Avoirs russes : la Belgique toujours opposée au prêt de 210 milliards d'euros à l'Ukraine
« Le prêt de réparation navigue en eaux troubles », a averti le premier ministre belge Bart De Wever, ajoutant que l'UE devrait plutôt soutenir l'effort de guerre de Kiev en émettant une dette commune.
Bart De Wever a réaffirmé l’opposition de la Belgique à l’octroi d’un prêt de 210 milliards d’euros à l’Ukraine à partir des avoirs souverains russes immobilisés.
« Notre position est connue et n’a pas changé », a déclaré le Premier ministre belge dans un long discours prononcé devant le Parlement fédéral tôt jeudi matin, peu de temps avant de se rendre au Conseil.
Légalement, le prêt ne nécessite que le soutien d’une « majorité qualifiée » des États membres de l’UE pour être approuvé, soit 15 pays représentant 65 % de la population du bloc.
Cependant, la plupart des diplomates estiment qu’il est politiquement impossible d’aller de l’avant sans la Belgique. Le président du Conseil européen, António Costa, a également indiqué en début de semaine que l’UE n’approuverait pas le projet sans le soutien de la Belgique.
La grande majorité des actifs souverains russes destinés au prêt sont détenus chez Euroclear, un dépositaire de titres basé à Bruxelles, ce qui fait de la Belgique un acteur clé dans les négociations.
Dans son discours, M. De Wever a réitéré ses inquiétudes quant aux risques potentiels du plan pour la réputation d’Euroclear et la stabilité financière de la zone euro. Des préoccupations également partagées par la Banque centrale européenne et Euroclear lui-même.
« Le prêt de réparation navigue en eaux troubles », a-t-il averti.
Il a également rappelé son refus de soutenir le projet à moins que les risques financiers et juridiques ne soient partagés et que d’autres pays occidentaux n’exploitent les actifs détenus dans leurs propres juridictions.
« Si nous sautons, nous sautons tous ensemble », a-t-il déclaré. Environ 25 milliards d’euros d’actifs souverains russes sont détenus dans l’UE en dehors de la Belgique, principalement en France.
Toutefois, M. De Wever a souligné que son pays restait fermement engagé à soutenir l’effort de guerre de l’Ukraine et qu’il exhorterait Bruxelles à soutenir Kiev en émettant une dette commune de l’UE, une option actuellement bloquée par le dirigeant pro-russe de la Hongrie, Viktor Orbán.
L’Ukraine devrait être à court d’argent en avril et a besoin de 135 milliards d’euros d’aide budgétaire et militaire au cours des deux prochaines années, selon la Commission européenne.
« L’Ukraine mérite tout notre soutien contre l’agression russe », a souligné M. De Wever, ajoutant : « Nous resterons un allié loyal pour répondre à leurs besoins ; il n’y a aucun doute à ce sujet. »
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré que la position de la Belgique était « tout à fait compréhensible ».
« Je soutiens totalement la Belgique dans sa volonté de voir ses inquiétudes et ses préoccupations prises en compte. »