La lutte contre les conséquences à long terme de la faim chez les enfants redouble d’intensité

Un enfant de moins de 5 ans sur quatre de par le monde souffre d’un retard de croissance, tandis que l’an dernier la sous-nutrition contribuait à 45 % de tous les décès d’enfants de moins de 5 ans. Les recherches montrent que la malnutrition provoque une chute des capacités cognitives, ce qui diminue les chances de réussite scolaire et une bonne insertion sur le marché du travail, soulignent Dr Noel Marie Zagre et l'ambassadeur Gary Quince.

La sécheresse et la famine frappent de nombreuses régions en Afrique. [Stuart Price/United Nations]
La sécheresse et la famine frappent de nombreuses régions en Afrique. [Stuart Price/United Nations]

Un enfant de moins de 5 ans sur quatre de par le monde souffre d’un retard de croissance, tandis que l’an dernier la sous-nutrition contribuait à 45 % de tous les décès d’enfants de moins de 5 ans. Les recherches montrent que la malnutrition provoque une chute des capacités cognitives, ce qui diminue les chances de réussite scolaire et une bonne insertion sur le marché du travail, soulignent Dr Noel Marie Zagre et l’ambassadeur Gary Quince.

Le Dr Noel Marie ZAGRE est le Conseiller régional de l’UNICEF pour la nutrition pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe et l’ambassadeur Gary Quince est chef de la délégation de l’Union européenne auprès de l’Union africaine.

Eric Turyasingura court après un ballon fait de sacs de plastique devant sa maison en briques de terre  dans les montagnes du sud de l’Ouganda. Criant en Nkore, sa langue tribale, « Arsenal récupère la balle, Arsenal récupère la balle », il bouscule ses jeunes frères pour prendre le ballon. La réputation du célèbre club de football anglais est même parvenue jusqu’à ses oreilles et quand il s’imagine être une star du football, il oublie un moment ses tracas quotidiens. À l’âge de cinq ans, le petit corps d’Eric témoigne déjà d’une histoire de pauvreté et d’occasions manquées. Il est trop petit de 15 centimètres pour son âge. Ses bras et ses jambes sont minces comme des bâtonnets et sa tête est disproportionnée par rapport à son corps. Comme il souffre d’un retard de croissance, les spécialistes affirment que ses chances de grandir en bonne santé, d’apprendre avec tout son potentiel et d’avoir un emploi, sans même parler de devenir un footballeur professionnel, ont fortement diminué.

Selon un rapport publié en 2013 par l’ONU, un enfant de moins de 5 ans sur quatre de par le monde – soit 165 millions d’enfants – souffre d’un retard de croissance, tandis que The Lancet estimait l’an dernier que la sous-nutrition contribuait à 45 % de tous les décès d’enfants de moins de 5 ans.

Le retard de croissance, qui débute souvent dans le ventre des mères qui vivent la pauvreté au quotidien, peut entraver les enfants tout au long de leur vie. Les recherches montrent qu’il se traduira par de piètres conditions cognitives et des résultats scolaires médiocres, des salaires de misère à l’âge adulte et une perte de productivité. Un enfant qui souffre d’un retard de croissance risque cinq fois plus de mourir d’une diarrhée qu’un enfant qui  grandit normalement, en raison des changements physiologiques qui surviennent chez un enfant atteint d’un retard de croissance.

Selon les organismes de développement, des progrès notables ont été accomplis pour s’assurer que les enfants sont bien nourris, ce qui a pour conséquence un recul du retard de croissance. Cependant, d’immenses défis doivent encore être relevés et, en Afrique subsaharienne, la proportion d’enfants souffrant d’un retard de croissance est de deux sur cinq. Compte tenu des crises qui sévissent au Soudan du Sud, en République centrafricaine, en Syrie et maintenant en Iraq, et qui obligent des millions de personnes à se déplacer, la lutte contre la faim et contre une nouvelle aggravation des taux de retard de croissance est devenue une grande priorité. « Nous n’éliminerons pas l’extrême pauvreté, ni n’atteindrons un développement durable, sans nourriture en quantité suffisante et une bonne nutrition pour tous, » a déclaré à Rome le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon, à une réunion des organismes mondiaux de lutte contre la faim. « Nous ne pouvons pas vivre en paix et en sécurité quand une personne sur huit a faim ». Ainsi, le premier pilier de l’initiative du Secrétaire général « Défi Faim Zéro » a pour but d’éliminer le retard de croissance chez les enfants de moins de 2 ans. L’UNICEF est également un partenaire du mouvement Améliorer la nutrition (SUN), une autre initiative mondiale réunissant plus de 50 pays afin de mettre en place des politiques nationales  et de mettre en œuvre des programmes poursuivant des objectifs partagés en matière de nutrition.

