Peter Liese envisage déjà la prochaine révision du système d’échange de quotas d’émission de l’UE
L’eurodéputé allemand Peter Liese a expliqué à Euractiv qu’il envisage déjà la prochaine révision du système d’échange de quotas d’émission de l’UE, souhaite créer une banque centrale du CO2 et fait pression pour que son parti garde le cap sur les objectifs climatiques de l’UE.
Dans un entretien accordé à Euractiv, l’eurodéputé allemand Peter Liese a déclaré qu’il envisage déjà la prochaine révision du système d’échange de quotas d’émission de l’UE, souhaite créer une banque centrale du CO2 et fait pression pour que son parti garde le cap sur les objectifs climatiques de l’UE.
Le système européen d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE-UE) plafonne les émissions de CO2 de l’industrie et du secteur de l’électricité depuis son lancement en 2005. Alors que les prix sont restés bas pendant plus d’une décennie, ils ont grimpé à 100 euros la tonne de CO2 en 2022, lorsque l’Union européenne a commencé à prendre au sérieux l’urgence climatique. Les émissions couvertes par le SEQE ont alors chuté de 15 % en 2023.
La dernière réforme du cadre du système d’échange de quotas d’émission a été conclue de manière informelle à la fin de l’année 2022. Mais Peter Liese, l’eurodéputé allemand de centre droit (PPE) qui a mené les négociations la dernière fois, cherche déjà à rouvrir le dossier.
« Il a été explicitement discuté avec Diederik Samsom [le chef de cabinet de Frans Timmermans, alors en charge du Green Deal] que la question de ce qui se passera à partir de 2030 sera bien sûr rediscutée », a affirmé M. Liese à Euractiv.
Peter Liese s’occupe des questions climatiques au sein de la commission de l’Environnement du Parlement européen au nom du groupe le plus important, le Parti populaire européen (PPE) de centre droit.
Son raisonnement est que la dernière réforme a mis le système sur la bonne voie pour s’aligner sur la neutralité climatique en 2050 — et éliminer progressivement les certificats CO2 dès 2039 — mais certaines choses ne sont pas claires, comme le sort réservé aux entreprises qui ne sont pas totalement décarbonées, ou comment le système interagira avec d’autres cadres de protection du climat.
« Le fait de ne plus avoir de certificats dans le système à partir de 2039 ne sera, à mon avis, pas facile à mettre en œuvre dans l’état actuel de la législation », ajoute-t-il.
Selon M. Liese, la conception actuelle signifie que « les entreprises de ciment et de produits chimiques qui ne parviendraient pas à devenir climatiquement neutres d’ici 2039, mais seulement trois ou quatre ans plus tard » seraient en difficulté et pourraient finir par délocaliser leurs usines.
« La neutralité climatique est un impératif », a-t-il rappelé, ajoutant que ces entreprises doivent avoir la possibilité de continuer à « produire en Europe ».
Sa solution ? « J’étais déjà d’avis, au cours du processus législatif, que nous devions inclure les émissions négatives », a expliqué le législateur allemand.
Cette question est au cœur d’un débat récurrent entre les experts de la tarification du carbone, où deux camps distincts s’opposent sur la question de savoir si le SEQE devrait inclure des « émissions négatives » vérifiables.
Les « puits technologiques », c’est-à-dire le captage suivi du stockage de CO2 — la forme la plus permanente de stockage du carbone — « seraient certainement une solution », a affirmé M. Liese.
Une banque centrale du carbone pour l’Europe
Mais quelle entité comptabiliserait ces absorptions de carbone et imprimerait le certificat CO2 correspondant, pour qu’une cimenterie puisse continuer à émettre du CO2 en Europe au-delà de 2039 ?
Le concept de banque centrale du carbone gagne du terrain parmi les experts. En effet, traiter le CO2 comme une monnaie signifierait qu’un organisme central pourrait le contrôler et le gérer.
Selon M. Liese, cette approche est « particulièrement pertinente » lorsqu’il s’agit de puits de CO2 moins permanents.
Notamment « le stockage de carbone dans les sols agricoles, la reforestation, et d’autres techniques similaires, pour lesquelles nous ne pouvons tout simplement pas dire avec certitude que les puits dureront aussi longtemps que nous en aurons besoin, mais nous avons quand même besoin d’incitations » pour leur entretien, a-t-il précisé.
En outre, une telle banque centrale pourrait offrir une perspective de stabilité à long terme et une protection contre les aléas du monde politique, ce dont le système d’échange de quotas d’émission a grandement besoin depuis que les prix ont chuté de 50 % l’année dernière.
Les prix du CO2 vont-ils se redresser ?
M. Liese attribue l’effondrement des prix à la crise énergétique de 2022 et à la baisse de la production industrielle qui s’en est suivie.
« Les entreprises qui achètent des certificats SEQE ont produit moins et ont donc acheté moins de certificats. C’est la principale raison de l’effondrement des prix », a-t-il expliqué.
Mais il admet que certaines de ces baisses sont aussi le fruit d’une action délibérée. « En tant que PPE, nous avons délibérément souligné, tant dans le contexte du SEQE que dans celui de REPowerEU, que nous ne voulions pas pousser les prix à l’extrême maintenant. »
Les analystes pointent du doigt une vente éclair de 20 millions de certificats CO2 comme une autre raison de cette chute. Ces certificats ont été vendus plus tôt que prévu, afin de lever des fonds pour financer la transition REPowerEU de l’Union européenne vers l’élimination du gaz russe, ce qui constitue une autre raison de la chute des prix.
L’industrie devrait profiter au maximum de l’effondrement actuel des prix, selon M. Liese. « Nous sommes maintenant dans une phase où les entreprises peuvent souffler un peu pour planifier et s’attaquer à leurs investissements. »
« À partir de 2027, le nombre de certificats se raréfiera considérablement. Et ceux qui n’auront pas investi ou commencé à investir d’ici là le paieront très cher à long terme », du moins tant que les objectifs climatiques et la trajectoire de forte réduction du système d’échange de quotas d’émission seront maintenus.
M. Liese s’est dit « personnellement déterminé à ce que nous atteignions les objectifs climatiques », mais il a reconnu que son parti politique aurait besoin de se laisser convaincre.
« Je fais également campagne en ce sens au sein de mon groupe parlementaire. Lors des débats sur l’objectif 2040, j’étais également très favorable à ce que l’on ne modifie pas les objectifs existants. »
[Édité par Anna Martino]