Voitures électriques : la Chambre de commerce chinoise dans l’UE fustige une « mesure protectionniste »

La Chambre de commerce chinoise dans l’UE a dénoncé jeudi (4 juillet) l’imposition par Bruxelles de surtaxes à titre compensatoire sur les voitures électriques venant de Chine, disant « s’opposer fermement » à une « mesure protectionniste » motivée par « des facteurs politiques ».

EURACTIV France avec AFP
The 20th Shanghai International Automobile Industry Exhibition press day in Shanghai
Une voiture P7i exposée sur le stand de la société Xpeng lors de la 20e Exposition internationale de l'industrie automobile de Shanghai, en Chine, le 19 avril 2023. [EPA-EFE/ALEX PLAVEVSKI]

La Chambre de commerce chinoise dans l’UE a dénoncé jeudi (4 juillet) l’imposition par Bruxelles de surtaxes à titre compensatoire sur les voitures électriques venant de Chine, disant « s’opposer fermement » à une « mesure protectionniste » motivée par « des facteurs politiques ».

À partir de ce jeudi, des droits de douane supplémentaires allant de 17,4 % à 38,1 % entrent en vigueur pour les voitures électriques fabriquées en Chine et importées dans l’UE.

Ces droits compensatoires sont, selon la Commission européenne, nécessaires pour contrebalancer les subventions publiques « injustes » accordées par Pékin à ses constructeurs et protéger l’industrie automobile européenne qui craint de voir ses usines disparaître si elle échoue à endiguer la déferlante annoncée des modèles chinois.

Les surtaxes désormais imposées ne sont toutefois que provisoires, et la décision finale sur les droits compensateurs ne sera prise qu’en novembre, les négociations entre l’UE et la Chine devant se poursuivre dans l’intervalle.

Cette décision finale, qui sera communiquée le 24 octobre, n’entrera définitivement en vigueur que si elle n’est pas contestée par une majorité qualifiée d’États membres de l’UE, c’est-à-dire un minimum de 15 pays représentant au moins 65 % de la population totale de l’Union.

La Chambre de commerce chinoise dans l’UE a déclaré « s’opposer fermement » à cette « mesure protectionniste » de la Commission, motivée selon elle par « des facteurs politiques ».

Elle a toutefois salué dans un communiqué les consultations en cours entre Bruxelles et Pékin, disant espérer « une solution le plus tôt possible » pour éviter que l’UE ne rende définitifs ces droits de douane supplémentaires.

Du côté de la Fédération chinoise des constructeurs de voitures individuelles (CPCA), un organisme représentant le secteur automobile du géant asiatique, on dénonce une « erreur complète » de la part de l’UE.

Ces surtaxes auront « évidemment des répercussions sur le développement du secteur chinois des véhicules électriques, en particulier sur son développement dans l’UE à court terme », s’inquiète auprès de l’AFP son secrétaire général Cui Dongshu.

« Le coût d’achat de ces véhicules électriques va augmenter pour les consommateurs européens », ce qui n’est pas dans leur intérêt et « cela ne va pas non plus aider l’UE à atteindre son objectif en matière d’économies d’énergie et de développement vert », souligne-t-il.

« Nous pensons que les deux parties ont suffisamment de sagesse pour trouver un point d’équilibre entre leurs intérêts respectifs », affirme Cui Dongshu qui se dit « optimiste » sur l’issue des discussions.

Le constructeur automobile chinois NIO a indiqué à l’AFP souhaiter « parvenir à une solution avec l’UE ».

« Malgré ce fait nouveau, NIO reste pleinement engagé sur le marché européen : nous croyons en la promotion de la concurrence et en l’intérêt des consommateurs, et nous espérons parvenir à une solution avec l’UE avant que les mesures définitives ne soient appliquées en novembre 2024 », a expliqué l’entreprise.

Le constructeur chinois XPeng a pour sa part assuré à l’AFP qu’il « ne changera pas » sa stratégie de développement à la lumière de cette nouvelle mesure.

« En tant qu’entreprise avec une vision globale, Xpeng ne changera pas sa stratégie d’exploration des marchés étrangers. Nous trouverons des moyens de minimiser l’impact sur les consommateurs » européens, a affirmé XPeng.

Les constructeurs européens également touchés

Les constructeurs européens produisant en Chine sont également touchés par la surtaxe, tandis que ceux exportant dans le pays craignent des représailles.

Les États membres tiendront un premier vote non contraignant sur la décision finale de la Commission — nécessitant une majorité simple d’au moins 14 pays — dans deux semaines, ce qui signifie que les discussions avec l’exécutif de l’UE, ainsi qu’entre les délégations nationales et les parties prenantes, vont s’accélérer, en particulier du côté allemand, les chaînes d’approvisionnement du secteur automobile du pays étant fortement lié à la production chinoise et la Chine étant un important marché d’exportation pour les voitures allemandes.

