La consigne pour le réemploi doit faire son grand retour
Trois ans après la publication de la loi anti-gaspillage (AGEC), le constat pour le secteur du réemploi reste amer.
Trois ans après la publication de la loi anti-gaspillage (AGEC), le constat pour le secteur du réemploi reste amer.
Yasmine Dahmane et Lucas Graffan sont co-fondateurs de Bibak, start-up française ayant développé un système digitalisé pour le réemploi et la consigne.
La consigne obligatoire, autrefois promise par Bérangère Couillard, a récemment été abandonnée par Christophe Béchu.
Dans ce contexte, la récente proposition de loi pour rehausser les objectifs de réemploi des emballages et généraliser la consigne en verre ainsi que la future mission d’évaluation de la loi AGEC, permettent de mettre en avant la nécessité d’un tel dispositif pour atteindre nos objectifs d’économie circulaire, qui sont aujourd’hui bien en deçà des attentes initiales.
Alors que Bruxelles a voté, tant bien que mal, un texte pour la réduction des emballages et des déchets d’emballages via le règlement européen en la matière, la France semble prendre du retard sur la question du réemploi.
Pourtant, le règlement européen prévoit des mesures similaires à celles de la loi AGEC, comme l’interdiction des emballages jetables pour la restauration sur place. Néanmoins, cette mesure peine à s’imposer en France, et nombreux sont les restaurateurs à outrepasser cette obligation avec comme principal argument l’infaisabilité financière et organisationnelle.
Pourtant, une solution tangible existe pour sortir de cette impasse, à savoir la consigne pour le réemploi, qui permettrait de passer d’une consommation linéaire à une économie circulaire.
Il est alors primordial que nos efforts se concentrent sur le réemploi. Il permet à des biens, qui ne sont pas des déchets, d’être utilisés à nouveau, tandis que le recyclage, lui, consiste à transformer les déchets.
En outre, le réemploi représente des gains environnementaux considérables. Selon l’ADEME, réemployer du verre plutôt que de le fabriquer pour un usage unique permet de réduire de 85% nos émissions de gaz à effet de serre liées à ce matériau.
Problème, la consigne, pour le réemploi du verre ou le recyclage du plastique, a tout bonnement été abandonnée par les pouvoirs publics sous la pression des collectivités territoriales et des élus locaux qui ont dénoncé la création d’un système de traitement et de collecte des déchets parallèle. Les collectivités ayant investi massivement pour anticiper la généralisation de la collecte des plastiques ne souhaitent pas voir cette manne financière aux mains d’organismes privés.
L’heure est donc à l’action et au soutien.
La filière du réemploi ne doit pas être tributaire, pour continuer à se développer, d’une potentielle réouverture des négociations au niveau territorial pour l’instauration d’un système de consigne. Il convient de rééquilibrer les montants alloués au réemploi et d’appliquer les mesures coercitives (malus, sanctions financières etc.) prévues par loi, sans quoi il sera difficile d’atteindre nos objectifs.
Dans le cadre du Plan de relance, l’ADEME, a été dotée d’une enveloppe de 40 millions d’euros pour 2021-2022 pour soutenir au réemploi des emballages, et éliminer les emballages plastiques. Qu’en est-il aujourd’hui des financements pour soutenir le secteur du réemploi ?
Les pouvoirs publics doivent soutenir financièrement les start-up qui innovent dans ce secteur. Sans aide, il ne sera pas possible d’éradiquer la vaisselle jetable dans les restaurants et des grands événements.
Malgré la clause de revoyure prévue en 2025 pour l’instauration de la consigne généralisée, la filière du réemploi nécessite une action collective pour changer d’échelle. Pour ce faire, elle doit bénéficier d’un soutien public et politique réel. Il est essentiel de ne pas laisser la gestion des déchets et de l’économie circulaire entre les seules mains des industriels du recyclage et des collectivités chargées des centres de tri.