L'Europe traverse un « processus de digestion » [FR]
Selon Thierry de Montbrial, directeur de l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI) et Philippe Moreau Defarges, chercheur à l'IFRI, l'Europe traverse un « processus de digestion ».
Selon Thierry de Montbrial, directeur de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) et Philippe Moreau Defarges, chercheur à l’IFRI, l’Europe traverse un « processus de digestion ».
Dans un entretien à EURACTIV France dans lequel il évalue les évolutions de l’Union européenne en 2006-2007, M. de Montbrial déclare que les conditions politiques qui ont suivi la chute du mur de Berlin ont obligé l’UE à procéder à des élargissements « déraisonnables », que les événements depuis 1989 avaient rendu « inévitable ».
Selon Thierry de Montbrial, les réactions actuelles face à la Turquie sont uniquement « une manifestation de cette indigestion » et sont ainsi, en partie hors du contrôle de la Turquie.
Philippe Moreau Defarges préfère parler de « maturation » que « d’indigestion ». Il estime que l’Europe est actuellement « paralysée » en raison de l’incapacité des Etats membres à répondre à trois questions importantes :
- Comment bâtir une Europe démocratique ?
- Comment créer une politique économique de l’UE qui puisse être un véritable contrepoids à la Banque centrale européenne ?
- Faut-il une Union européenne avec des frontières précises ?
La deuxième question importante pour l’UE en 2006-2007 était une question institutionnelle, comme le déclare M. de Montbrial : « L’accord sur le Traité est, de mon point de vue, ce que nous pouvons obtenir de mieux dans les circonstances actuelles. S’il est ratifié, ce que je crois possible, le Traité simplifié nous donnera les moyens opérationnels de consolider » les récentes évolutions de l’UE.
Thierry de Montbrial estime « déraisonnable » de définir des limites physiques pour l’UE et doute que ce débat puisse un jour être conclu.
De plus, il pense que l’UE a besoin d’entretenir une relation constructive avec les Etats-Unis, s’ils continuent à se développer, en particulier dans les domaines de la sécurité et de la défense.
Selon M. de Montbrial, l’UE souffre d’un « vice de fabrication » depuis ses débuts. Il affirme que le Traité de Rome de 1957 n’a fait que revisiter l’idée d’une Communauté européenne de défense, que la France avait refusé de ratifier en 1954.
Les Communautés européennes, devenues par la suite l’Union européenne, ont été conçues comme une organisation très particulière, dont le principal axe de développement était, au début, l’économie.
En ce qui concerne les relations UE-Russie, Thierry de Montbrial estime que l’UE deviendra bientôt plus réaliste face à la situation de la Russie.
Il affirme que les européens font un « excès d’idéologie » en imaginant que la Russie puisse développer une démocratie à l’occidentale, après trois générations de communisme.
En outre, il pense que critiquer la Russie sur la question de la démocratie est « dangereux », car cela peut donner l’impression, largement répandue en Russie selon lui, que l’UE pratique une « politique conquérante » et des « lois impérialistes ».
Enfin, Thierry de Montbrial pense qu’une déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo aurait des conséquences « négatives », en créant une situation analogue à celle de Chypre. « Il y aura un nouvel exode et un coin de souffrance à l’intérieur de l’Europe dont tout le monde risque de se mêler », a-t-il déclaré.
Pour lire l’entretien dans son intégralité sur le site d’EURACTIV France, cliquez ici.