Angela Merkel dévoile sa vision d'union politique pour l'Europe
La chancelière allemande, Angela Merkel, a dévoilé sa vision à long terme pour l’Europe, assurant que la crise de la dette poussait les pays de la zone euro vers un modèle fédéraliste, ce qui la placerait indéniablement en position de conflit avec un Royaume-Uni plus eurosceptique.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a dévoilé sa vision à long terme pour l’Europe, assurant que la crise de la dette poussait les pays de la zone euro vers un modèle fédéraliste, ce qui la placerait indéniablement en position de conflit avec un Royaume-Uni plus eurosceptique.
Lors d'un entretien accord à six grands journaux, Mme Merkel a déclaré qu'une intégration renforcée était nécessaire pour résoudre la crise de la dette dans l'UE.
« Ma vision est l'union politique, car l'Europe doit suivre sa propre voie. Nous devons nous rapprocher pas à pas, dans tous les domaines politiques », a affirmé Mme Merkel.
La vision européenne de la chancelière a été rendue publique en amont du sommet de lundi prochain lors duquel les dirigeants de l'UE devraient apporter la dernière touche à un nouveau traité. Ce dernier a pour objectif de renforcer la discipline budgétaire et d'approfondir l'intégration économique dans la zone euro.
Sans toutefois mentionner le fédéralisme, Mme Merkel a décrit la nouvelle architecture d'une Europe où les institutions de l'UE ont le dernier mot sur les Etats membres. Ces propos ne font que l'éloigner du premier ministre britannique, David Cameron, qui a opposé son veto aux tentatives de transferts de compétences à Bruxelles.
« Au fil d'un long processus, nous transférerons davantage de compétences à la Commission, qui fonctionnera alors comme un gouvernement européen pour les compétences européennes », a expliqué Mme Merkel.
« Cela implique un parlement fort. Le Conseil qui réunit les chefs de gouvernement formera pour ainsi dire la deuxième chambre. Pour finir, nous avons la Cour européenne de justice comme cour suprême. Cela pourrait être la configuration future de l'Union politique européenne, dans un certain temps, comme je le disais, et après de nombreuses étapes. »
Union à deux vitesses
Interrogée sur la position de la Grande-Bretagne, Mme Merkel a répondu que l'Allemagne restait ouverte au dialogue avec tous les Etats membres, qu'ils se trouvent au sein ou en dehors de la zone euro.
Elle a toutefois ajouté que la crise avait forcé les 17 pays qui partagent la monnaie unique à tisser des liens économiques et politiques plus forts.
« Tout le monde comprendra que les pays qui se sont associés en adoptant une monnaie commune doivent coopérer de façon particulièrement étroite. »
« Nous ne pourrons renforcer notre monnaie commune que si nous resserrons notre concertation politique, si nous sommes prêts à transférer pas à pas d'autres compétences à l'Europe […] Pour ce faire, nous devons conférer aux institutions davantage de droits de contrôle et leur donner plus de mordant. »
Des euro-obligations après l'intégration budgétaire
Mme Merkel a rappelé qu'elle était opposée à l'idée des euro-obligations comme un moyen de pallier les effets à court terme de la crise. Elle a affirmé qu'elle restait cependant ouverte à cette éventualité sur le long terme, à l'issue d'un processus d'intégration économique et politique plus profonde.
« Les euro-obligations ne sont pas une solution pour régler la crise momentanée. On ne pourra réfléchir à une plus grande responsabilité commune que lorsque nous aurons atteint un niveau d'intégration bien plus approfondi en Europe. »
« Or, pour une intégration plus approfondie, il faut, par exemple, que la Cour de justice de l'Union européenne contrôle les budgets nationaux, et bien plus encore. »
« Si nous devions avoir un jour une politique financière et budgétaire harmonisée, d'autres formes de coopération et de responsabilité commune pourront alors être trouvées. »
Des réformes structurelles
Mme Merkel a expliqué que quand il était question de politiques de croissance, « certaines personnes [pensaient] toujours uniquement aux onéreux programmes conjoncturels ».
La chancelière allemande a fait référence aux fonds régionaux européens non utilisés qui pourraient être mobilisés pour soutenir les petites entreprises, l'emploi chez les jeunes et l'innovation. « L'Allemagne est prête à investir les fonds structurels dans ces domaines utiles », a-t-elle déclaré.
Elle a néanmoins ajouté qu'il existait d'autres moyens « qui ne coûtent presque rien » d'encourager la croissance. Elle a pris l'exemple du droit du travail qu'elle souhaiterait plus flexible, surtout pour les jeunes.
Solidarité européenne et responsabilité nationale
Mme Merkel a rappelé qu'elle ne souhaitait pas augmenter la capacité du fonds de sauvetage de la zone euro, affirmant que pour rassurer les marchés, il fallait que les politiques gouvernementales inspirent à nouveau confiance. La solidarité de l'Allemagne doit aller de pair avec un sens des responsabilités nationales.
« Si nous sommes solidaires, nous ne devons pas pour autant oublier la responsabilité propre », a-t-elle déclaré, ajoutant que la zone euro devait s'attaquer aux sources de la crise en réduisant les disparités économiques.
« Il est absurde de promettre toujours plus d'argent si nous ne luttons pas contre les origines de la crise. En Espagne, par exemple, plus de 40 pour cent des jeunes sont au chômage, ce qui est également dû à la législation. »
Mme Merkel a insisté sur le fait qu'elle avait beaucoup d'estime pour les efforts de réforme espagnols, mais que l'Allemagne et les autres pays d'Europe centrale avaient déjà procédé à de « douloureuses réformes de leur marché du travail » dont pourraient s'inspirer d'autres pays.
« Si nous reculons devant ces efforts, si nous sommes seulement gentils les uns avec les autres et diluons les projets de réforme, c'est assurément un mauvais service que nous rendons à l'Europe. »
« Vu les milliards d'aides et les fonds de secours, nous, Allemands, devons nous aussi faire attention si nous ne voulons pas, un jour, être à bout de forces. »