Alexis Tsipras (Syriza) prêt à jouer au poker menteur avec l’Europe
Le parti de gauche ultra radicale pourrait devenir la première force politique grecque à l’issue des élections. A Paris, son jeune chef a réaffirmé son rejet de l’austérité et reste persuadé que jamais l’UE ne lâchera son pays.
Le parti de gauche ultra radicale pourrait devenir la première force politique grecque à l’issue des élections. A Paris, son jeune chef a réaffirmé son rejet de l’austérité et reste persuadé que jamais l’UE ne lâchera son pays.
L’homme est encore inconnu du grand public européen, mais, en Grèce, Alexis Tsipras est devenu incontournable depuis les élections législatives du 6 mai. Son parti de gauche ultra-radicale, Syriza, a obtenu 16% des voix, juste derrière les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) et devant les socialistes (Pasok).
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« Pas identiques, mais similaires »
Après l’échec des négociations pour former un gouvernement, le retour aux urnes des Grecs le 17 juin pourrait le propulser à la première place. Selon les derniers sondages, Syriza obtiendrait cette fois-ci jusqu’à 28%, indique le quotidien libéral Kathimérini.
Avant l’échéance, M. Tsipras a décidé de faire un crochet en France et en Allemagne. A Paris, il a été accueilli à bras ouvert par le Front de Gauche. Lors d’une conférence de presse à l’Assemblé nationale, lundi 21 mai, Jean-Luc Mélenchon a déclaré, souriant : « Nous ne sommes pas identiques, mais nous sommes similaires. »
Théorie du complot
Le message de M. Tsipras est clair. Il rejette en bloc les plans d’austérité votés par la précédente assemblée, en échange de l’aide européenne et du Fonds monétaire international (FMI). En cas de victoire, il entend y mettre un terme. « Il n’y a rien à négocier dans le mémorandum car on ne négocie pas avec l’enfer », a-t-il lancé aux nombreux journalistes présents.
Le chef de Syriza a conspué le « chantage » des responsables européens qui mettent en garde les Grecs contre un vote qui porterait au pouvoir des partis remettant en cause les accords déjà signés. « Un de nos objectifs est de forcer les dirigeants à regarder la vérité en face », a ajouté M. Tsipras qui souhaite ni plus ni moins « envoyer aux oubliettes » le mémorandum.
A 37 ans, il estime par ailleurs que ce qui est imposé est bien plus que l’austérité. Il s’agirait « d’une expérimentation de solution néo-libérale de choc » qui en cas de succès sera exportée partout en Europe. « La guerre que nous vivons, c’est celle des forces du travail contre celle de la finance, des banques (…). Il est difficile d’affronter victorieusement notre ennemi car il n’a pas de visage, pas de programme, mais c’est lui qui nous gouverne ». Des mots qui rappellent ceux prononcés par le nouveau Président français pendant sa campagne électorale.
L’UE paiera
Quant aux menaces européennes de couper l’aide financière, indispensable à la survie du pays, Alexis Tsipras n’y croit pas. Il estime que ses partenaires seront « obligés de discuter », les enjeux financiers pour l’UE étant énormes, mais il parait peu ouvert à la négociation.
Cette stratégie de la confrontation avec l’UE rejoint la vision de Jean-Luc Mélenchon qui a rappelé que les États européens et leurs banques étaient surtout impliqués financièrement. « Menacer la Grèce et le peuple grec, c’est se menacer soi-même. »
« La chaîne des servitudes du Traité de Lisbonne se rompt », s’est-il réjouit.
Les bouleversements politiques grecs ont de quoi inquiéter les chancelleries européennes qui, après deux ans de crise et 340 milliards euros d’aide, perdent patience alors que la santé de la zone euro est toujours fragile. De plus en plus de voix se font entendre pour une sortie ordonnée de la Grèce, même si les conséquences restent imprévisibles.
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Planches à billet
A de nombreuses reprises, M. Tsipras a réaffirmé son attachement à l’intégration européenne. Une prise de position qui ne s’oppose pas, selon lui, avec son programme. Il estime que « la contradiction est du côté de ceux qui pensent que le mémorandum et le maintien dans la zone euro peuvent aller de concert. C’est la politique du mémorandum qui conduit au désastre humanitaire et à l’effondrement de l’économie grecque et pourrait la conduire à sortir de la zone euro ».
En cas de victoire de Syriza, rien ne dit que le parti soit capable de former une coalition. Un nouvel échec est tout à fait possible, prolongeant la crise politique et l’incertitude sur la capacité de la Grèce à tenir ses engagements.
Dans tous les cas, Alexis Tsipras a été clair. Sa formation n’acceptera de former un gouvernement qu’avec des « partis de gauche » en accord avec son programme. Il n’a cependant apporté aucune précisions sur une éventuelle alliance avec les communistes (à tendance stalinienne) du KKE ou des socialistes du Pasok.
Son programme de gouvernement a de quoi séduire les citoyens d’un pays en crise depuis trois ans : 100 000 nouveaux emplois dans la fonction publique (pour un pays de 10 millions d’habitants), hausse du salaire minimum à 1300 euros (actuellement à 600 euros), augmentation des retraites, nationalisation des entreprises privatisées depuis 2009, etc.
Avec une dette qui se maintient actuellement autour de 160% du ¨PIB, le financement de ces mesures ne peut passer que par la planche à billets. « Il faut que la Banque centrale européenne puisse financer directement les États », a d’ailleurs précisé Pierre Laurent, président du Parti de gauche européen et du Parti communiste français.
Réunion mercredi
Alexis Tsipras avait demandé à être reçu par le président de la République français, mais ce dernier a décliné la proposition pour « des raisons de protocole », analyse le Grec.
L’élection de François Hollande représente selon lui un « espoir ». Il l’a toutefois mis en garde en le comparant à l’ancien Premier ministre socialiste grec George Papandreou qui « a gagné les élections en 2009 sur de très grandes attentes. Il a posé devant les électeurs la question socialisme ou barbarie mais finalement il nous a conduit vers la deuxième option ». Au cas où, M. Tsipras a même déjà un surnom en tête : « Hollandreou ».
Les dirigeants de l’UE doivent se retrouver mercredi 23 mai à Bruxelles pour évoquer les manières de relancer la croissance. Comme presque toujours depuis deux ans, la Grèce s’invitera dans les débats.