Faire de l’Europe l’épicentre mondial de l’économie sociale et solidaire
Face aux crises énergétique et inflationniste, l'Union européenne doit se doter d'une politique ambitieuse en matière d'économie sociale et solidaire. C'est l'appel que lance le Groupe SOS, avec 32 autres organisations européennes de l'ESS.
Face aux crises énergétique et inflationniste, l’Union européenne doit se doter d’une politique ambitieuse en matière d’économie sociale et solidaire. C’est l’appel que lance le Groupe SOS, avec 32 autres organisations européennes de l’ESS.
Le Groupe SOS se présente comme le « groupe associatif leader de l’entrepreneuriat social en Europe » et regroupe 650 associations, entreprises sociales et établissements sociaux et médico-sociaux.
Nous, acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) en Europe, appelons de nos vœux une politique européenne ambitieuse visant à faire de l’Europe l’épicentre mondial de l’ESS.
Les défis de l’Europe aujourd’hui – qu’ils soient de nature politique, géopolitique, économique, écologique ou sociale – nous obligent à repenser notre économie en faveur d’un système plus respectueux des Hommes et de la Nature.
L’Union européenne ne peut se résoudre à compter aujourd’hui 72 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté et 15 % de jeunes entre 15 et 29 ans sans emploi ni formation. Des chiffres alarmants, aggravés par les effets cumulés de la pandémie de Covid-19, de la guerre en Ukraine et de la crise climatique. Des chiffres contrastant aussi avec une croissance économique record.
Performance économique et intérêt général ne peuvent plus être opposés. Ils se rejoignent dans l’économie sociale et solidaire, composée d’entreprises sociales, associations, fondations, mutuelles et coopératives, qui maximisent leur impact social et environnemental plutôt que leur bénéfice financier.
L’économie sociale, l’avenir de l’Europe
L’ESS, c’est le futur de l’Europe ; c’est aussi ses racines. Dès 1957, le traité de Rome mentionne comme objectif le « progrès économique et social ». En 2007, le traité de Lisbonne fait de « l’économie sociale de marché » une référence combinant prospérité économique, justice sociale et protection de l’environnement. Ce triptyque est aussi au cœur du Pacte vert pour l’Europe de 2020, ainsi que du Plan d’action pour l’Economie sociale de 2021. Le mouvement s’accélère, nous le saluons.
L’économie sociale représente déjà plus de 13 millions de salariés à travers l’Europe, répartis dans près de 3 millions de structures. Elle draine 25% des créations d’entreprises du continent. Ça n’est que le début, et le monde nous regarde. Notre génie européen en matière d’ESS inspire les grandes organisations internationales. L’ESS est à l’ordre du jour de la 110ème session de la Conférence internationale du Travail, ainsi qu’à l’agenda de l’ONU qui prépare déjà une résolution de reconnaissance mondiale de l’ESS.
En nous appuyant sur notre expérience de terrain et l’expertise que nous avons acquise au fil des années, nous proposons ici trois leviers d’action pour amplifier cette dynamique.
Reconnaître l’économie sociale et solidaire dans les droits nationaux, européen et international
Le développement de l’économie sociale est aujourd’hui entravé par l’absence d’un cadre juridique européen clairement défini. Les législations nationales sont hétérogènes, et parfois inexistantes. Il est urgent de reconnaître la spécificité des organisations de l’ESS à l’échelle européenne afin de favoriser leur financement et leur internationalisation. Le leadership de l’UE doit aussi être renforcé à l’échelle mondiale. C’est pourquoi les pays membres de l’UE doivent faire bloc derrière le projet de résolution de l’ESS par l’ONU.
Nous devons également définir des référentiels de mesure d’impact social et environnemental communs, de la même manière que nous partageons des standards comptables et financiers qui, pour le moment, sont trop tournés vers le dividende.
Renforcer et abonder les outils de financement des organisations de l’ESS
Les modes de financement actuels apparaissent en inadéquation avec les spécificités des organisations de l’ESS. Leurs statuts freinent trop souvent leur accès aux fonds propres et aux emprunts ; quant aux projets financés sur fonds européens, ils requièrent d’importantes ressources administratives, avec de longs délais.
Nous plaidons pour un renforcement des outils de financement en capital et en dette dédiés à l’innovation sociale, par exemple issus d’ambitieux dispositifs d’épargne solidaire. Ils doivent être ouverts dès la phase d’amorçage des projets et pour tous les statuts, à l’inclusion des associations et des coopératives. Il convient aussi de simplifier les procédures de demande et l’instruction des dossiers de financement européen, pour que les plus petites structures puissent y prétendre.
Généraliser les dispositifs d’insertion dans les 27 pays de l’UE
Les entreprises sociales d’insertion permettent de salarier et de former les personnes les plus éloignées de l’emploi. Elles reposent sur un financement public à l’effet levier sans équivalent : à la fierté de retrouver un travail s’ajoute le recul du chômage, de l’économie informelle, des fractures territoriales et des inégalités de destin. Ce type de dispositif est pourtant absent de nombreux pays européens.
Nous demandons une volonté politique forte à l’échelle européenne, pour inciter tous les Etats-membres à adopter des politiques ambitieuses d’inclusion par l’emploi, en particulier par le financement local d’entreprises d’insertion ouvertes aux plus vulnérables.
L’économie sociale, l’économie de la paix
L’ESS est une économie de la paix, de la redistribution des richesses et de la prise en compte de tous les impacts sociaux et environnementaux. Elle est le moteur qui fera de l’Europe la plus grande puissance économique sociale et écologique. C’est pourquoi nous, acteurs européens de l’ESS, appelons nos dirigeants européens à se saisir de nos propositions pour faire de l’Europe l’épicentre mondial de l’économie sociale et solidaire.
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Signé par 33 acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire issus de 16 pays européens :
- Allemagne : Pleistocene&Permafrost Foundation, Uni. Heidelberg Germany and Cancer research center, Higher Order Strategy, Cabinet Collective, Broadcast.org Media Foundation
- Belgique : EVPA, Bantani Education, Pour la Solidarité
- Croatie : Uni. of Zagreb’s Faculty of Food Technology and Biotechnology
- Danemark : Sociale Entreprenører i Danmark
- Espagne : Grupo5, Efecto Colibri, Uni. Pontificia Comillas, ICI Network
- Estonia: Sotsiaalsete Ettevõtete Võrgustik (Social Enterprise Estonia)
- France : Groupe SOS, FAIR, Impact Tank, Pulse, Impact Business Angels
- Irlande : The Wheel
- Irlande du Nord : Alison
- Italie : Venezia Autentica and Overtourism Solution
- Lettonie : Latvijas Sociālās uzņēmējdarbības asociācija
- Pays-Bas : Catalyst2030, Designathon Works, Circular investment
- Portugal : i3L – Social Impact Investments, Girl Move Academy, Action for Systemic Impact
- Roumanie : Ateliere Fără Frontiere
- Slovénie : Foundation BiT Planota
- Suède : Forum for Social Innovation Sweden