Arrêter d’exporter des pesticides interdits dans l’UE aura des conséquences économiques minimes, selon des ONG européennes
Un rapport publié jeudi (18 avril) par plusieurs ONG européennes démontre que l’arrêt de l’exportation des pesticides interdits en Europe aurait des effets économiques minimes, et implore l’UE d’y mettre fin.
Un rapport publié jeudi (18 avril) par plusieurs ONG européennes démontre que l’arrêt de l’exportation des pesticides interdits en Europe aurait des effets économiques minimes, et suggère une législation mettant fin à cette « contradiction ».
Arrêter d’exporter des pesticides interdits en Europe n’aura pas d’effet dévastateur pour l’économie européenne : c’est le message porté par une coalition d’ONG – dont Pan Europe et Public Eye – dans un rapport publié jeudi.
« Contrairement à ce qu’affirme le lobby des pesticides, l’interdiction des exportations n’aurait qu’un impact très négligeable sur l’emploi dans l’industrie européenne de l’agrochimie », dénoncent-elles dans un communiqué, pointant en revanche « un impact fort et positif sur la santé des populations et l’environnement dans les pays importateurs ».
En 2022, 81 615 tonnes de 41 pesticides interdits ont été exportées vers les pays tiers, selon le rapport. C’est le cas de l’Atrazine, un herbicide reconnu comme perturbateur endocrinien pour les animaux ; des néonicotinoïdes, insecticides « tueurs d’abeilles » ou encore du dichloropropène, un antiparasitaire déclaré cancérogène pour l’homme.
L’UE est le premier exportateur mondial de pesticides.
En 2020, la Commission européenne s’était engagée à mettre fin à cette pratique. Devant l’absence de réponse de l’exécutif, les parlementaires européens ont adopté en 2023 un avis bannissant l’exportation des pesticides interdits par l’UE.
Faible impact économique
Pour défendre cette pratique, l’industrie agrochimique alerte contre les pertes économiques et les disparitions d’emplois qu’une telle interdiction pourrait engendrer.
Un argument martelé entre 2018 et 2019 par la société française Phyteis qui estimait que 2 700 emplois directs et 1 000 emplois indirects seraient menacés en France. Accusée par les associations françaises de « gonfler » ses résultats, la société n’avait pas été en mesure de se justifier, lui valant une mise en demeure par le Sénat, pour manquement « à son devoir de probité ».
Selon le rapport, sur les 15 700 emplois dans la production de pesticides agricoles en 2018, seule une très faible proportion serait menacée : environ 1,9 % en Allemagne et 1,2 % en Belgique.
« Sur la base des données relatives aux exportations de pesticides des sept principaux pays exportateurs européens, nous avons estimé que le nombre total d’emplois potentiellement menacés par une hypothétique interdiction des exportations de l’UE ne serait que de l’ordre de 173 emplois en 2022 », indique Christophe Alliot, du bureau d’étude Le Basic, principal auteur du rapport.
De plus, d’après les travaux des ONG, les produits interdits en UE ne dépassaient pas 2 % des volumes de pesticides exportés en 2019, pour à peine 1 % du chiffre d’affaires. C’est particulièrement vrai pour les trois principaux exportateurs de pesticides – la France, l’Allemagne et l’Espagne.
« Contrairement à ce qu’affirme le lobby des pesticides, l’interdiction des exportations n’aurait qu’un impact très négligeable sur l’emploi dans l’industrie européenne de l’agrochimie », résume le rapport.
Nouvelle législation européenne
Si les représentants du secteur n’ont toujours pas réagi au rapport, ils font généralement valoir la liberté des pays importateurs et la transparence garantie par la convention de Rotterdam. Cette dernière impose au pays exportateur d’informer l’acheteur de tous les risques liés au produit, et doit obtenir un consentement explicite en toute connaissance de cause.
De plus, chaque échange doit être notifié à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).
Les fabricants européens rappellent régulièrement qu’en cas d’interdiction, les pays importateurs trouveront de toute façon d’autres vendeurs parmi les pays non européens.
Pour les ONG, une interdiction de cette pratique serait bénéfique pour les populations des pays tiers et les environnements naturels, tout en impactant que très faiblement les économies de l’UE.
« Non seulement ces pesticides dangereux nuisent gravement aux populations et aux écosystèmes en dehors de l’UE, mais ils finissent également en Europe sous forme de résidus dans les importations de denrées alimentaires », rapporte également le rapport.
À l’heure actuelle seules la Belgique et la France – partiellement : la loi interdisant les produits, mais pas les substances – se sont engagées à interdire cette pratique. L’Allemagne devrait suivre sous peu.
Les ONG demandent à l’Union européenne de prendre les choses en main en proposant « une législation européenne pour plus de cohérence », concluent-elles.