Santé mondiale : la stratégie de l’UE risque de manquer d’actions, affirme une experte

Pour le Dr Beate Kampmann,  des stratégies plus claires et une mise en œuvre adéquate des initiatives au sein de l’UE sont nécessaires afin de relever les défis actuels en matière de santé mondiale.

EURACTIV.com
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Beate Kampmann, vaccinologue, a créé le Centre pour la santé mondiale de la Charité — un centre de recherche affilié à l’hôpital Charité à Berlin — en 2023, et a exprimé des sentiments mitigés quant à la stratégie de l’UE en matière de santé mondiale. [World Health Summit]

Pour le Dr Beate Kampmann, professeure et directrice du Centre pour la santé mondiale de la Charité — un centre de recherche affilié à l’hôpital Charité à Berlin —,  des stratégies plus claires et une mise en œuvre adéquate des initiatives au sein de l’Union européenne (UE) sont nécessaires afin de relever les défis actuels en matière de santé mondiale.

L’approche de l’UE en matière de santé mondiale consiste actuellement en des initiatives nationales et européennes, alors que Beate Kampmann estime que « nous avons besoin d’une matrice de mise en œuvre plus solide et de résultats clairs ; sinon, la stratégie risque d’être un discours sans action ».

Cette vaccinologue de formation a exprimé des sentiments mitigés quant à la stratégie de l’UE en matière de santé mondiale.

« Qui l’a élaborée ? À quoi et à qui sert cette stratégie ? », s’est-elle interrogée lors d’un entretien avec Euractiv en marge du Sommet mondial de la santé (World Health Summit, WHS).

« La stratégie [européenne] a certainement galvanisé les stratégies nationales, mais nous devons nous demander à qui elle s’adresse vraiment. Est-ce que vous vous aidez vous-mêmes en agitant un drapeau ? Ou essayez-vous d’orienter certains flux de financement ? »

La stratégie mondiale de l’UE en matière de santé mondiale vise à améliorer la sécurité sanitaire, à renforcer les systèmes de santé et à réduire les inégalités, en mettant l’accent sur la préparation aux pandémies, la couverture sanitaire universelle ainsi que d’autres priorités.

En ce qui concerne les mesures concrètes de mise en œuvre, elle a déclaré que « ce qui est essentiel, c’est que nous sachions où va le financement, ce qui nous donnerait une marge de manœuvre pour tirer parti d’initiatives qui s’alignent sur les stratégies nationales et européennes ».

« Par exemple, si la résistance aux agents antimicrobiens [RAM] est une priorité, nous devons nous demander quelle recherche scientifique nous devons produire pour nous assurer que ces objectifs stratégiques sont effectivement atteints. »

Beate Kampmann a rappelé que les défis que rencontrent les nations, tels que les maladies infectieuses, les migrations, le changement climatique et les maladies non transmissibles, sont interconnectés, et que la santé est une question politique centrale.

« Il n’y a pas de santé pour les individus dans nos communautés si nous n’avons pas une perspective globale. […] La santé est toujours un sujet politique. C’est une question de droits humains et ce n’est pas un luxe. C’est une nécessité. »

Elle a toutefois fait valoir que la montée des mouvements populistes et nationalistes en Europe complique la promotion de politiques de santé publique bénéficiant à la communauté mondiale, car « l’opinion de l’électorat a changé, du moins en Allemagne », explique-t-elle.

Prenant l’exemple des anti-vax, elle explique que « les gens veulent contrôler ce qu’ils considèrent comme des décisions personnelles, mais ces décisions ont un impact considérable sur la santé publique et, à terme, sur la santé mondiale également ».

Selon elle, cette situation reflète un problème plus large où les intérêts individuels l’emportent parfois sur le bien collectif.

« Les maladies ne s’arrêtent pas aux frontières », a-t-elle affirmé, soulignant également les disparités entre les pays riches qui disposent souvent d’un excédent de vaccins alors que d’autres nations peinent à y avoir accès, risquant ainsi de voir ces maladies se propager à l’échelle mondiale.

Beate Kampmann a également exprimé sa frustration à l’égard de la charge administrative imposée par l’UE, qui entrave souvent les progrès. Bien que les sources de financement, telles que le programme Horizon Europe soient bénéfiques, elle a constaté une augmentation des obstacles pour les partenaires non européens, en particulier les institutions africaines.

Elle a reconnu que le Partenariat des pays européens et en développement sur les essais cliniques (EDCTP) « fonctionne raisonnablement bien », mais s’est inquiétée de l’accès limité à ce dernier pour les institutions africaines.

Aujourd’hui, seules les institutions sud-africaines peuvent postuler directement ; les autres doivent entreprendre une démarche bien plus complexe, ce qui est « dommage ».

Des partenariats plus équitables avec les pays d’Afrique

Elle a également souligné la nécessité pour Bruxelles de mettre en place des partenariats, des collaborations et des flux de financement plus équitables qui bénéficient directement aux institutions africaines, et pas seulement aux institutions en Afrique gérées par des Européens.

Face au grand nombre d’initiatives visant à combler cet espace, Beate Kampmann s’est interrogée sur la définition de leur succès : « Le succès doit être défini par les utilisateurs finaux ».

Il est donc essentiel « de tenir compte des opinions des personnes vivant dans un contexte complètement différent […] pour progresser ».

Elle a suggéré de développer d’autres partenariats avec des universités africaines, car les collaborations existantes ont influencé la recherche et les discussions politiques, en particulier dans les domaines de la génomique et de la santé publique.

Faire le lien entre la science et la politique

Beate Kampmann a fait remarquer qu’un défi récurrent est la mise en relation de la recherche scientifique et de l’élaboration des politiques. Alors que les experts en santé offrent des perspectives cruciales, il reste difficile de convaincre les responsables politiques qui ne travaillent pas dans le domaine de la santé.

« Nous nous retrouvons souvent […] à parler à ceux qui comprennent déjà les problèmes », déplore-t-elle, ajoutant qu’il faut batailler « pour finir par s’asseoir à côté d’un ministre des Finances », par exemple.

« La santé doit être un dossier d’investissement. Les interventions que nous proposons doivent démontrer un avantage socio-économique. Si nous pouvons faire valoir cet argument, nous aurons plus de facilité [à obtenir ce que nous demandons]. »