vivriers, intégrant le mieux possible toutes ces « personnes non issues du milieu agricole ».

Pour assurer la relève, tous les candidats insistent sur l’importance de la formation. Même si « les écoles d’agriculteurs n’ont jamais été aussi pleines » comme l’a souligné Samuel Vandaele, le président de Jeunes Agriculteurs, en préambule de la journée.

Concrètement, Fabien Roussel veut doubler les moyens dans la formation agricole, Emmanuel Macron la « renforcer » dans sa future loi, tandis qu’Eric Zemmour et Marine Le Pen insistent sur l’apprentissage. Pour la candidate du Rassemblement national, il faut encourager les agriculteurs à prendre des jeunes en apprentissage, mais aussi aider ceux qui travaillent dans les fermes à côté de leurs études. Marine Le Pen annonce que l’Etat aidera à financer ces « salaires complémentaires » pour décharger les employeurs.

Les aides à l’installation

Au-delà de la formation, faciliter l’accès aux terres est un levier majeur inscrit dans l’ensemble des programmes. Dans le cas d’un jeune qui souhaite reprendre une exploitation, Marine Le Pen, Eric Zemmour et Jean Lassalle – le dernier à passer – veulent tout simplement supprimer les impôts sur les successions.

Pour la première, cela doit néanmoins être conditionné à un maintien de l’exploitation pendant 10 ans. Valérie Pécresse n’est pas loin, en proposant la défiscalisation à hauteur de 95%.

Lors d’une accession hors cadre familiale, le dispositif de portage foncier devrait être inclus dans la loi d’orientation d’Emmanuel Macron, et figure aussi parmi les engagements de Valérie Pécresse. Il s’agît d’une aide à l’acquisition qui permet au jeune d’étaler les coûts d’installation, en ne payant que la construction du bâti par exemple, alors que l’achat du terrain se voit différé.

La candidate des Républicains souhaite en plus la suppression de la taxation des plus-values lors de la session à un jeune agriculteur, tandis qu’Eric Zemmour propose l’augmentation de la dotation jeune agriculteur (DJA), une aide au démarrage, et de mettre en place des systèmes de parrainage.

Si globalement les candidats de droite à l’instar de Valérie Pécresse, mais aussi Marine Le Pen ou Jean Lassalle sont attachés à une agriculture familiale et désirent par conséquent faciliter la transmission par des exonérations, les candidats de gauche misent plutôt sur les structures publiques pour faciliter l’accès aux terres.

Jean-Luc Mélenchon souhaite créer de nouveaux établissement publics foncier ruraux (à la place des SAFER), afin de faire baisser le prix du foncier et maintenir des terres vouées à des projets agricoles vertueux pour l’environnement et le territoire. Mais c’est peut-être Anne Hidalgo qui insiste le plus sur cette question de l’installation des jeunes agriculteurs. Elle prévoit de faire voter « une loi de régulation, de partage et de protection du foncier agricole, et un plan décennal de renouvellement des générations ».

Ces mesures ciblées s’inscrivent pour chacun des candidats dans une démarche plus globale d’amélioration de la qualité de travail et des revenus des agriculteurs. Avec des visions et des démarches propres. Mais à long terme, tout le monde s’accorde à dire qu’une meilleure attractivité de la profession encouragera les jeunes à s’installer.

Sans oublier les ainés

Accompagner la transmission d’une génération à une autre ne peut se faire sans prendre en compte ceux qui partent. Nos ainés. Outre les propositions générales des candidats sur la retraite, Valérie Pécresse a tenu à préciser qu’un complément de retraite serait alloué pour le cédant qui accompagnerait un jeune. Elle annonce aussi que personne, à commencer par les agriculteurs, ne touchera moins que le SMIC (salaire minimum).  De même que les veuves qui n’ont pas cotisé verront leur pension de réversion passer de de 54% à 75%.

De l’autre côté du spectre politique, Jean-Luc Mélenchon entend relever les retraites agricoles au niveau du SMIC revalorisé (1 400 euros net par mois).

« Il ne faut plus que le fait de reprendre une exploitation, parce qu’on est le fils ou parce qu’on l’a rachetée ou louée soit accompagné d’une peur panique » scande avec emphase Jean Lassalle pour clôturer la mâtinée. Ce fils d’agriculteur prévoit d’allouer trois milliards d’euros du budget au développement des campagnes françaises.

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