Allemagne : des entreprises mettent en garde contre les dangers d’une sortie de l’UE

La sortie de l’Allemagne de l’UE coûterait 200 milliards d’euros par an à l’économie du pays, a averti l’association patronale INSM mercredi (5 juin), alors que l’AfD, connue pour sa rhétorique anti-UE, se trouve en deuxième position dans les sondages pour les Européennes.

EURACITV Allemagne
Exit,From,The,Euro,Zone
L’Allemagne bénéficie plus que n’importe quel autre grand membre l’UE, comme la France, l’Italie ou l’Espagne, de son appartenance au bloc communautaire, selon une étude de l’INSM. [Shutterstock/paulista]

La sortie de l’Allemagne de l’Union européenne, ou « Dexit », coûterait 200 milliards d’euros par an à l’économie du pays, a averti l’association patronale INSM mercredi (5 juin), alors que le parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD), connu pour sa rhétorique anti-UE, se trouve en deuxième position dans les sondages pour les Européennes.

L’Allemagne bénéficie plus que n’importe quel autre grand membre l’UE, comme la France, l’Italie ou l’Espagne, de son appartenance au bloc communautaire, selon une étude de l’INSM, un groupe de pression financé par les associations patronales allemandes des secteurs de la métallurgie et de l’électronique.

À quelques jours des élections des représentants allemands au prochain Parlement européen, le lobby intensifie ses mises en garde contre le risque de voir la plus grande économie de l’Union quitter cette dernière, comme le souhaite le parti d’extrême droite AfD.

« Lorsque vous discutez de l’Europe avec les citoyens, ce que nous faisons régulièrement, vous entendez souvent cet argument selon lequel elle est si ennuyeuse, avec toutes ces règlementations et les longs processus de prise de décision », a expliqué Thorsten Alsleben, directeur de l’INSM, mercredi.

« Mais c’est comme dans un mariage : il ne faut pas se contenter de regarder les aspects négatifs, tels que le tube de dentifrice ou la porte de l’armoire ouverte. Il faut aussi prendre en compte les points positifs », a-t-il poursuivi.

Au début de l’année, Alice Weidel, cheffe de file de l’AfD, a proposé un référendum sur l’appartenance à l’UE dans une interview accordée au Financial Times, dans laquelle elle a décrit le vote britannique de 2016 sur le Brexit comme un « modèle pour l’Allemagne ».

L’AfD, récemment exclue du groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen, arrive actuellement deuxième dans les sondages pour les élections européennes avec environ 15 %, juste devant le Parti social-démocrate allemand (SPD, Socialistes et Démocrates européen/S&D) du chancelier Olaf Scholz et les Verts, tous deux crédités de 14 %.

Le dernier membre de la coalition tripartie au pouvoir dans le pays, le Parti libéral-démocrate (FDP, Renew), devrait obtenir 4 % des voix.

L’AfD est toutefois devancée par l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU) et ses 29 %.

Dans son manifeste électoral, le parti d’extrême droite qualifie l’UE d’« irréformable » et d’« échec » et appelle à son remplacement par une « Confédération des nations européennes ».

Cependant, selon une étude des économistes Gabriel Felbermayr et Inga Heiland, une sortie de l’UE coûterait à l’économie allemande environ 200 milliards d’euros par an, soit près de 2 500 euros par habitant.

À titre de comparaison, les auteurs de l’étude notent que la contribution annuelle nette des contribuables allemands au budget de l’Union est inférieure à un dixième de ce montant.

Bien qu’il soit peu probable que l’AfD fasse partie du gouvernement allemand de sitôt, tous les autres partis ayant exclu la possibilité de former une coalition avec elle, la perspective que ce parti remporte quelques victoires électorales, surtout dans l’est du pays, inquiète les entreprises qui bénéficient des exportations. Elles craignent notamment que la montée de la xénophobie n’entrave leur accès aux talents internationaux.

« L’exclusion, l’extrémisme et le populisme constituent des menaces pour l’Allemagne en tant que site commercial et pour notre prospérité », a averti en mai une alliance de 30 entreprises allemandes de renom, dont le constructeur automobile BMW, le géant de la chimie BASF et la Deutsche Bank.

L’appartenance à l’UE est largement populaire en Allemagne, avec seulement 10 % des Allemands en faveur d’un « Dexit », ce qui a conduit l’AfD à atténuer sa rhétorique ces derniers mois et à se concentrer sur des questions politiques plus spécifiques, telles que la politique climatique de l’UE.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]