148 milliards d'euros : la facture des importations énergétique de la France a triplé en trois ans
Les derniers chiffres des douane française publiés vendredi (6 octobre) révèlent une facture des importations énergétiques de la France s'élevant à 148 milliards en 2022, contre 59 milliards d’euros en 2019. Une situation largement imputée au gaz.
Les derniers chiffres des douanes françaises publiés vendredi (6 octobre) révèlent une facture des importations énergétiques de la France s’élevant à 148 milliards en 2022, contre 58 milliards d’euros en 2019. Une situation largement liée au prix du gaz.
En même temps que la publication des principaux résultats du commerce extérieur de la France en 2022, les services de douanes ont rendu vendredi un rapport sur la « vulnérabilité énergétique de la France ».
L’étude est sans équivoque : « Dans le contexte de la guerre en Ukraine […] En 2022, l’envolée de la facture énergétique a […] remis en lumière la dépendance et la vulnérabilité des économies européennes aux importations d’énergie ».
Concernant la France, sa dépendance aux importations énergétiques est quasi totale pour la houille et le pétrole, et totale pour le gaz. « Cette dépendance constitue un facteur de vulnérabilité pour le pays, note le rapport », explique le rapport.
Bien que la quantité d’énergie — mesurée en TWh — ait baissé d’environ 5 %, la facture des importations est passée de 58 milliards en 2019 à 148 milliards en 2022, soit une multiplication par 2,5.
En solde net, la facture énergétique de la France est passée de 44 milliards d’euros en 2019 à 116 milliards d’euros en 2022, selon les chiffres du ministère de la Transition énergétique publiés le 28 septembre.
Gaz, pétrole et électricité
Dans le détail, le rapport des douanes note « une hausse inédite » du montant des approvisionnements en gaz, passant de 11 milliards d’euros en 2019 à 52 milliards en 2022.
En solde net, la facture gazière est passée de 8 milliards d’euros en 2019 à 46 milliards d’euros en 2022.
Le solde net est le résultat de la balance entre les importations et les exportations.
Ces chiffres résultent d’importations en hausse provenant de pays autres que la Russie, dont le gaz était, avant la guerre en Ukraine, abondant et bon marché.
La quantité de gaz importé a également augmenté. « Les craintes de pénurie ont conduit à une augmentation des réserves de gaz en France en 2022, malgré la hausse des prix », explique le rapport des douanes.
En face, le montant des approvisionnements en pétrole est passé de 45 milliards d’euros en 2019 à 72 milliards d’euros. En outre, « la nette hausse des prix du pétrole et de la houille s’est accompagnée d’une baisse des volumes importés », note le rapport.
En solde net, la facture française de pétrole brut s’élève à plus de 31 milliards, contre 21,8 milliards en 2019.
Côté électricité, « la dépendance [de la France] aux importations d’électricité est nulle, car la France en est généralement exportatrice nette ». Mais en 2022, les difficultés traversées par le parc nucléaire français ont complètement inversé cette tendance multidécennale.
Ainsi, la France est passée d’une exportation nette de 2 milliards en 2019 à une importation nette de 8 milliards en 2022.
Les autres États membres ne sont pas en reste. En Italie, la facture des importations a été multipliée par 2,7 entre 2019 et 2022 en raison notamment de la part du gaz gazeux, très cher et très présent dans le mix énergétique italien.
L’Espagne est moins dépendante du gaz gazeux. Néanmoins, sa facture d’importations a également été multipliée par 2,1.
« C’est un choc important », concède à Euractiv France Andreas Rüdinger, chercheur en transition énergétique à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI).
Néanmoins, « la situation aurait pu être bien pire si les prix du pétrole avaient également largement augmentés », ajoute-t-il. Or, « comparativement, les prix du pétrole de Brent sont plus bas en 2022 [101 dollars en moyenne] qu’entre 2012 et 2014 [plus de 110 dollars en moyenne] », complète le chercheur.
Dépendance gazière
Ces chiffres montrent-ils une dépendance accrue de la France aux importations d’énergies ?
Entre 2019 et 2022, la quantité d’énergie importée n’a pas augmenté, le potentiel de diversification des fournisseurs est resté haut et le niveau de concentration des achats dans les mains d’un ou quelques fournisseurs reste bas.
Toutefois, la France est fortement dépendante des importations pour le pétrole (98 %) et le gaz (99 %) qu’elle consomme. L’UE aussi, mais dans une moindre mesure.
Dans l’UE, la forte dépendance au gaz est plutôt circonstancielle pour 2022 et l’augmentation massive des stocks de gaz, explique le rapport. Entre 2012 et 2021, la dépendance moyenne était plutôt de l’ordre de 77 %.
Les Pays-Bas, la Roumanie ou encore l’Allemagne sont en effet producteurs de gaz historiques.
En outre, la France est « tributaire de peu de fournisseurs différents » pour le gaz gazeux ou liquéfié. En combinant les deux sources, la Russie reste d’ailleurs un fournisseur clé.
En revanche, « le potentiel de diversification des importations de gaz [gazeux et GNL] est élevé », note le rapport. D’ailleurs, le gaz gazeux peut être substitué par du GNL.
« À titre illustratif, la France, confrontée à l’arrêt des importations de gaz gazeux russe depuis fin septembre 2022 en raison de la mise hors service du gazoduc Nord Stream, a été en mesure de lui substituer du GNL, principalement originaire des États-Unis », note le rapport.
Néanmoins, un changement drastique de fournisseur et d’état du gaz sur le long terme souffrirait du manque d’infrastructures adaptées et de lourds investissements, pour le transport du GNL notamment, ajoute le rapport.