Le nucléaire qualifié d'énergie "verte", clé potentielle pour l'autonomie et la transition énergétique européenne
Il est désormais vital pour les investisseurs d’agir rapidement et de soutenir les projets nucléaires au sein de l’UE pour assurer la sécurité énergétique, écrit Timur Tillyaev investisseur international dans les énergies renouvelables.
Maintenant que le nucléaire est dans la liste des investissements pouvant être qualifiés de « vert », il est vital pour les investisseurs d’agir rapidement et de soutenir les projets nucléaires au sein de l’UE pour assurer la sécurité énergétique, écrit Timur Tillyaev.
Timur Tillyaev est un investisseur international dans les énergies renouvelables.
Plus tôt ce mois-ci, le Parlement européen a pris la décision historique de qualifier d’écologiques les investissements dans l’énergie nucléaire, marquant une avancée majeure pour la transition et la sécurité énergétiques au sein de l’UE.
Le vote signifie que l’énergie nucléaire sera ajoutée, à compter de 2023, à la taxonomie de l’Union européenne (UE) en matière d’activités durables, qui est un ensemble de règles utilisées pour définir ce qui peut être considéré comme un investissement durable.
Alors pourquoi est-ce si important ? En bref, cela permet l’accès au secteur de l’énergie atomique verte au marché des investissements durables de plus de 8 trillions de dollars. Pourvu que les projets répondent aux critères définis par la taxonomie verte.
De plus, cela supprime l’incertitude pour les investisseurs inquiets au sujet des changements potentiels en matière de fiscalité et de réglementation pour les sources énergétiques non écologiques.
Les opportunités pour l’industrie sont immédiates. Les sociétés peuvent en effet dès maintenant commencer à se préparer pour lever des fonds en utilisant des obligations vertes, un marché qui a rapidement gagné du terrain ces dernières années.
En 2021, un peu plus de 500 milliards de dollars d’obligations vertes furent émises. L’injection potentielle de capital devrait ouvrir la voie pour des innovations dans l’industrie, en aidant les pays à produire de l’énergie nucléaire plus sûre, plus efficace, plus abordable et à plus grande échelle.
Cela permettra à l’UE d’être moins dépendante des combustibles fossiles, et surtout, du gaz russe.
EDF, qui est difficulté financière, se prépare déjà à émettre des obligations vertes pour financer près de 8 milliards d’euros de dépenses nucléaires. La France envisage d’ailleurs de construire 14 nouvelles centrales nucléaires d’ici 2050 pour atteindre la neutralité en carbone.
La France a longtemps été le fer de lance de l’Europe en matière d’énergie nucléaire. À l’accoutumée, 60 à 70% de l’électricité du pays provient du nucléaire. En comparaison, seulement 12% de la production énergétique de l’Allemagne provenait du nucléaire en 2021.
Il semblerait que d’autres pays européens soient prêts à suivre le modèle français. La Belgique œuvre actuellement pour développer les opérations de deux réacteurs nucléaires. La Pologne projette de construire six réacteurs nucléaires d’ici 2040 pour réduire sa dépendance au charbon.
Poussée par la crise gazière actuelle, l’Allemagne elle aussi, envisage de prolonger le cycle de vie des trois réacteurs restants du pays.
Dans toute l’UE, le nucléaire fait désormais partie intégrante des conservations sur la transition énergétique. Plus tôt ce mois-ci, dans un éditorial commun, plusieurs ministres de l’énergie européens ont désigné l’énergie nucléaire comme une « stratégie réaliste » pour assurer la sécurité énergétique de l’Europe et réduire les émissions de dioxyde de carbone.
Même les opposants de longue date sont en train de changer d’avis. Parmi eux se trouve le Parti Écologique finlandais. En mai, le parti prenait la décision historique d’approuver l’énergie nucléaire dans son manifesto.
« Nous devons nous assurer de réduire efficacement les combustibles fossiles le plus rapidement possible. Pour relever ce défi, nous avons besoin de tous les moyens durables : le vent, le solaire et le nucléaire », a déclaré le parlementaire écologiste finlandais Atte Harjanne.
Qualifier le nucléaire d’écologique est l’indice le plus clair de ce consensus croissant sur la question de l’énergie nucléaire dans l’UE.
Il existe toujours des critiques, y compris ceux qui ont raison de souligner qu’il faut des années pour construire des centrales nucléaires et que ces dernières ne constituent donc pas des investissements à long terme, étant donné la nature urgente de la crise climatique.
Il est vrai que l’industrie nucléaire pourrait faire davantage pour délivrer des projets plus rapidement et sans étirer les budgets. Cependant, avec un investissement adéquat, cela est possible.
Les recherches suggèrent en effet que des innovations dans la technologie nucléaire devraient pouvoir réduire radicalement le coût et le temps de construction de nouveaux réacteurs.
Néanmoins, le directeur des investissements chez NextGen ESG, Sasja Beslik a fait part de quelques inquiétudes en arguant que la nouvelle désignation écologique pourrait détourner le financement des ressources d’énergie renouvelable au profit de projets nucléaires.
De plus grands investissements devraient être consacrés aux deux formes d’énergie. Toutefois, il est certain que pour combattre le changement climatique, nous devons nous détourner le plus tôt possible des combustibles fossiles et que cela ne peut se faire que par le biais d’un investissement flexible et important dans toutes les sources d’énergie qui peuvent aider les pays à devenir neutres en carbone.
Le nucléaire, qui est l’une des ressources énergétiques les plus propres dont dispose la planète, a un rôle important à jouer dans cette transition.
Le Parlement européen a ouvert la porte aux investisseurs pour qu’ils prennent conscience du potentiel de l’énergie nucléaire dans la lutte contre la crise climatique et l’insécurité énergétique. Il appartient désormais aux investisseurs en énergie durable d’effectuer ce changement.