Le premier constructeur automobile européen Volkswagen (VW) a déclaré « rejeter » les droits de douane supplémentaires sur les importations de Chine, que le groupe allemand juge « préjudiciables ».

« Les effets négatifs de cette décision l’emportent sur les avantages possibles pour l’industrie automobile européenne et en particulier pour l’Allemagne », a déclaré le groupe, alors que les constructeurs automobiles allemands, qui exportent leurs modèles en Chine, craignent des représailles de Pékin.

Les constructeurs automobiles allemands mettent en garde : « les droits compensateurs ne sont généralement pas adaptés au renforcement à long terme de la compétitivité de l’industrie automobile européenne — nous les rejetons », a ajouté Volkswagen.

Le moment est particulièrement mal choisi, juge VW, compte tenu de « la faiblesse actuelle de la demande de véhicules électriques en Allemagne et en Europe ». Ce ralentissement du marché pourrait en effet être aggravé par une hausse des tarifs des voitures importées.

Pour son concurrent BMW, l’introduction de ces surtaxes mène à « une impasse » et « enfreigne gravement le principe du libre-échange », d’après un communiqué.

L’Allemagne a bataillé avec la Suède et la Hongrie pour éviter des sanctions trop dures, après l’enquête ouverte en septembre dernier par la Commission européenne sur les subventions du gouvernement chinois au secteur des voitures électriques.

Les constructeurs allemands, pour qui la Chine est le marché principal, ont le plus à perdre d’une guerre commerciale avec Pékin.

« Toute mesure protectionniste, y compris les droits de douane supplémentaires […] restreint le libre-échange et comporte un risque de conflits commerciaux, ce qui finit par nuire à toutes les parties », a commenté dans un communiqué la fédération allemande des constructeurs automobiles (VDA).

Le ministre allemand de l’Économie Robert Habeck avait tenté une médiation lors d’un récent voyage à Pékin, rappelant à son homologue chinois qu’il ne s’agissait pas de « droits de douane punitifs ».

L’exécutif européen a désormais jusqu’à 4 mois pour décider d’imposer des droits définitifs, ce qui laisse ouverte une fenêtre de dialogue avec la Chine.

La VDA a appelé jeudi la Chine et la Commission européenne « à tout mettre en œuvre pour trouver une solution dans le cadre d’un dialogue ouvert et constructif. Un éventuel conflit commercial mondial doit être évité ».

Quelles conséquences ?

Les analystes de l’institut Kiel, un influent groupe de réflexion sur la politique économique, ont déclaré jeudi que les nouveaux droits de douane devraient réduire les importations de voitures chinoises de 42 % à long terme, mais qu’ils devraient être largement compensés par l’augmentation des ventes en Europe et des importations en provenance de pays tiers.

Le centre de recherche, ainsi que l’Institut autrichien de recherche économique (WIFO) et le Supply Chain Intelligence Institute Austria, prévoient également que les droits de douane « auront un impact négligeable à long terme sur les prix des véhicules », qui « pourraient augmenter en moyenne de 0,3 à 0,9 % » dans l’UE.

Les prix des véhicules électriques en Chine pourraient quant à eux diminuer, ont-ils ajouté.

La valeur ajoutée découlant des nouveaux droits de douane devrait être de 0,4 % pour l’industrie automobile européenne, tandis que le secteur chinois devrait perdre environ 0,6 %.

Le groupe d’économistes a suggéré que l’UE se concentre sur un scénario alternatif, basé sur l’élimination des droits d’importation de 10 % que l’Union applique déjà « aux voitures provenant des pays membres de l’Organisation mondiale du commerce qui n’ont pas conclu d’accord de libre-échange ».

Si seuls les droits compensatoires étaient appliqués, les importations en provenance de Chine « ne diminueraient que d’environ 20 %, tandis que les importations en provenance de pays tiers augmenteraient de plus de 1 % ». Dans le même temps, les prix des véhicules électriques en Europe baisseraient de 0,8 %.

Selon les analystes, ce scénario serait plus bénéfique pour l’UE et « la transition écologique bénéficierait d’un commerce plus “équitable” ».

« Cette approche pourrait démontrer ce que la nouvelle doctrine de politique commerciale, qui vise à ce que la politique commerciale soit “ouverte, durable et affirmée”, signifie en pratique », a déclaré Gabriel Felbermayr, directeur du WIFO.

« Avec les droits compensateurs, l’UE soutient le système commercial multilatéral et la concurrence loyale », a-t-il affirmé. « Inversement, en réduisant les droits d’importation existants, l’UE pourrait montrer qu’elle cherche également à rendre les véhicules électriques abordables et à promouvoir la transition écologique. »

Anna Brunetti, Jonathan Packroff and Thomas Moller-Nielsen ont contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]