Zone euro : croissance de 0,1 % au deuxième trimestre malgré les perspectives incertaines
Le PIB de la zone euro a progressé de 0,1 % au deuxième trimestre, selon Eurostat. Ce résultat, bien que modeste, dépasse les prévisions des analystes qui tablaient sur une stagnation, dans un contexte d’incertitude économique accentué par le nouvel accord commercial UE-États-Unis.
Les données préliminaires ont été publiées mercredi 30 juillet par Eurostat, l’agence de la Commission européenne chargée de l’information statistique.
La faible expansion au deuxème trimestre de cette année représente un ralentissement par rapport à la croissance de 0,6 % enregistrée au premier trimestre, mais elle reste supérieure à la croissance nulle prévue par des économistes dans un sondage Reuters.
Les bonnes performances de l’Espagne (+0,7 %) et de la France (+0,3 %) ont permis de compenser le recul de l’Italie et de l’Allemagne, dont les économies se sont contractées de 0,1 %. L’Allemagne, particulièrement dépendante des exportations, est vulnérable aux nouvelles barrières commerciales imposées par l’administration Trump.
Par rapport à la même période l’année dernière, la production de la zone euro a augmenté de 1,4 %. La croissance dans l’ensemble de l’UE a été légèrement plus forte, avec une expansion trimestrielle de 0,2 % et une croissance annuelle de 1,5 %.
Des perspectives assombries par le nouvel accord commercial avec Washington
Ces chiffres ont été publiés quelques jours seulement après l’annonce dimanche 27 juillet d’un accord commercial entre l’UE et les États-Unis, qui imposera un droit de douane « plancher » de 15 % sur la plupart des exportations de l’UE vers les États-Unis. Ce droit remplace le droit de douane général de 10 % précédemment appliqué par les États-Unis, mais il est inférieur au droit de 30 % précédemment brandis par Donald Trump.
De nombreux économistes, notamment ceux de la Deutsche Bank et de Capital Economics, prévoient désormais que cet accord entraînera une baisse de la production de l’UE d’environ 0,5 % cette année, ce qui représente une légère révision à la baisse par rapport aux prévisions précédentes.
Les analystes d’ING estiment que cet accord réduira la croissance de l’UE de 0,1 à 0,2 point de pourcentage par rapport à leurs prévisions établies avant le « jour de la libération » début avril, lorsque Donald Trump avait annoncé des « droits de douane réciproques » qui avaient brièvement secoué les marchés mondiaux avant d’être suspendus.
Toutefois, les analystes soulignent également que leurs prévisions sont assombries par le fait que de nombreux aspects de l’accord entre l’UE et les États-Unis, notamment les taxes spécifiques sur l’acier, l’aluminium et les boissons alcoolisées, doivent encore être réglés.
Carsten Brzeski, responsable mondial de la macroéconomie chez ING, a déclaré qu’il était tout aussi difficile de savoir si la politique erratique de Trump dissuaderait les entreprises européennes de délocaliser leur production aux États-Unis pour éviter les droits de douane. « Tout est entouré d’un tel nuage d’incertitude », a-t-il déclaré.
Le FMI relève ses prévisions
Mardi 29 juillet, le Fonds monétaire international (FMI) a relevé ses prévisions de croissance pour la zone euro en 2025 de 0,8 % à 1 %. L’institution a toutefois précisé que le nouvel accord commercial n’avait pas été pris en compte dans ses dernières estimations.
Le FMI a également souligné que cette hausse était principalement due à une « augmentation historique » des exportations pharmaceutiques de l’Irlande vers les États-Unis au cours des trois premiers mois de l’année. Sans cet effet positif, le FMI a déclaré que ses prévisions n’auraient augmenté que de 0,1 point de pourcentage.
Par ailleurs, une enquête auprès des entreprises publiée la semaine dernière et suivie de près a montré que l’activité du secteur privé dans la zone euro a atteint en juillet son plus haut niveau depuis onze mois, principalement grâce à l’expansion de l’industrie manufacturière allemande.
Cyrus de la Rubia, économiste en chef à la Hamburg Commercial Bank, a déclaré que « même des droits de douane américains plus élevés ne devraient pas modifier fondamentalement » la reprise industrielle allemande, qui a été soutenue par les plans du gouvernement visant à investir jusqu’à 1 000 milliards d’euros dans les infrastructures et la défense au cours de la prochaine décennie.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]