Berlin revoit à la baisse les attentes du sommet de l’UE

L’Allemagne a déclaré lundi que le sommet des dirigeants de l’UE, qui se tiendra dimanche prochain (23 octobre), ne déboucherait pas sur une « solution définitive » à la crise de la dette souveraine dans la zone euro. Elle invoque pour cela la réticence des banques à accepter des pertes plus conséquentes sur leurs titres grecs.

EURACTIV.com / Reuters
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L’Allemagne a déclaré lundi que le sommet des dirigeants de l’UE, qui se tiendra dimanche prochain (23 octobre), ne déboucherait pas sur une « solution définitive » à la crise de la dette souveraine dans la zone euro. Elle invoque pour cela la réticence des banques à accepter des pertes plus conséquentes sur leurs titres grecs.

Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a déclaré lors d'une conférence à Düsseldorf que les gouvernements européens adopteraient un plan en cinq points lors du sommet à Bruxelles.

Ce plan devrait inclure des mesures visant à recapitaliser les banques et à réduire l'énorme dette de la Grèce en proposant à ses créditeurs privés d'accepter une dépréciation de leurs titres supérieure aux 21 % de pertes annoncée en juillet.

M. Schäuble a toutefois prévenu que cette réunion n'aboutirait pas à une « solution définitive » à la crise qui a débuté en Grèce il y a deux ans et qui s'est ensuite propagée dans les 17 nations de la zone euro, poussant certains experts à prévoir un démantèlement.

Selon les prévisions, la dette grecque devrait s'élever au total à 357 milliards d'euros cette année, soit 162 % du PIB — un niveau que les économistes s'accordent à qualifier d'insoutenable.

Afin de réduire cette dette gigantesque, les leaders de la zone euro redoublent d'effort pour convaincre les banques d'accepter la dévaluation « volontaire »de leurs titres souverains, à hauteur de 50 % au plus. Dans le même temps, ils tentent de s'accorder sur un plan de recapitalisation des institutions financières menacées par l'aggravation de la crise.

« Pour déterminer comment les dépréciations devront être appliquées et d'où viendront les fonds pour recapitaliser les banques, il faudra des négociations ardues d'ici aux échéances que l'UE s'est elle-même fixées », a affirmé Dan Morris, responsable de la stratégie globale chez J.P. Morgan Asset Management.

« Nous restons optimistes sur la faisabilité d'un accord, mais le rebond a été tellement marqué ces dernières semaines qu'il y a un risque de déception s'il faut plus de temps qu'attendu par les investisseurs ».

Les banques n'ont pas réellement le choix

D'après Charles Dallara de l'Institut des finances internationales (IIF),  l'un des principaux négociateurs des institutions bancaires, les dépréciations ne seront possibles que si les décideurs politiques se penchent sur le problème de la dette souveraine dans l'ensemble de l'Europe.

« Si les dirigeants souhaitent solliciter le secteur privé dans le cas de la Grèce, alors cela devra s'inscrire dans une démarche plus large pour traiter l'ensemble des problèmes de dette souveraine en Europe », a déclaré M. Dallara.

En privé, les banquiers assurent que traiter uniquement le problème de la Grèce ne résoudra pas grand-chose. Ils exhortent les décideurs politiques à élaborer un plan plus solide pour répondre aux attentes de la zone euro dans son ensemble, et craignent que les gouvernements ne reviennent dans quelques mois avec de nouvelles requêtes dans le cas où leur dernière tentative échouerait.

L'une des solutions actuellement envisagées serait de renforcer, grâce à un effet de levier, le fonds de sauvetage (440 milliards d'euros) de la zone euro — le Fonds européen de stabilité financière — pour lui donner une plus grande puissance de feu. Il est cependant difficile de déterminer si l'Allemagne et les autres Etats du Nord de l'Europe membres de la zone valideront cette option.

Selon les responsables de l'UE, les banques n'ont d'autre choix que d'accepter « de façon volontaire » les pertes demandées par les gouvernements, étant donné que toute autre solution entraînerait un défaut de paiement qui accentuerait le chaos qui règne sur les marchés financiers et aurait pour conséquence des dépréciations encore plus importantes.

Le plan de recapitalisation a résisté

Les ministres européens des finances vont se réunir vendredi pour préparer le sommet de l'UE. D'après certaines sources, ils envisageraient un plan en trois volets pour consolider les banques, dont les opérations de prêts interbancaires sont limitées par la crise, ce qui accentue les inquiétudes du marché.

Ce plan prévoit d'augmenter le minimum de capital requis pour les banques et de nouvelles options pour celles exposées à la crise de la dette européenne. La mise en place d'un financement « à terme » adéquat par les banques pourrait également être requise, même si cela implique des garanties d'Etat.

Les principales banques allemandes et françaises se sont déclarées prêtes à résister à des recapitalisations forcées, mais le gouvernement français a insisté lundi sur le fait que ces recapitalisations étaient voulues par les décideurs politiques.

« Les banques françaises vont être recapitalisées même si elles sont solides, car nous sommes dans un climat d'une extrême nervosité. Dans ce climat de manque de confiance, nous devons renforcer toutes les banques », a déclaré à la radio la porte-parole du gouvernement français, Valérie Pecresse.

« Nous allons vers une solution collective européenne », a-t-elle ajouté. « Nous demanderons à toutes les banques européennes d'avoir 9 % de ratio de capitaux propres d'ici 2013, pour être plus solides face à leurs risques. »

La date butoir mentionnée par Mme Pecresse est de loin postérieure à celle suggérée par les responsables de l'Union, qui veulent accorder aux banques entre trois et six mois pour atteindre leurs objectifs.

L'Allemagne travaille d'arrache-pied sur la participation des banques

Le porte-parole d'Angela Merkel, la chancelière allemande, a déclaré que le gouvernement était en train de travailler « d'arrache-pied » sur la manière dont les banques allemandes participeraient au second plan de sauvetage pour la Grèce, et sur l'utilisation optimale du FESF.

Tout comme M. Schäuble, il émet des réserves quant aux résultats du sommet. La promesse d'un nouveau plan général d'ici la fin du mois, formulée par Mme Merkel et le président français, Nicolas Sarkozy, a renforcé les espoirs des investisseurs.

« La chancelière a prévenu que les rêves de voir la crise terminée dès lundi grâce à ce nouveau plan ne pourront pas se réaliser », a annoncé le porte-parole Steffen Seibert.