Angela Merkel gagne du temps sur la question du fonds de sauvetage

  L’Allemagne ne sera pas nécessairement favorable à une augmentation du fonds de sauvetage européen lors du sommet de Bruxelles qui se déroulera cette semaine, ce qui risque d'entraver les efforts consentis pour renforcer les défenses de l’Europe contre la crise de la dette souveraine.

EURACTIV.com / Reuters
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L’Allemagne ne sera pas nécessairement favorable à une augmentation du fonds de sauvetage européen lors du sommet de Bruxelles qui se déroulera cette semaine, ce qui risque d'entraver les efforts consentis pour renforcer les défenses de l’Europe contre la crise de la dette souveraine.

Des fonctionnaires de la zone euro ont déclaré qu'ils ne s'attendaient pas à ce qu'une décision soit prise lors du sommet des 1er et 2 mars prochains sur la combinaison des ressources des deux fonds de sauvetage européens, à savoir le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité (MES).

Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, a quant à lui affirmé qu'un accord devrait être conclu à ce sujet le mois prochain.

« Les négociations sont en cours et je pense que dans le courant du mois de mars, nous pourrons prendre une décision sur le renforcement de la capacité de prêt combinée du MES et du FESF », a expliqué M. Rehn à la presse, faisant référence aux deux fonds de sauvetage de la zone euro.

Vote du Bundestag sur le renflouement de la Grèce

L'Allemagne, qui a fait connaître sa réticence à augmenter les fonds de sauvetage, semble tenter de gagner du temps.

Un vote crucial est attendu ce lundi (27 février) au parlement allemand sur le second renflouement de la Grèce. De nombreux membres du Bundestag ne pensent pas que la Grèce pourra respecter les conditions budgétaires qui lui sont imposées pour ramener son déficit à 120 % du PIB d'ici 2020.

Hans-Peter Friedrich, un dirigeant de l'Union chrétienne-sociale (CSU) conservatrice, le parti frère de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Angela Merkel, a déclaré à Der Spiegel que les chances de la Grèce de redresser sa situation budgétaire seraient plus grandes en dehors de la zone euro.

« Les chances de la Grèce de se remettre sur pied et de devenir plus compétitive sont certainement plus grandes en dehors de l'union monétaire que si elle reste au sein de la zone euro », a affirmé M. Friedrich à l'hebdomadaire en référence à des commentaires émis en amont de la publication de l'article.

« Je ne dis pas que la Grèce devrait être exclue, mais plutôt qu'il faudrait créer des incitants auxquels elle ne pourrait pas dire non », a-t-il ajouté.

Même s'il est très probable que le Bundestag approuve le renflouement de la Grèce, Mme Merkel pourrait être obligée de compter sur l'opposition pour vaincre un groupe de rebelles dans sa coalition.

Au moins 12 membres du parlement au sein de la coalition de centre-droit de Mme Merkel ont affirmé qu'ils voteraient contre le plan de sauvetage de 130 milliards d'euros. Si le nombre de réfractaires augmente à 20 au moins, le plan ne pourra être approuvé qu'avec le soutien de l'opposition.

Il s'agirait d'une défaite humiliante pour Mme Merkel qui, selon des experts et les leaders de l'opposition, susciterait des doutes quant à la survie de sa coalition.

Ouvrir la voie à une augmentation des financements du FMI

Des votes similaires sont prévus aux Pays-Bas et en Finlande la semaine prochaine. L'Allemagne souhaite également savoir si suffisamment d'investisseurs accepteront l'échange d'obligations qu'Athènes souhaite voir s'opérer d'ici le 12 mars, a expliqué un fonctionnaire de la zone euro.

« La plupart des pays de la zone euro sont prêts à aller de l'avant, mais je crains que l'Allemagne ait besoin de plus de temps pour accepter cette augmentation, notamment en raison du Bundestag », a ajouté le fonctionnaire.

Après avoir surmonté ces réticences politiques, les diplomates internationaux et les fonctionnaires de la zone euro s'attendent à ce que l'Allemagne accepte l'idée de l'augmentation du fonds de sauvetage de l'UE. Cela permettrait ensuite aux pays du G20 d'accepter d'allouer plus de ressources au Fonds monétaire international lors de leur prochaine réunion à Washington fin avril.

« Tout le monde s'accorde à dire qu'il faut d'abord que l'Europe fasse des efforts », a déclaré le gouverneur de la banque centrale sud-coréenne, Kim Choong-soo, vendredi à Mexico.

L'augmentation des ressources du FMI est au programme de la réunion des ministres des finances et des banquiers centraux du G20 qui aura lieu samedi, mais il faudra encore attendre avant qu'un accord puisse être conclu.

Olli Rehn a déclaré que le G20 pourrait bien présenter une feuille de route en vue d'un accord fin avril.

Des pare-feu solides

Reste à savoir si l'Europe acceptera de combiner son fonds de sauvetage temporaire, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et son fonds permanent, le Mécanisme européen de stabilité (MES) qui entrera en vigueur en juin prochain.

Les ressources du MES sont de 500 milliards d'euros, mais la fusion des deux fonds pourrait permettre de créer un pare-feu de 750 milliards d'euros qui pourrait convaincre les marchés que les Européens sont prêts à s'engager pour enrayer la crise.

En outre, le FMI tente de rassembler des ressources supplémentaires à hauteur de 600 milliards de dollars (446 milliards d'euros) qui permettraient de constituer un pare-feu encore plus important pour lutter contre la crise de la dette souveraine qui a déjà poussé trois pays de la zone euro, à savoir la Grèce, l'Irlande et le Portugal, à demander des renflouements du FMI, notamment pour éviter une contagion de l'Italie et de l'Espagne.

Les Etats-Unis ont déclaré qu'ils n'alloueraient pas de fonds supplémentaires au FMI. Le Canada reste réticent également, à moins que la zone euro consente à des efforts supplémentaires. Il reste donc la Chine et le Japon, qui pourraient accepter d'accroître leur contribution au FMI via des prêts bilatéraux.

Un fonctionnaire du G20 a déclaré que le FMI espérait que la Chine, la seconde économie du monde, contribue à hauteur de 100 milliards de dollars (74 milliards d'euros) et le Japon à hauteur de 50 milliards de dollars (37 milliards d'euros). Les deux pays ont toutefois affirmé que la zone euro devrait d'abord prendre des mesures.

L'ébauche de conclusions préparée en amont du prochain sommet européen à Bruxelles laisse entendre que les dirigeants demanderont un accord international pour augmenter les ressources du FMI en avril, ce qui implique un accord au sein de la zone euro sur ses fonds de sauvetage en mars.

« Nous pouvons espérer tout au plus une référence dans les conclusions laissant entendre que l'Allemagne ne ferme pas la porte », a expliqué un haut fonctionnaire de la zone euro.

L'Allemagne craint en effet qu'en augmentant les ressources des fonds, les pays surendettés ne se sentiront plus obligés de mettre en oeuvre des réformes les forçant à se serrer la ceinture. « Ca n'a pas de sens et c'est assez dommageable », a déclaré un fonctionnaire allemand.

Pour l'Allemagne, plutôt que de combiner les fonds à la hâte, l'une des options serait de permettre au MES permanent d'atteindre plus rapidement qu'en cinq ans sa capacité totale de 500 milliards d'euros à partir de juillet 2012.