Aluminium : face à la hausse des prix, l'industrie européenne appelle la Chine à l'aide

La montée en flèche des prix de l’énergie pèse sur les producteurs d’aluminium européens. Certains ont déjà fermé leurs usines, d’autres réclament des aides du gouvernement. Les importations en provenance de Chine sont en nette augmentation.

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Face à une explosion des prix de l'énergie, la Chine, premier producteur d'aluminium au monde, fait office de partenaire privilégié. [Shuttestock/FOTOGRIN]

La montée en flèche des prix de l’énergie pèse sur les producteurs d’aluminium européens. Certains ont déjà fermé leurs usines, d’autres réclament des aides du gouvernement. Les importations en provenance de Chine sont en nette augmentation.

De nombreuses industries européennes ont du faire face à une explosion des prix de l’énergie suite à l’invasion russe en Ukraine. Parmi elles, l’industrie de l’aluminium, extrêmement gourmande en énergie et largement dépendante des prix de l’électricité, subit cette inflation de plein fouet.

Le délégué général de la fédération Aluminium France, Cyrille Mounier, le dit sans détour à EURACTIV France : « une usine d’aluminium primaire est un feu continu, elle ne peut pas s’arrêter plus de 2 heures », sinon toute la chaîne de production serait détruite.

L’arrêt d’une usine est une décision douloureuse dans le secteur, car le redémarrage peut coûter plusieurs millions d’euros. Pourtant, c’est exactement ce que le principal producteur slovaque d’aluminium, Slovalco, propriété du norvégien Norsk-Hydro, s’apprête à faire à la fin du mois de septembre. Il est impossible de savoir si elle pourra un jour reprendre ses activités.

La même décision a été prise dimanche (4 septembre) par Aldel — le seul producteur d’aluminium primaire des Pays-Bas. Le plus grand producteur d’aluminium d’Europe de l’Est, le Roumain Alro Slatina, qui est également le plus grand consommateur d’électricité du pays, a annoncé la fermeture de trois de ses cinq lignes de production dès décembre 2021. Plus tôt cet été, le producteur de zinc néerlandais Nyrstar avait également annoncé une fermeture. 

D’autres fermetures d’usines sont attendues dans les prochaines semaines.

Depuis octobre 2021, date à laquelle les prix de l’énergie ont commencé à augmenter, l’Europe s’est vue contrainte de fermer ou d’interrompre la moitié de sa production d’aluminium primaire, soit environ 1,1 million de tonnes. 

La Chine comme alternative ?

L’aluminium est un matériau d’importance stratégique pour l’économie européenne, car il est utilisé dans des secteurs critiques tels que les emballages médicaux et alimentaires, dans les voitures, ainsi que dans des technologies clés pour la décarbonation du réseau électrique. 

La fermeture de producteurs d’aluminium et autres fonderies aura donc de vastes conséquences pour l’économie européenne, dans la mesure où les autres secteurs stratégiques tels que l’acier, la défense ou l’automobile s’efforcent de moins dépendre des importations étrangères.

Dans un tel contexte, la Chine, premier producteur d’aluminium au monde, fait office de partenaire privilégié.

Malgré les discours fermes et les sanctions, l’Union européenne a augmenté ses importations d’aluminium brut en provenance de Russie de 13 % entre mars et juin par rapport à la même période de l’année dernière, rapporte Reuters mercredi (7 septembre).

Ce n’est pas une surprise pour le directeur de l’usine Slovalco, Milan Veselý : « l’arrêt de la production signifie que l’Europe sera obligée d’importer de l’aluminium de pays comme la Chine », a-t-il déclaré, soulignant que si l’usine slovaque était l’une des plus écologiques au monde, l’aluminium de Chine est beaucoup plus « sale »

Les importations européennes d’aluminium en provenance de Chine ont déjà presque doublé depuis l’année dernière.

L’extraction des matières premières est actuellement dominée par une poignée d’acteurs, la Chine, en particulier, détenant un monopole dans plusieurs secteurs. Cette situation a entraîné des perturbations l’année dernière, lorsque la Chine a réduit la production de magnésium — un alliage essentiel pour l’industrie de l’aluminium —, affectant ainsi considérablement l’Europe qui, à l’époque, était dépendante de la Chine pour le magnésium à hauteur de 93 %.

La hausse des prix reportés sur les clients, une réponse européenne nécessaire

Slovalco accuse le gouvernement slovaque de ne pas avoir apporté un soutien suffisant aux industriels. Il en va de même pour l’usine Aldel aux Pays-Bas.

En France, les producteurs industriels profitent d’un accès réglementé à l’énergie nucléaire moins chère — l’ARENH — qui leur fournit une certaine quantité d’électricité à un prix fixe de 42 euros par mégawattheure (MWh). Or, même là, le secteur est confronté à un avenir sombre. Bien que M. Mounier assure qu’aucun arrêt n’est prévu pour le moment, il ajoute qu’« il est possible que tout soit à l’arrêt en octobre »

Le gouvernement français a récemment revu à la hausse le plafond du programme ARENH dans le but d’aider l’industrie en difficulté et de contenir les effets des prix actuels pendant un certain temps. 

Parallèlement, dans toute l’Europe, les producteurs ont reporté la hausse des prix sur les clients. Ainsi, les revenus de la société roumaine Alro Slatina ont augmenté au cours des six premiers mois de 2022, en dépit de la fermeture de la plupart des lignes de production. Il en va de même pour Slovalco, qui réalisera des bénéfices supplémentaires en vendant l’électricité qu’il a déjà achetée pour l’année prochaine. 

Les fonderies européennes, mais aussi d’autres industries énergivores, se tournent désormais vers une solution à l’échelle européenne. M. Mounier recommande de « trouver rapidement une mesure sur le prix du gaz et d’anticiper sur 2023 pour éviter l’arrêt de la chaîne de production et la flambée du prix du métal ».

La réunion du Conseil des ministres de l’Énergie, prévue le 9 septembre, suscite de grands espoirs. « Il serait surprenant qu’ils ne pensent pas à plafonner le prix du gaz », conclut M. Mounier.

« Nous devons immédiatement trouver une solution à l’échelle de l’UE, sinon nous risquons un effondrement de l’industrie dans toute l’Europe », a alerté M. Mackovič.

[Article édité par Théo Bourgery-Gonse]