Autriche : l’échec des négociations de coalition laisse la porte ouverte à l’extrême droite

Après l'échec des négociations de coalition à Vienne vendredi 3 janvier, l’Autriche évolue dans un flou politique qui pourrait déboucher sur l'arrivée de l’extrême droite au pouvoir ou déclencher de nouvelles élections.

EURACTIV.com
Austria Holds Parliamentary Elections
La candidate principale du NEOS, Beate Meinl-Reisinger, parle lors d'une interview télévisée pendant les élections parlementaires autrichiennes le 29 septembre 2024 à Vienne, Autriche. [Sean Gallup/Getty Images]

Après l’échec des négociations de coalition à Vienne vendredi 3 janvier, l’Autriche évolue dans un flou politique qui pourrait déboucher sur l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir ou déclencher de nouvelles élections.

Lors des élections fédérales de septembre 2024, le Parti de la liberté (FPÖ, Patriotes pour l’Europe), parti populiste d’extrême droite, a surpris de nombreux observateurs en récoltant 29 % des suffrages, loin devant les partis traditionnels.

En effet, le Parti populaire autrichien (ÖVP, Parti populaire européen) de centre droit a rassemblé 26 % des voix, le Parti social-démocrate d’Autriche (SPÖ, Socialistes et Démocrates européens) de centre gauche 21 %, et le parti libéral NEOS un peu moins de 10 %.

Pour écarter la perspective d’un gouvernement dirigé par le Parti de la liberté, une coalition complexe avait été proposée — une alliance entre l’ÖVP, le SPÖ et NEOS — et considérée comme celle ayant la meilleure chance d’aboutir.

Cependant, après deux mois de pourparlers et une impasse sur les coupes budgétaires et la réforme des retraites, le parti libéral NEOS (Renew) a abandonné les négociations tripartites avec les deux formations centristes. Sans le soutien des libéraux de NEOS, la majorité des deux partis centristes ne tiendrait qu’à un seul siège.

En annonçant la décision de son parti vendredi 3 janvier, Beate Meinl-Reisinger, présidente de NEOS, n’a laissé planer aucun doute sur le fait que l’intransigeance des autres partis en matière de réduction des dépenses et d’autres réformes était la principale raison de la sortie de son parti. L’Autriche est en récession depuis deux ans et son déficit budgétaire, qui s’élève à 3,7 %, est bien supérieur à la limite de 3 % fixée par l’Union européenne (UE).

« Gouverner n’est pas une fin en soi », a affirmé la présidente du NEOS, dont le parti a fait campagne en avertissant que le système de retraite du pays serait confronté à un déficit de plusieurs dizaines de milliards dans les décennies à venir si aucune mesure n’était prise.

Beate Meinl-Reisinger a déploré ce qu’elle a appelé l’échec des autres partis à poursuivre « une vision pour l’Autriche pour les vingt prochaines années ».

Le SPÖ, dont le président Andreas Babler se décrit comme marxiste, a fait campagne en promettant de préserver les pensions et de ne pas relever l’âge de la retraite, actuellement fixé à 65 ans, arguant que « 45 ans [de travail], c’est suffisant ».

Le parti a réagi à la décision du NEOS par des invectives.

« Le NEOS était dépassé par les événements », a commenté Klaus Seltenheim, l’un des principaux membres du parti social-démocrate, dans un communiqué, ajoutant que les libéraux « n’étaient pas prêts à assumer la responsabilité de l’Autriche ».

L’ÖVP, qui dirige le gouvernement intérimaire actuel, a accusé les sociaux-démocrates d’avoir provoqué l’échec des négociations, ce qui soulève des questions quant à la poursuite des discussions entre les deux partis.

« Le comportement d’une partie du SPÖ a conduit à la situation actuelle », a affirmé le secrétaire général de l’ÖVP, Christian Stocker, dans un communiqué.

L’extrême droite reconsidérée ?

Bien que l’ÖVP et son président, le chancelier Karl Nehammer, aient exclu une coalition avec le Parti de la liberté sous sa direction actuelle, la fin des négociations pourrait inciter le parti à repenser ses options.

L’ÖVP a formé des coalitions avec le Parti de la liberté (FPÖ) au niveau fédéral à deux reprises — la dernière en 2017 — mais seulement en tant que partenaire dominant. La dernière alliance s’est toutefois terminée de manière spectaculaire, dans le contexte du scandale dit « d’Ibiza », lorsque le président du FPÖ de l’époque avait été filmé en train de chercher à échanger des faveurs politiques contre de l’argent, avec une femme qu’il croyait être la nièce d’un oligarque russe.

Malgré ce passé, l’ÖVP est plus proche du FPÖ sur le plan politique que des autres partis, comme l’illustre sa collaboration avec l’extrême droite au niveau régional dans quatre des neuf Länder autrichiens.

Le principal obstacle à une coalition fédérale avec l’ÖVP est le dirigeant du FPÖ, Herbert Kickl. Le président autrichien Alexander Van der Bellen a d’ailleurs indiqué qu’il ne confirmerait pas ce fauteur de troubles d’extrême droite au poste de chancelier.

Herbert Kickl, connu pour sa rhétorique raciste et anti-immigrés, a promis de transformer l’Autriche en une « forteresse » contre les immigrés et d’intensifier les déportations. Après la victoire du FPÖ en septembre, il a insisté sur le fait qu’il accepterait uniquement une coalition dirigée par lui-même.

La voie à suivre

L’ÖVP et le SPÖ, qui au total n’ont recueilli que 47 % des suffrages populaires, mais disposent d’une courte majorité d’un siège au parlement autrichien, pourraient désormais négocier un gouvernement bipartite.

Cette majorité fragile, connue sous le nom de « grande coalition », pourrait probablement compter sur le soutien des libéraux sur certaines questions, mais serait instable et n’aurait que peu de chances de durer dans le temps.

« Nous continuons à tendre la main », a concédé Beate Meinl-Reisinger, ajoutant que le programme de réforme du parti libéral sur les structures fédéralistes, les pensions de retraite et le système de santé avait été clairement communiqué.

En outre, « les compromis déjà convenus, en particulier sur le système éducatif », bénéficieraient du soutien de NEOS au Parlement, a ajouté la responsable politique libérale.

Une autre option possible pour les partis centristes serait de s’associer aux Verts, qui ont obtenu un peu plus de 8 % des voix lors des élections. Bien que les Verts fassent partie du gouvernement actuel en tant que partenaire junior de l’ÖVP, l’alliance s’est avérée difficile. S’il parvient à l’éviter, il est peu probable que l’ÖVP s’engage dans une alliance à trois avec deux partis de gauche.

Le problème pour l’establishment politique autrichien est qu’un autre tour de scrutin pourrait le placer dans une position encore plus délicate. Comme tous les partis populistes, le FPÖ profite de l’échec du courant dominant.

Le parti d’extrême droite a remporté avec une large marge une élection régionale clé en novembre, et contrôle pour la première fois le land de Styrie, ce qui indique clairement que sa série de victoires est loin d’être terminée.

[Édité par Anna Martino]