Variole du singe : les pays invités à se concentrer sur le diagnostic et la traçabilité des contacts
Les autorités sanitaires ont été invitées à rester vigilantes, à renforcer la surveillance et à faciliter la traçabilité des contacts, car des cas de variole du singe continuent d’apparaître dans des pays où la présence du virus est inhabituelle.
Les autorités sanitaires ont été invitées à rester vigilantes, à renforcer la surveillance et à faciliter la traçabilité des contacts, car des cas de variole du singe continuent d’apparaître dans des pays où la présence du virus est inhabituelle.
Lundi (23 mai), quelque 90 cas de variole du singe ont été signalés dans neuf États membres de l’Union européenne : en Autriche, en Belgique, en France, en Allemagne, en Italie, au Portugal, en Espagne, en Suède et aux Pays-Bas. Le virus a également été signalé en Israël, aux États-Unis et en Australie, avec un peu moins de 200 cas confirmés à ce jour.
La variole du singe est connue depuis environ 40 ans et est endémique dans certains pays d’Afrique, mais « c’est la première fois que nous observons des cas dans de nombreux pays en même temps, chez des personnes qui n’ont pas voyagé dans les régions [où le virus est] endémique en Afrique », a déclaré lundi Rosamund Lewis, en charge de la variole au programme d’urgence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Au cours des cinq dernières années, les cas de variole du singe en dehors des zones endémiques n’ont été observés que parmi des personnes ayant voyagé.
Compte tenu de la propagation du virus, la Commission européenne prépare une réponse coordonnée, a déclaré lundi Stella Kyriakides, commissaire européenne à la Santé : « Nous devons tous rester vigilants, veiller à ce que la traçabilité des contacts et les moyens de diagnostic adéquats soient en place, et nous assurer que nous disposons des vaccins, des antiviraux et des équipements de protection individuelle nécessaires pour les professionnels de la santé ».
Le même jour, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a publié la première évaluation des risques concernant l’épidémie de variole du singe dans plusieurs pays. Il recommande aux pays de l’UE/Espace économique européen (EEE) de se concentrer sur la détection, la gestion, la traçabilité des contacts et la déclaration rapides des nouveaux cas de variole du singe.
Les pays sont encouragés à mettre à jour leurs mécanismes de recherche des contacts, la capacité de diagnostic des orthopoxvirus et à examiner la disponibilité des vaccins contre la variole, des antiviraux et des équipements de protection individuelle pour les professionnels de santé.
Maria Van Kerkhove, responsable des maladies émergentes et des zoonoses à l’OMS, a déclaré que nous devions être attentifs aux cas dans les pays qui ne sont pas habituellement touchés par la variole du singe.
« Nous devons équiper les ministères, les gouvernements et les dispensaires des pays pour qu’ils soient en mesure de reconnaître ce qu’est la variole du singe et de veiller à ce que les personnes susceptibles d’être atteintes de cette maladie reçoivent les soins médicaux appropriés. Nous voulons mettre fin à la transmission interhumaine », a-t-elle déclaré, ajoutant que cela peut être fait dans les pays non endémiques.
Mme Kerkhove a ajouté que l’isolement des cas est un moyen d’éviter toute nouvelle transmission. L’ECDC recommande aux personnes infectées de rester isolées jusqu’à la chute des croûtes et d’éviter tout contact étroit avec les personnes immunodéprimées et les animaux domestiques. Il est également conseillé d’éviter toute activité sexuelle et tout contact physique étroit jusqu’à la guérison de l’éruption. La plupart des personnes infectées peuvent rester à la maison en recevant des soins complémentaires.
Elle a également souligné la nécessité de protéger les personnes qui prennent soin des individus infectés et les travailleurs de première ligne qui prélèvent des échantillons.
La période d’incubation du virus étant généralement de six à 13 jours, mais pouvant atteindre 21 jours, l’ECDC conseille aux contacts proches des personnes atteintes de la variole du singe de surveiller eux-mêmes l’apparition de symptômes pendant 21 jours après la dernière exposition.
Le risque pour la population en général est « très faible ».
La transmission interhumaine de la variole du singe se fait par contact étroit avec des éléments infectieux provenant de lésions cutanées d’une personne infectée, de gouttelettes respiratoires lors d’un contact prolongé en face à face et de matières contaminées.
Andrea Ammon, directrice de l’ECDC, a déclaré que « pour la population en général, le risque de propagation est très faible ».
Toutefois, les cas de variole du singe humaine actuellement diagnostiqués concernent principalement des hommes ayant des relations homosexuelles, ce qui laisse penser que la transmission peut se produire au cours de relations intimes.
« La probabilité d’une propagation du virus par contact étroit, par exemple lors d’activités sexuelles entre personnes ayant des partenaires sexuels multiples, est considérée comme élevée », a déclaré Mme Ammon.
La variole du singe n’est pas une maladie sexuellement transmissible mais, comme de nombreuses autres maladies, elle peut se propager lors de rapports sexuels.
Andy Seale, conseiller en stratégies des programmes mondiaux de l’OMS sur le VIH, l’hépatite et les IST, a expliqué que « vous pouvez attraper une toux ou un rhume lors de rapports sexuels, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il s’agit d’une maladie sexuellement transmissible ».
« La différence est que les infections sexuellement transmissibles sont causées par des rapports sexuels, anaux, vaginaux ou oraux. Et il n’est pas nécessaire d’avoir un contact sexuel pour transmettre la variole du singe », a-t-il poursuivi.
Dimanche (22 mai), le Programme commun des Nations-Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) a exhorté les médias, les gouvernements et les communautés à réagir en adoptant une approche fondée sur le droit et les faits, qui évite la stigmatisation, car une part importante des cas de variole du singe récemment signalés a été identifiée parmi les homosexuels, les bisexuels et autres hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes.
M. Seale a souligné que la propagation pouvait se produire dans n’importe quel groupe. Nous constatons quelques cas chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, mais il ne s’agit pas d’une « maladie d’homosexuels », comme certaines personnes sur les réseaux sociaux ont tenté de le faire croire. « Ce n’est tout simplement pas le cas », a-t-il souligné.
M. Lewis a déclaré qu’« il ne s’agit pas de discrimination. Il ne s’agit pas de stigmatisation. Il s’agit de se demander où l’on observe les premiers cas ».
La plupart des cas observés sont bénins
Jusqu’à présent, la plupart des cas présentaient des symptômes légers de la maladie, mais le virus de la variole du singe peut provoquer de graves maladies chez les jeunes enfants, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées, a averti l’ECDC.
Mme Kyriakides a assuré que « nous suivons de près la situation et, bien que la probabilité d’une propagation au sein de la population soit actuellement faible, la situation évolue ».
L’ECDC a averti que si une transmission de l’homme à l’animal se produit et que le virus se propage dans une population animale, il existe un risque que la maladie devienne endémique en Europe.
Le Comité de sécurité sanitaire de l’UE discutera de la variole du singe mardi.