Une eurodéputée centriste s’indigne de l’abandon du débat sur l’État de droit au Parlement européen
Selon l’eurodéputée néerlandaise du groupe Renew Europe Sophie in't Veld, les dirigeants du Parlement européen ont cédé à la pression des gouvernements et ont esquivé un débat sur l’État de droit en Grèce, en Espagne et à Malte.
Selon l’eurodéputée néerlandaise du groupe Renew Europe Sophie in’t Veld (du parti néerlandais Démocrates 66), les dirigeants du Parlement européen ont cédé à la pression des gouvernements et ont esquivé un débat sur l’État de droit en Grèce, en Espagne et à Malte.
La semaine dernière, EURACTIV rapportait qu’une résolution sur l’État de droit en Espagne, en Grèce et à Malte avait été reportée par la Conférence des présidents — un organe du Parlement européen composé des chefs des groupes politiques qui décident des travaux de l’Assemblée et de la planification législative — afin de ne pas risquer d’interférer dans les prochaines élections espagnoles et grecques, décisives pour les socialistes (Socialistes & Démocrates, S&D) et le centre droit (Parti populaire européen, PPE). Cette décision a déclenché un jeu des reproches entre les différents groupes politiques.
Commentant la décision, Mme in’t Veld a déclaré que le recul démocratique effrayant constaté dans plusieurs États membres de l’UE aurait dû faire l’objet d’un débat, car « la démocratie et l’État de droit sont notre cœur de métier, et les problèmes sont très importants ».
« L’ingérence politique des gouvernements des pays concernés a empêché ce débat de figurer à l’ordre du jour. Les dirigeants du Parlement ont cédé à la pression de leurs alliés politiques qui ne veulent pas que la lumière soit faite sur leur linge sale », a déclaré l’eurodéputée néerlandaise.
Sophie in’t Veld est rapporteure de la commission des Libertés civiles, de la Justice et des Affaires intérieures (LIBE) du Parlement et a dirigé la délégation de l’Assemblée en Grèce, dont le but était d’enquêter sur les menaces pour l’État de droit, le harcèlement de fonctionnaires d’organismes publics indépendants et l’intimidation généralisée de journalistes dans le pays.
Citant l’exemple du conflit entre les institutions de l’UE et la Hongrie, elle a également souligné que le Parlement européen n’avait jamais cédé aux pressions exercées par Budapest.
En effet, en 2018, le Parlement a déclenché la procédure liée à l’article 7 du Traité sur l’Union européenne (TUE), en dressant le bilan d’une situation inquiétante dans 12 domaines tels que le fonctionnement du système constitutionnel et électoral, l’indépendance de la justice ou encore la liberté académique et d’expression.
Les fonds européens qui lui étaient destinés ont ensuite été bloqués par la Commission européenne dans le cadre du mécanisme de protection de l’État de droit.
« Nous devrions continuer à résister à de telles pressions, quelle que soit la couleur politique d’un gouvernement », a déclaré Mme In’t Veld.
Selon l’eurodéputée, le contraste entre un fort succès législatif et une piètre performance en tant que gardien de la démocratie est emblématique du Parlement européen aujourd’hui.
Faisant référence au pouvoir de contrôle de l’Assemblée, elle a ajouté être « inquiète » concernant les « instincts » de l’institution, qui a pourtant pour rôle « de demander des comptes aux autres acteurs politiques de l’UE ».
« Je crois que l’Europe donne le meilleur d’elle-même lorsqu’elle est un moteur pour le bien dans le monde, lorsqu’elle peut mettre ses pouvoirs au service d’objectifs et d’ambitions nobles », a-t-elle expliqué.
« Cette semaine, nous avons voté en faveur [de mesures visant à] stopper le réchauffement climatique. Partout dans le monde, les usines devront se mettre au vert ou payer. J’appelle cela une victoire. Dans le même temps, nous avons renié notre promesse de faire de l’Europe le bastion de la démocratie dans le monde. Nous n’avons pas à choisir entre les deux ; nous pouvons faire les deux », a-t-elle conclu.
[Édité par Anna Martino & Anne-Sophie Gayet]