Avant la visite d’Hollande, l’Allemagne prend position sur la croissance

A la veille de leur rencontre à Berlin, les divergences de fonds entre Angela Merkel et le Président français n’ont guère disparu. Mais l’Allemagne a déjà fait connaître les sujets de consensus.

EURACTIV.fr
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A la veille de leur rencontre à Berlin, les divergences de fonds entre Angela Merkel et le Président français n’ont guère disparu. Mais l’Allemagne a déjà fait connaître les sujets de consensus.

Tout avait bien commencé. Le soir même de son élection, Angela Merkel a appelé le nouveau Président français pour le féliciter de sa victoire – qu’elle ne lui avait pourtant pas souhaitée – et l’inviter à lui rendre visite à la chancellerie mardi 15 mai.

Angela Merkel et François Hollande devraient par ailleurs mieux s’entendre que le fameux couple « Merkozy » estiment certains observateurs inquiets de l’avenir de la relation franco-allemande. « Tous les deux ont une approche très pragmatique de la politique et le ’bling-bling’ n’est ni le truc de François Hollande, ni celui d’Angela Merkel », estime Dominik Grillmayer, chargé de recherche à l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg.

Mais, peu de temps après sa conversation téléphonique avec la chancelière, François Hollande, face à la foule réunie sur la place de la Bastille, s’est déclaré prêt à libérer l’Europe du « joug de l’austérité ».

Intransigeance sur le pacte budgétaire

La riposte ne s’est pas fait attendre. Lundi 7 mai, la chancelière a rappelé son attachement à la discipline budgétaire et précisé que le traité signé par 25 pays de l’UE ne pouvait être renégocié. 

Une position réitérée par le ministre des Affaires étrangères allemand Guido Westerwelle (FDP) vendredi 11 mai devant le Bundestag. « Le pacte budgétaire a été approuvé. Il fait foi. Nous avons convenu de la fin de la politique de l’endettement. Cela ne changera pas », a-t-il déclaré quelques jours avant la venue du Président français à Berlin. 

Quel pacte pour la croissance?

Mais, si le gouvernement allemand s’oppose à la renégociation du traité, les grandes lignes d’un compromis se dessinent. Au lieu de remettre en question le texte, la France, l’Allemagne et les autres États européens devraient s’entendre sur un pacte pour la croissance qui complétera l’éventail de mesures prises par l’Europe pour faire face à la crise. La première discussion entre chefs d’État se tiendra à Bruxelles le 23 mai.

Reste à trouver le contenu de ce deuxième pacte. François Hollande, qui soumettra ses propositions pour la croissance (son « mémorandum ») à ses partenaires européens dans les semaines à venir, a déjà présenté quelques unes de ses idées pour relancer l’économie européenne par l’investissement. Aucune d’entre elles n’est nouvelle, toutes sont déjà discutées à Bruxelles. 

Consensus possible

Les Allemands misent sur des réformes structurelles et s’opposent à tout plan de relance keynésien susceptible d’accroître la dette des États. Toutefois, sur certains détails, l’opposition entre Paris et Berlin est loin d’être totale. Et les dirigeants allemands ont déjà annoncé les sujets de consensus. 

Tout d’abord, le nouveau Président français propose d’augmenter le capital de la Banque européenne d’investissement  (BEI), pour qu’elle prête davantage aux PME et investisse dans des projets d’infrastructure.

Longtemps silencieux sur le sujet, le gouvernement allemand s’est désormais rangé du côté des Français. « Avec la Banque européenne d’investissement, nous disposons d’un instrument que nous devrons utiliser davantage et de manière plus ciblée », a affirmé Guido Westerwelle devant le Bundestag.

La réorientation des fonds structurels restants vers des secteurs porteurs de croissance, soutenue par François Hollande, fait également consensus de l’autre côté du Rhin.

Sur les « project bonds », c’est-à-dire le recours aux marchés financiers pour investir dans des projets d’infrastructure d’envergure, une entente franco-allemande n’est pas hors de portée non plus. L’Allemagne a d’ailleurs approuvé la proposition faite par la Commission européenne en octobre 2011, qui vise à inciter les investisseurs institutionnels à acheter des obligations émises par des entreprises en fournissant une garantie publique européenne.

Il revient désormais à François Hollande de clarifier sa position, restée imprécise tout au long de la campagne électorale. En utilisant indifféremment les mots « poject bonds » et « eurobonds » (titres de dette communs au niveau européen) François Hollande n’a pas réussi à rassurer les Allemands, opposés à la mutualisation de la dette des États.

Réformes structurelles

Les lignes ont donc bougé depuis l’élection de François Hollande. L’Allemagne se montre plus flexible et a réintroduit le mot croissance dans le vocabulaire de ses dirigeants. Pourtant, elle n’a guère fait de concessions.

Les prévisions économiques publiées par la Commission européenne la semaine dernière ont conforté un avis très répandu dans le pays : face à une croissance plus faible et un déficit plus important que prévu en 2013, le nouveau Président français sera bel et bien contraint de couper dans les dépenses et de mettre en œuvre certaines réformes structurelles pour renforcer la compétitivité de son économie.  

« Des réformes structurelles sont indispensables et cela sera un chantier très difficile pour lui, estime Dominik Grillmayer de l’Institut franco-allemand. Ce n’est pas Angela Merkel qui lui mettra la pression, mais les marchés financiers et la Commission européenne. »