Une stratégie de sécurité de la Commission aux airs de déjà-vu, loin des attentes de l'industrie de la défense
La nouvelle stratégie de sécurité de la Commission rappelle la boussole stratégique et d'autres idées récentes.
La Commission européenne devrait publier une nouvelle stratégie de sécurité au cours du premier semestre 2026, illustrant une fois de plus son obsession à produire de nouveaux documents plutôt qu’à faire avancer ses plans existants.
Jeudi, à Chypre, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a déclaré que l’objectif de la stratégie serait de comprendre « les changements géopolitiques afin d’apporter une réponse appropriée ».
Cette description de la stratégie rappelle la boussole stratégique de l’UE, qui devait être mise à jour l’année dernière. Adoptée en 2022, la boussole présente une analyse des menaces et de l’environnement, ainsi que les mesures nécessaires correspondantes, afin de donner à l’UE une indépendance stratégique sous la direction de la « Commission géopolitique » autoproclamée.
La nouvelle stratégie ira toutefois au-delà de la simple défense, a précisé vendredi le porte-parole de la Commission, Thomas Regnier, ajoutant qu’elle inclurait « d’autres secteurs stratégiques », notamment les puces électroniques, la cybersécurité et les matières premières.
« Nous devons formaliser tout cela dans une stratégie européenne de sécurité afin de réduire nos dépendances, d’être plus autonomes et d’être prêts dans ce contexte géopolitique en mutation », a-t-il déclaré.
Néanmoins, cette innovation viendra s’ajouter à une montagne de documents similaires.
La stratégie de sécurité économique, la boussole stratégique, la stratégie européenne pour l’industrie de la défense, le livre blanc et la feuille de route pour la préparation à 2030 et la doctrine de sécurité économique se recoupent largement dans les domaines mentionnés par M. Regnier.
À chaque fois, ils sont présentés comme des plans à long terme et tournés vers l’avenir qui guideront les actions du bloc au cours des cinq à dix prochaines années. Mais leur durée de vie n’est jamais aussi longue.
Aujourd’hui, les acteurs de l’industrie de la défense réagissent souvent à ces annonces en demandant « Pourquoi ? » et « N’en avons-nous pas déjà une ? ».
Une autre réponse fréquemment entendue est : « Nous ne voulons pas de stratégie, nous connaissons les problèmes. Nous voulons des commandes et des incitations de l’UE. »
Les capitales de l’UE commencent à comprendre. Les dirigeants n’ont ni accueilli ni approuvé la feuille de route pour la défense présentée l’automne dernier.
À la recherche de la stratégie parfaite
Grâce à la boussole stratégique, le bras diplomatique de l’UE représenté par le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), avait obtenu l’aval des dirigeants de l’UE et s’était ainsi approprié le document.
« Ce document appartient aux États membres et, en le signant, ceux-ci s’engagent à le mettre en œuvre », avait déclaré à l’époque Josep Borrell, alors chef de la diplomatie européenne.
La publication avait été précédée de plusieurs mois de débats, dans un contexte de renforcement militaire de la Russie aux frontières de l’Ukraine et de résistance à l’élargissement de l’OTAN.
Quatre ans plus tard, l’UE est-elle prête à tout recommencer ? Ou Mme von der Leyen cherche-t-elle une fois de plus à écarter le SEAE et à s’approprier tous les aspects de la défense ?
Les pays de l’UE restent divisés sur la manière d’aborder plusieurs questions clés, notamment le retrait des États-Unis d’Europe, la domination de la Chine sur la chaîne d’approvisionnement, les investissements étrangers dans les infrastructures critiques et le soutien à l’Ukraine.
La tentation pour Mme von der Leyen de publier un document rédigé par la Commission est évidente. Elle ne serait pas freinée par les contraintes des 27 débats politiques nationaux.
Toutefois, si elle souhaite fixer des objectifs et les faire respecter, par exemple en imposant le pourcentage d’équipements de défense à acheter en Europe, elle a besoin de l’adhésion des capitales de l’UE, car ce sont elles qui sont chargées de la mise en œuvre de ces objectifs.
Sans compter que les fonds de l’UE s’épuisent à l’approche de la fin du cycle budgétaire, ce qui limite les possibilités d’action de la Commission pour mettre en œuvre de nouvelles stratégies et de nouveaux plans ambitieux.
C’est le moment de faire pression !
C’est précisément en raison de ces contraintes que la Commission doit tenir compte de la position des pays de l’UE lorsqu’elle élabore ses stratégies.
L’année dernière, l’exécutif européen a retardé la rédaction de son livre blanc sur la défense afin de donner au nouveau gouvernement allemand un peu de répit pour définir sa position. Une version tardive du document a également été édulcorée à la dernière minute afin de supprimer, avant sa publication, les formulations initialement très fermes à l’égard de la Chine.
Mais la présidente de la Commission ne doit pas seulement composer avec les pays de l’UE. Un débat animé peut aussi avoir lieu entre les différents commissaires. Et puis, il y a les directions générales de la Commission, qui souhaitent également voir leurs propres politiques reflétées dans les stratégies.
Entre la similitude des documents précédents et le délai court, il est difficile d’espérer autre chose qu’une reprise de ce qui a déjà été écrit.