Un eurodéputé influent critique la « doctrine Šefčovič » en matière de sécurité économique
Bernd Lange, président de la commission du Commerce international (INTA) du Parlement européen, a dénoncé la volonté de la Commission européenne de développer une « doctrine » en matière de sécurité économique, arguant que cette initiative risquait de compromettre le système commercial fondé sur des règles et de limiter la capacité de l’UE à s’adapter aux politiques changeantes des États-Unis et de la Chine.
Alors que le commissaire au commerce, Maroš Šefčovič, devrait dévoiler la « doctrine européenne de sécurité économique » le 3 décembre, Bernd Lange a appelé jeudi 20 novembre à privilégier des « solutions flexibles » à des « problèmes concrets », plutôt qu’un cadre rigide qui pourrait, selon lui, devenir « une vérité absolue ».
« Je crains que l’UE ne s’engage sur une voie qui mène à davantage de protectionnisme », a expliqué l’élu lors d’un évènement à Bruxelles. « Et nous verrons le 3 décembre cette “doctrine Šefčovič”, la doctrine de sécurité économique ; je connais la doctrine Truman et je connais la doctrine Brejnev, et je ne suis satisfait ni de l’une ni de l’autre », a-t-il continué, faisant référence aux politiques de l’ancien président américain et du dirigeant soviétique pendant la Guerre froide.
Bernd Lange a également suggéré qu’un changement de gouvernement aux États-Unis ou une « évolution » politique à Pékin obligerait probablement la Commission, qui supervise la politique commerciale de l’Union, à modifier fondamentalement sa doctrine.
Un contexte international tendu
Les propos de Bernd Lange interviennent alors que les droits de douane imposés par Donald Trump et les restrictions chinoises sur les minerais critiques ont durement touché les industries européennes, accélérant les efforts de l’UE pour diversifier ses chaînes d’approvisionnement et renforcer sa résilience économique.
Ses commentaires ont été repris jeudi par Petter Ølberg, ambassadeur de Norvège auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui s’exprimait dans le même panel que l’eurodéputé socialiste.
« Je suis d’accord pour dire que c’est une voie dangereuse à emprunter, car vous risquez de créer une spirale », a déclaré Petter Ølberg, dont le pays fait partie du marché unique européen, mais pas de l’UE. « Vous inciterez facilement d’autres pays à réagir. »
Dans une interview vidéo diffusée jeudi matin, Maroš Šefčovič a déclaré que cette doctrine, dont l’élaboration a été annoncée l’année dernière, visera à préparer le bloc « à davantage de situations d’urgence, à constituer des stocks, à rechercher différents fournisseurs et à adapter notre modèle économique ».
Elle aura aussi pour objectif de formuler des moyens permettant à l’exécutif européen d’accélérer le déploiement de ses instruments de défense commerciale et de contrôle des exportations, a-t-il indiqué.
« Avons-nous le luxe de disposer de plus d’un an pour évaluer un cas alors que d’autres grandes puissances pourraient changer toute leur politique du jour au lendemain ? », s’est interrogé le commissaire Šefčovič.