Fête de l'Humanité 2022, Fabien Gay : "l'ensemble de la gauche est présente, c'est inédit"
Liberté de la presse, rassemblement des forces de gauche, état du débat public en France et en Europe... Quelques heures avant le lancement de l'édition 2022, vendredi (9 septembre), le directeur du journal qui organise l'événement, Fabien Gay, a accordé un entretien à EURACTIV France.
Liberté de la presse, rassemblement des forces de gauche, état du débat public en France et en Europe… Quelques heures avant le lancement de l’édition 2022, vendredi (9 septembre), le directeur du journal qui organise l’événement, Fabien Gay, a accordé un entretien à EURACTIV France.
La Fête de L’Humanité est le plus grand événement de la rentrée politique de la gauche, qui accueille chaque année plus de 500 000 visiteurs.
Fabien Gay est sénateur communiste depuis 2017, vice-président de la commission des Affaires économiques au Sénat, et directeur du journal L’Humanité depuis septembre 2021.
EURACTIV. La Fête de l’Humanité est un grand rassemblement de la gauche populaire, attendu tous les ans. Cette année est-elle particulière, et pourquoi ?
Fabien Gay. C’est avant tout un grand déménagement, un chantier titanesque. Après 50 ans en Seine-Saint-Denis, nous venons pour la première fois en Essonne [Brétigny-sur-Orge – Le Plessis-Pâté].
Mais nous sommes aussi extrêmement heureux d’accueillir pour la première fois l’ensemble de la gauche avec un stand.
Le Parti socialiste et Europe Ecologie-Les Verts auront un stand, c’est inédit. Les Insoumis seront aussi de retour, alors qu’ils ne venaient plus depuis 2016.
Aux côtés du Parti communiste français, de Lutte ouvrière, du Nouveau parti anticapitaliste, de Génération.s, d’Ensemble, et beaucoup d’autres, voir cette multitude d’organisations politiques de gauche rassemblées est déjà un événement en soi.
C’est une conséquence du rassemblement des forces de gauche au sein de la NUPES [Nouvelle union populaire, écologique et sociale] ?
Bien sûr. La NUPES a permis que tout le monde soit présent.
Qu’est-ce que ça représente ? Est-ce le début d’une unité plus durable ?
La Fête de l’Humanité est un lieu de culture, de musique, de théâtre, de cinéma libre, un lieu festif, un lieu gastronomique et international.
Et c’est aussi un lieu de débats et nous mettons cet espace à disposition des forces politiques. Je ne sais pas ce qu’il va se passer, mais j’espère que tout ceci va contribuer à continuer à faire grandir le rassemblement le plus large possible.
Au-delà des questions partisanes ou électorales, vous avez parlé de lieu de débat : qu’en est-il des idées de gauche ?
Je suis extrêmement inquiet du recul des idées de gauche dans le débat politique. Pendant la campagne présidentielle, nous avons assisté à des débats sur le grand remplacement, qui est une idée nauséabonde, délétère et un fantasme de l’extrême droite. Alors qu’il y a une urgence climatique et sociale !
Il y a besoin d’abord de faire grandir les valeurs de justice sociale, climatique, les enjeux de paix, de solidarité, de fraternité dans la tête des gens. Ensuite, l’effet se verra dans les urnes.
Il faut résister à ce mouvement où tout est fait pour nous diviser.
Et lorsque vous voyez la situation de la gauche dans les élections suédoises ou italiennes [respectivement le 11 et le 25 septembre], quel est votre sentiment ?
Les idées d’extrême droite gangrènent le débat partout en Europe, mais aussi au Brésil avec M. Bolsonaro.
Vous citiez l’Italie : se dire qu’une héritière directe du fascisme en Italie pourrait gouverner, ça fait saigner le cœur.
La gauche française doit-elle se présenter unie aux prochaines élections européennes ?
Les élections sont des moments importants de la vie démocratique, mais il y a aussi les mobilisations sociales. Il va falloir faire reculer le gouvernement sur son projet de retraite ou de réforme d’assurance chômage. Il ne faut pas attendre les prochaines élections.
J’espère que la Fête de l’Humanité permettra de continuer à élargir le rassemblement, notamment pour les journées de mobilisation du 22 et 29 septembre.
Vous êtes aussi directeur de l’Humanité, journal historique de la gauche, fondé par Jean Jaurès en 1904. Presque 120 ans plus tard, comment se porte-t-il ?
Nous subissons de plein fouet la crise actuelle, avec un effet conjoncturel important qui est l’inflation.
Nous sommes aussi un quotidien à faibles ressources publicitaires, ce qui nous met en grande difficulté.
Mais il y a un droit à la presse. La faire vivre, c’est une exigence démocratique, constitutionnelle, il faut lui donner les moyens. Nous appelons à augmenter les donations publiques.
Considérez-vous qu’en France aujourd’hui la liberté de la presse est suffisamment protégée ?
La presse est attaquée dans le monde entier. 500 de nos confrères sont emprisonnés partout dans le monde et un journaliste français, Olivier Dubois, est toujours otage au Mali.
En France, la liberté de la presse et la liberté d’expression sont quand même d’un plutôt bon niveau. Aujourd’hui, vous pouvez dire ce que vous vous souhaitez.
Mais il faut être vigilant, car la liberté de la presse doit vivre au quotidien. La dépublication d’une tribune dans Le Monde [après intervention de l’Élysée] n’est pas une bonne chose. Aussi, avec la suppression de la redevance, on s’attaque au service public, qui permet la création culturelle, artistique, démocratique.
Le gouvernement doit expliquer comment il compte garantir au service public de l’audiovisuel et de la radio de pouvoir vivre, au-delà des deux ou trois années à venir.
Et en Europe, lorsque l’on voit les affaires d’écoutes de journalistes en Grèce par exemple ?
Même en France des journalistes ont été surveillés, par l’État marocain, à travers le système-espion Pegasus. En plus de nous espionner, le Maroc nous attaque en justice, notamment pour des articles sur les opposants politiques progressistes.
Vous êtes-vous senti soutenu par les institutions ?
Nous n’avons vu aucune déclaration du président de la République ou d’un membre du gouvernement pour soutenir la presse française, attaquée par un État étranger.