Aide salutaire à la Grèce ou mise sous tutelle ?

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont exhorté la Grèce à adopter des réformes supplémentaires, condition du déclenchement des aides financières. Une nouvelle proposition, visant à conforter les créanciers, reçoit un accueil diamétralement opposé en France et en Allemagne.

EURACTIV.fr
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Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont exhorté la Grèce à adopter des réformes supplémentaires, condition du déclenchement des aides financières. Une nouvelle proposition, visant à conforter les créanciers, reçoit un accueil diamétralement opposé en France et en Allemagne.

Les deux dirigeants auraient pu faire sensation, mais le 14ème Conseil des ministres franco-allemand s’est finalement conclu de manière plus fade que prévu. En l’absence d’un accord entre la Grèce et ses créanciers privés comme publics, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ne pouvaient qu’exhorter le pays à remplir ses obligations. Il faut régler la crise grecque « une bonne fois pour toutes », a résumé le président. « Le temps presse pour Athènes », a insisté la chancelière allemande.

Renforcer la surveillance budgétaire

Les deux dirigeants ont cependant soumis une nouvelle proposition visant à rassurer les bailleurs de la Grèce. Une partie des aides reçues par le pays serait versée sur un compte bloqué faisant office de garantie aux bailleurs du pays. Si Athènes n’est pas en mesure d’honorer ses emprunts, ses créanciers pourront cependant être remboursés via ce fonds.

Mais cette annonce reste énigmatique. Nicolas Sarkozy a évoqué l’idée de verser « les intérêts de la dette grecque » sur un compte bloqué. Angela Merkel, a de son côté expliqué que « le paiement des interêts » sera réalisé “par l’intermédiaire d’un compte bloqué ». 

Pour la presse allemande, le pas franchi est considérable : « La Grèce devrait renoncer à sa souveraineté budgétaire », titre le quotidien Süddeutsche Zeitung le 6 février.

En France, mais pas seulement, l’information est au contraire passée inaperçue. “La nouvelle n’a pas bouleversé les marchés, les courtiers anglais ne m’ont pas alerté à ce sujet”, relativise Nicolas Forest, responsable taux chez Dexia AM.

Contactés, les services du gouvernement allemand n’ont pas souhaité clarifier davantage la proposition faite par les deux dirigeants, mais confirment que l’objectif est de renforcer la surveillance budgétaire de la Grèce. 

Négociations difficiles en cours

Le gouvernement grec peine actuellement à trouver un accord sur la réduction de sa dette avec les créanciers privés. Il tarde également à convaincre ses créanciers publics, c’est-à-dire les autres pays européens, de sa capacité à mettre en œuvre les réformes demandées, dont une baisse des salaires. Sans résultat tangible, les dirigeants européens pourraient refuser à la Grèce le deuxième plan d’aide de 130 milliards d’euros, prévu en octobre 2011. Le 6 février, les lignes ont commencé à bouger puisque le gouvernement grec a annoncé un plan de licenciement de 15 000 fonctionnaires. Un échec des négociations entre les partis politiques grecs, d’une part et avec les créanciers privés d’autre part, “serait inimaginable”, a ajouté Nicolas Sarkozy.

Et officiellement, la chancelière et le président maintiennent le même cap. Angela Merkel souhaite « que la Grèce reste dans la zone euro », pendant que Nicolas Sarkozy se dit confiant sur la conclusion des négociations. « Les éléments de l’accord n’ont jamais été aussi proches », a-t-il précisé.

Harmonisation fiscale

Les dirigeants ont profité de l’occasion pour présenter les avancées en matière d’harmonisation fiscale, saluant la publication, par les ministres des finances des deux pays, du livre vert sur la fiscalité des entreprises.

Pour M. Sarkozy, l’impôt sur les sociétés françaises devrait être adapté au modèle allemand par un élargissement de l’assiette et une baisse des taux en France. Ce projet pourrait être finalisé d’ici le soixantième anniversaire du traité de l’Elysée en 2013, a suggéré la chancelière.

« Ce n’est pas comme ça qu’on dirige une grande nation »

L’accord intergouvernemental sur la discipline budgétaire, qui sera signé début mars, est « un engagement d’État et non pas politicien », a insisté le président, taclant les velleités de renégociation exprimées par François Hollande.  

« Ce n’est pas comme ca qu’on dirige une grande nation », a lâché Nicolas Sarkozy. La droite française n’est pas la seule à craindre un revirement. Lors de sa rencontre avec son homologue français à Berlin le 24 janvier, le ministre délégué en charge des Affaires européennes allemand, Michael Link, avait critiqué la position du candidat socialiste.