Agriculture. Soixante-trois actions pour aider les agriculteurs en détresse

La commission des affaires économiques du Sénat a présenté mercredi (17 mars) son rapport sur « les agriculteurs en situation de détresse ». Résultat d’un an de travaux, qui sera remis au gouvernement. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Ouest-France
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Les sénateurs du groupe de travail transpartisan sur les agriculteurs en situation de détresse ont annoncé vouloir "briser un tabou qui frappe nos campagnes". [DedovStock/Shutterstock]

La commission des affaires économiques du Sénat a présenté mercredi (17 mars) son rapport sur « les agriculteurs en situation de détresse ». Résultat d’un an de travaux, qui sera remis au gouvernement. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Ils veulent  briser un tabou qui frappe nos campagnes . Ce mercredi 17 mars, les sénateurs du groupe de travail transpartisan sur les agriculteurs en situation de détresse ont rendu compte de leur rapport, adopté par la commission des affaires économiques. Henri Cabanel (RDSE, sénateur de l’Héraut) et Françoise Férat (Union centriste, Marne) ont dressé les conclusions d’un an de travaux, lancés à la suite du premier débat parlementaire organisé sur ce drame qui touche particulièrement le monde agricole. En 2019, la Mutualité sociale agricole (MSA) recensait deux suicides d’agriculteurs par jour en France.

« Cette omerta est en train de se briser » , lentement, car « l’agriculture est un monde de taiseux, souligne Françoise Férat. On a recueilli une immense détresse, en particulier concernant les revenus et l’agribashing. » La place du suicide des agriculteurs s’est accrue dans l’espace public, aidée notamment par des reportages et le film Au nom de la terre d’Édouard Bergeon.  Elle reste cependant bien trop faible au regard de son importance et de l’urgence à agir ​, soutiennent les sénateurs.

Cinq axes

Leur rapport est le fruit de dizaines d’auditions, de déplacements sur le terrain, de témoignages de proches de victimes… Il est aussi nourri de la contribution de 150 anonymes sur une plateforme mise en ligne par le Sénat en décembre et janvier. « Ce qui aurait pu être ressenti comme une intrusion dans l’intimité a été perçu comme une reconnaissance de ce que vivent les agriculteurs », déclare Françoise Férat.

Le rapport s’articule en soixante-trois propositions, rassemblées autour de cinq axes. Le premier incite à « mieux connaître et reconnaître le phénomène » . « Nous devons faire de l’agriculture une grande cause nationale », plaident les rapporteurs. Ils demandent notamment que soit renforcée la connaissance statistique des suicides d’agriculteurs, car si la surmortalité du milieu agricole est reconnue, les données sont rarement actualisées (les dernières de la MSA se basent sur l’année 2015). Le deuxième axe incite à « mieux prévenir la détresse » : renforcer les aides à l’investissement, consolider l’aide au remplacement pour « permettre à l’agriculteur de partir quelques jours en vacances… » , rendre obligatoire et gratuite une visite médicale tous les trois ans pour les exploitants de plus de 40 ans, etc.

Accompagner les familles endeuillées

Pour « mieux identifier » les difficultés, le rapport recommande de renforcer le dispositif Agri’écoute (plateforme téléphonique de soutien), faire de l’échelle départementale la clef de voûte pour accompagner les agriculteurs, soutenir les associations, démultiplier le nombre de sentinelles (vétérinaires, gendarmes, facteurs…) qui sont témoins des premiers signes de détresse, etc. Afin de parvenir à un « meilleur accompagnement » , les sénateurs demandent d’améliorer les aides économiques, « d’humaniser les procédures » ou encore de promouvoir la reconversion professionnelle. Le dernier volet est centré sur « l’accompagnement des familles endeuillées » .

Ce rapport du Sénat sera présenté au ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, mercredi 24 mars. Il rejoint une démarche « complémentaire » entreprise à l’Assemblée nationale. En mars 2020, le gouvernement avait confié une mission interministérielle sur le suicide des agriculteurs à Olivier Damaisin (LREM). Le député du Lot-et-Garonne a de son côté remis son rapport (sept recommandations déclinées en vingt-neuf propositions d’action) au Premier ministre, le 1er décembre.

Julien Denormandie avait déclaré attendre ces deux rapports pour formuler un plan d’action opérationnel consacré à la détresse du monde agricole, en lien avec les ministres de la Santé et du Travail. Ce plan concret est attendu pour le mois d’avril.