La fédération européenne pour dépasser les traités bilatéraux
Plusieurs traités bilatéraux, en particulier entre la France , l’Allemagne et l'Italie, ont rapproché nos pays dans de nombreux domaines. 59 ans après le Traité de l’Elysée, l’UE doit changer de paradigme pour affronter les défis auxquels nous sommes collectivement confrontés.
Plusieurs traités bilatéraux, en particulier entre la France , l’Allemagne et l’Italie, ont rapproché nos pays dans de nombreux domaines. 59 ans après le Traité de l’Elysée, l’Union européenne doit changer de paradigme pour affronter les défis auxquels nous sommes collectivement confrontés. Le fédéralisme européen permettrait ainsi de respecter les valeurs des Etats membres dans une Europe plus solidaire, plus puissante, plus cohérente, plus efficace.
Michel Caillouët est le président de la section Sud de l’Union des Fédéralistes Européens (UEF).
Le 22 janvier 1963, il y a exactement 59 ans, le chancelier Adenauer et le Président de Gaulle signaient le Traité de l’Elysée, consacrant le rapprochement franco-allemand, après des siècles de conflits et différends. Ce traité à été complété, le 22 janvier 2019, par le Traité d’Aix la Chapelle signés par la chancelière Angela Merkel et le Président Emmanuel Macron. Ces traités bilatéraux visent l’approfondissement dans l’ancrage européen, le rapprochement des politiques économiques, diplomatiques et de défense des deux pays, la coopération écologique, l’encouragement de l’apprentissage de la langue et de la culture du voisin, ainsi qu’un renforcement de la coopération transfrontalière.
France et Allemagne ne sont bien sûr pas les seuls à procéder à ces démarches, plus récemment Italie et France par exemple ont pu conclure le « traité du Quirinal », visant aussi le renforcement de leurs relations bilatérales.
Certes, ces traités constituent des progrès importants dans l’émergence d’une Europe pacifiée après les violents conflits de la première moitié du XXe siècle, mais ils restent l’image d’une Europe « post westphalienne », et leur mise en œuvre n’aurait pas été possible sans les politiques européennes coordonnées qui ont été menées depuis 1951 par les Communautés européennes d’abord, puis l’Union Européenne depuis 1992.
Mais, l’Union Européenne ne devrait-elle pas, aujourd’hui, changer de paradigmes ?
La nouvelle coalition allemande (sociaux démocrates, écologistes, libéraux) vient de demander, avec force, que l’on progresse enfin vers la « fédération », sans réponse palpable à ce stade du côté français.
C’est que le « F word », le mot de Fédéralisme, reste un sujet tabou pour une grande partie de la classe politique française, dans une Nation qui s’est construite par, et avec, la centralisation.
Dont acte, mais n’y-a-il pas un risque grave, une nouvelle fois, de rater le coche de l’histoire européenne, en oubliant de proposer une réponse cohérente aux défis actuels et futurs de l’Europe, et ses citoyens ?
Pire, certains milieux souverainistes français estiment que la création d’une fédération renforcerait le poids de l’Allemagne en Europe, attisant ainsi une peur ancestrale, certainement mal venue face à nos défis de citoyens européens, qui doivent rester solidaires.
En quoi le poids démographique et économique de l’Allemagne augmenterait-il avec une fédération ? Il resterait ce qu’il est, important mais globalement largement minoritaire au sein de l’UE, comme celui de la France d’ailleurs.
Remarquons, que, pour le moment, l’UE reste ”intergouvernementale” , les décisions sont prises souvent à l’unanimité. La mise en œuvre des politiques européennes reste le fruit de compromis, souvent difficiles à prendre, et chaque pays, bien sûr, en fonction des règles, y défend ses intérêts. Dans ce capharnaüm institutionnel concernant les prises de décision, certains Etats, qui peuvent se trouver en position de force, en profitent. Allemagne et France ont su utiliser le système à leur avantage…Oui, globalement, tout cela reste loin de l’efficacité, l’équité, que l’on devrait attendre des politiques européennes, avec un manque de transparence.
Or l’Allemagne, et d’autres pays européens, réclament aujourd’hui la fédération européenne !
Ne doit-on pas saluer leur sens de l’intérêt général européen ? L’Allemagne, à bien des égards, va maintenant dans la bonne direction. C’était déjà le cas lorsqu’elle a accepté la création de notre monnaie commune, l’euro, cela a été aussi le cas en 2021, en pleine pandémie Covid, lorsqu’elle a accepté la mutualisation des dettes et le plan européen de soutien de 750 milliards d’euros “Next Generation EU”.
Oui, l’idée de fédération européenne, est mal connue, et ses concepts trop souvent déformés !
Une fédération apporterait cette cohérence et transparence manquante dans les prises de décision, et surtout, davantage de démocratie, sans que le rôle ou le poids d’un pays comme l’Allemagne n’en soit accru.
C’est même l’inverse : une fédération s’appuierait en effet sur plus de solidarité, plus de respect et de compréhensions mutuels, puisque s’adossant sur l’émergence et la consolidation d’une société politique réellement européenne avec des partis politiques européens ou une société civile européenne …
La mise en commun de politiques importantes, clés pour notre avenir, apporteront une visibilité européenne accrue en matière de relations extérieures, de défense, ou encore de sécurité, grâce à des souverainetés partagées et des mécanismes de décision contrôlés démocratiquement. C’est aussi le respect du principe de subsidiarité, ne permettant pas à telle ou telle nation de s’assurer une quelconque hégémonie, mais de prendre en compte les intérêts respectifs des nations et des régions de manière plus harmonieuse et coordonnée !
A l’heure du 59e anniversaire du Traité d’amitié franco-allemand, dépassons donc la phase des traités bilatéraux avec confiance, dans une Europe plus solidaire, plus puissante, plus cohérente, plus efficace, c’est la voie vers la Fédération, respectueuse de nos valeurs !