La réglementation excessive n’est pas le principal problème de l’UE, selon la tête de liste des socialistes européens

Les problèmes économiques de l’UE proviennent principalement d’une insuffisance d’investissements privés et publics, plutôt que de réglementations excessivement lourdes, selon Nicolas Schmit, tête de liste du Parti socialiste européen (PSE) pour la présidence de la Commission.

Euractiv.com
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Bien que M. Schmit reconnaisse que l’Europe a besoin de se débureaucratiser, il a souligné qu’il n’était pas réaliste de penser que la réduction des réglementations suffirait à relancer l’économie chancelante de l’Union européenne. [EP PHOTO]

Les problèmes économiques de l’UE proviennent principalement d’une insuffisance d’investissements privés et publics, plutôt que de réglementations excessivement lourdes, a déclaré Nicolas Schmit, tête de liste du Parti socialiste européen (PSE) pour la présidence de la Commission européenne, lors d’un entretien avec Euractiv.

Bien que Nicolas Schmit, qui occupe actuellement le poste de commissaire européen à l’Emploi et aux Droits sociaux, reconnaisse que l’Europe a besoin de se débureaucratiser, il a souligné qu’il n’était pas réaliste de penser que la réduction des réglementations suffirait à relancer l’économie chancelante de l’Union européenne.

« Certains nous disent que l’Europe est faible parce qu’elle est surréglementée. Si c’était si facile, nous pourrions supprimer 30 % de nos réglementations et l’économie [serait] en plein essor. C’est vraiment insensé », a-t-il déploré.

« Je suis tout à fait d’accord pour dire qu’il y a trop de bureaucratie. [Mais] l’investissement est la clé. »

Les propos du Luxembourgeois contrastent fortement avec la tendance récente des dirigeants de l’UE à reconnaître l’importance cruciale de la réduction de la charge réglementaire pour enrayer le déclin industriel et la baisse de compétitivité de l’Europe.

En mars de l’année dernière, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pressentie pour rester à la tête de l’exécutif européen après les élections européennes de cette semaine, s’est engagée à réduire de 25 % les obligations d’information des entreprises.

La semaine dernière, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz ont également exhorté leurs homologues européens à adopter « un programme ambitieux de réduction de la bureaucratie » et ont demandé que la proposition de Mme von der Leyen soit « mise en œuvre au moyen d’une législation spécifique ».

L’ancien Premier ministre italien Enrico Letta a également cité la « surréglementation » comme l’un des principaux obstacles au « dynamisme et à l’efficacité » du marché unique de l’Union européenne, dans un récent rapport commandé par les dirigeants de l’UE.

Dans ses prévisions de printemps publiées le mois dernier, la Commission a prédit que la croissance globale des investissements dans l’UE passerait de 1,5 % en 2023 à seulement 0,3 % cette année, un chiffre nettement inférieur à la moyenne de 4,5 % enregistrée dans l’Union avant la pandémie.

Grand point d’interrogation sur le frein à l’endettement allemand

Nicolas Schmit a souligné que le manque d’investissement et le malaise économique général de l’Europe ont été exacerbés par de nombreux autres facteurs, notamment les taux d’intérêt élevés, la faible demande intérieure, les pénuries de compétences, la faible croissance de la productivité et les effets continus de la crise énergétique déclenchée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022.

Il a également souligné que le manque d’investissement en Europe est dû en grande partie à la réticence de plusieurs États membres à approuver des augmentations substantielles de leurs dépenses publiques.

Le commissaire a notamment émis de sérieuses réserves quant à la viabilité du frein à l’endettement de l’Allemagne, qui limite le déficit fédéral structurel du pays à seulement 0,35 % du PIB annuel.

« Nous devons vraiment relancer l’investissement. Et pourtant, nous avons maintenant un problème : l’une des plus grandes économies de la zone euro et de l’Europe [y] a imposé des limites très strictes », a affirmé le candidat socialiste.

Lorsqu’on lui a demandé si l’Allemagne devait renoncer à son frein à l’endettement, M. Schmit a répondu : « Je dirais qu’il s’agit d’un grand point d’interrogation en termes de politique économique, mais c’est quelque chose que les Allemands doivent résoudre ».

« Le fait est que l’Allemagne est un poids lourd de l’économie européenne. Ce que les Allemands décident pour eux-mêmes a donc un impact sur les autres. »

Une guerre commerciale imminente avec la Chine ?

Nicolas Schmit a également longuement évoqué les dangers d’une escalade des tensions actuelles entre la Chine et les États-Unis vers une véritable guerre commerciale, et l’impact potentiellement sismique que cela pourrait avoir sur l’UE.

« Il se passe quelque chose de grave entre les États-Unis et la Chine. Et cela a d’énormes conséquences pour l’Europe », a-t-il averti.

L’un des risques qu’il a évoqués serait que Washington augmente ses droits de douane sur les exportations chinoises.

Cela pourrait conduire à la réorientation vers le marché européen d’énormes quantités de marchandises chinoises ce qui obligerait les dirigeants de l’UE à introduire leurs propres droits de douane.

« Il est clair que si les frontières se ferment du côté américain, la Chine — qui a accumulé dans de nombreux secteurs des surcapacités qui ne peuvent être absorbées par sa demande intérieure — dirigera ou essaiera de diriger ses produits vers l’Europe, entre autres. Et cela pourrait alors dégénérer en une guerre commerciale généralisée », a expliqué M. Schmit.

Il a ajouté que pour éviter une guerre commerciale, il faudrait une « unité » bien plus forte qu’actuellement entre les États membres de l’UE, et un plus fort soutien politique de la part de Washington.

« Il faut obtenir le soutien des États-Unis. Sinon, cela ne fonctionnera pas. »

[Édité par Anna Martino]