Un socialiste français en mission pour réformer le FMI [FR]
L'ancien ministre français des Finances, le socialiste Dominique Strauss-Kahn, a été désigné nouveau Directeur du Fonds monétaire international (FMI). Ses promesses de réformer l'institution, en pleine crise de légitimité, ont été accueillies avec prudence et scepticisme.
L’ancien ministre français des Finances, le socialiste Dominique Strauss-Kahn, a été désigné nouveau Directeur du Fonds monétaire international (FMI). Ses promesses de réformer l’institution, en pleine crise de légitimité, ont été accueillies avec prudence et scepticisme.
La nomination de Dominique Strauss-Kahn à la tête de l’organe de prêt international est survenue dans un contexte de plaintes de longue date concernant la surreprésentation des Etats européens dans l’institution. La Belgique et les Pays-Bas, par exemple, reçoivent tous deux davantage de quotes-parts du FMI (qui déterminent les droits d’emprunt d’un pays membre) que la Chine, dont l’économie est bien plus importante.
Strauss-Kahn a promis de poursuivre les efforts existants en matière de réforme. « Nous devons aller beaucoup plus loin et nous accorder sur une réforme ambitieuse au bénéfice des pays dont le dynamisme et le rôle croissant dans l’économie mondiale ne sont pas adéquatement reflétés dans la répartition des quotes-parts, tout en veillant à donner aux autres pays une voix suffisante », a-t-il annoncé dans une déclaration précédant sa nomination.
Pour l’instant, les citoyens français, en particulier, détiennent un grand nombre de hauts postes internationaux : Jean-Claude Trichet est Président de la Banque centrale européenne (BCE), Pascal Lamy est Directeur général de l’Organisation mondial du commerce (OMC) et Jean Lemierre est à la tête de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).
La promesse de changer le système des quotes-parts avait été formulée dès 2000 par l’ancien chef (français) du FMI, Michel Camdessus, et cette réforme avait été débutée en 2005 par Rodrigo Rato, d’origine espagnole, qui avait démissionné du poste pour des raisons personnelles.
Mais les efforts de M. Rato avaient été confrontés à une certaine résistance des pays de l’Europe de l’Ouest et des Etats en voie de développement (EURACTIV 31/08/06), ne permettant que des changements limités (EURACTIV 20/09/06).
En août, la Russie avait présenté sa propre candidature à la tête du FMI, dans une initiative interprétée comme un geste de défi envers le contrôle européen des postes à haut niveau dans les institutions internationales (EURACTIV 22/08/07).
Alexei Kudrin, le ministre russe des Finances, a réagi de façon sceptique aux promesses de réformes de Strauss-Kahn. Selon lui, le monde de la finance croit en l’action et non aux discours. Il a ajouté que si la réforme était un échec, nous ne pourrions plus considérer le FMI comme une institution mondiale sérieuse régulant la finance internationale.
Outre la distribution non équitable des quotes-parts, des difficultés financières nuisent également à la légitimité du FMI au moment où les pays en développement évitent de plus en plus de recourir à l’organisation et se tournent davantage vers les marchés financiers proposant des prêts plus attractifs.
La Chine et l’Inde, en particulier, amassent d’importants montants de capitaux étrangers, perdant ainsi leur dépendance historique vis-à-vis des prêts du FMI.