Un programme novateur – le Partenariat pour la sécurité nutritionnelle en Afrique, mis en œuvre par l’UNICEF et financé par l’Union européenne depuis 2011- vise à combattre le retard de croissance tant au niveau communautaire qu’institutionnel. Les enfants souffrant de malnutrition aigüe et dont la vie est en danger sont dirigés vers des établissements de santé tandis que les outils nécessaires pour améliorer les pratiques alimentaires et d’hygiène des nourrissons et des jeunes enfants et pour mieux lutter contre la faim et la maladie, sont mis à la disposition des institutions et partenaires sanitaires. Ce programme sur quatre ans est appliqué en Éthiopie (qui affiche un taux de retard de croissance de 44 %), en Ouganda (33 %), au Mali (38 %) et au Burkina Faso (35 %).

Le but est de changer les comportements dans les ménages, de mettre en place des systèmes favorisant des approches multisectorielles efficaces et de renforcer les capacités gouvernementales, afin de permettre à ces pays de combattre les conséquences de la faim longtemps après l’achèvement du programme. En Ouganda, par exemple, des smartphones comportant des informations sur l’hygiène, les soins postnatals et une alimentation appropriée pour le nourrisson et la mère, ont été distribués aux agents des communautés. Ceux-ci communiquent ces informations aux membres de la famille et intègrent l’endroit où ils se trouvent dans le GPS du smartphone pour prouver qu’ils se sont bien rendus sur place. À Bamako, la capitale du Mali, des fonds ont été affectés à un programme de maîtrise de santé afin d’y intégrer une formation poussée à l’usage des professionnels de la santé sur la manière de concevoir et de mettre en œuvre des programmes de nutrition. En Éthiopie, on encourage les écolières à retarder leur mariage et leur première grossesse jusqu’à l’âge de 18 ans, comme méthode de prévention de la transmission de la sous-nutrition d’une génération à l’autre. Les femmes plus âgées sont en effet mieux préparées à porter un enfant et à élever des enfants plus vigoureux, physiquement et psychologiquement.

L’attention accrue que porte la communauté humanitaire au retard de croissance est révélatrice : sa prévalence est une sorte de critère du bien-être des enfants en général. Un enfant qui a atteint une taille normale a de meilleures chances de vivre dans un foyer où on se lave les mains et qui possède des toilettes ; de manger des fruits et des légumes ; d’aller à l’école ; d’avoir un meilleur emploi par la suite ; et il court moins de risques de mourir de maladies.

De plus, faire pencher la balance pour améliorer l’avenir d’un enfant n’est pas aussi difficile qu’on pourrait le penser. Le simple fait de renforcer l’importance de l’allaitement exclusivement au sein d’un bébé pendant les six premiers mois de sa vie, par exemple, multiplie par six ses chances de survie. La plupart des régions où le partenariat intervient disposent de suffisamment de nourriture. Ce sont d’autres facteurs, notamment le fait de ne pas laver et sécher proprement les ustensiles après les repas, de vendre des aliments nutritifs produits localement au marché au lieu de les manger, et les perceptions culturelles liées à des aliments tels que les légumes et les œufs, qui créent des problèmes. Voilà pourquoi de simples programmes d’éducation peuvent véritablement changer la donne et sauver un nombre incalculable de vies.

L’autre difficulté consiste à s’assurer que la volonté politique de poursuivre ces programmes existe bien. Si la communauté internationale reste concentrée sur ces efforts, la tendance à la baisse du retard de croissance se poursuivra. Il ne faudra peut-être que quelques courtes années pour que les enfants de communautés africaines démunies comme les montagnes du sud de l’Ouganda puissent réellement jouer au football pour des équipes comme Arsenal. Il faut simplement permettre aux enfants d’atteindre leur plein potentiel et le reste suivra.

Ci-dessous une vidéo sur les conséquences sur la croissance de la malnutrition.

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