Bouée de sauvetage lancée au Portugal avant la « Guerre d'Espagne »

La Banque centrale européenne a lancé une bouée de sauvetage temporaire au Portugal hier (10 janvier) en achetant massivement ses obligations alors que la pression des marchés et des autres Etats membres s'intensifie sur Lisbonne pour que le pays demande rapidement un renflouement international. Toutefois, les analystes ont expliqué qu'avec la crise de la dette qui couve dans la zone euro, la « Guerre d'Espagne » devrait être décisive en 2011.

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La Banque centrale européenne a lancé une bouée de sauvetage temporaire au Portugal hier (10 janvier) en achetant massivement ses obligations alors que la pression des marchés et des autres Etats membres s'intensifie sur Lisbonne pour que le pays demande rapidement un renflouement international. Toutefois, les analystes ont expliqué qu'avec la crise de la dette qui couve dans la zone euro, la « Guerre d'Espagne » devrait être décisive en 2011.

Dimanche, une éminente source de la zone euro a déclaré que l'Allemagne, la France ainsi que d'autres pays de la zone faisaient pression sur le Portugal pour que le pays fasse appel au programme d'aide de l'UE et du FMI dans le sillage de la Grèce et de l'Irlande, afin de prévenir une contamination à l'Espagne, la quatrième économie de la zone euro.

Cette source a expliqué que Lisbonne aurait besoin de 50 à 100 milliards d'euros de prêts, une somme similaire à celle empruntée par l'Irlande. En décembre, les Irlandais ont en effet accepté une aide d'un montant de 80 milliards d'euros de l'UE et du FMI suite à une crise du secteur bancaire causée par l'éclatement de la bulle immobilière qui avait fait crouler le pays sous les dettes.

Vendredi dernier, le premier ministre portugais, José Socrates, a déclaré que son pays n'avait pas besoin d'une aide extérieure dans la mesure où il avait pris les devants en réduisant son déficit budgétaire.

M. Socrates, à la tête d'une minorité socialiste au gouvernement, s'entête à refuser un renflouement, à cause du souvenir des deux sauvetages du FMI depuis le retour du Portugal à la démocratie en 1974, deux évènements traumatisants dans l'histoire du pays.

Le souvenir des interventions du Fonds monétaire international, en 1977 et en 1983, est tellement gravé dans la mémoire des Portugais que les médias ne mentionnent même pas le fait que l'Union européenne serait, cette fois-ci, la première à financer un renflouement.

« Peu de chance de trouver une échappatoire »

Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a démenti les accusations selon lesquelles Berlin exercerait des pressions pour le recours à une aide, mais il a tout de même affirmé qu'il défendait la monnaie européenne. Un fonctionnaire du gouvernement français a également expliqué qu'il était absurde de laisser entendre que Paris et Berlin exerceraient des pressions sur Lisbonne.

Néanmoins, les économistes et les analystes des marchés pensent que ce n'est qu'une question de temps avant que le Portugal endetté, dont l'économie stagnante a perdu de sa compétitivité depuis son adhésion à la zone euro, ne demande de l'aide.

« Si les spreads de marché continuent à monter, le Portugal a peu de chances d'échapper à un sauvetage, précise Laurence Boone, responsable de la recherche économique chez Barclays Capital à Paris.  

L'Asie plus généreuse ?

Toutefois, l'Union européenne se prépare à lutter contre la crise portugaise avec une main attachée dans le dos car l'Allemagne refuse toujours de lancer une bouée de sauvetage financière à un pays qui est réellement en train de couler.

Étonnamment, la Chine, qui a promis la semaine dernière d'acheter des obligations du gouvernement espagnol, en fait plus que Berlin pour aider Madrid.

Le Japon a également annoncé qu'il utiliserait ses réserves en devises pour acheter plus de 20 % des obligations émises par le fonds d'aide financière européen fin janvier pour aider l'Irlande, rapporte Bloomberg le 11 janvier.

Le ministre japonais des finances, Yoshihiko Noda, a déclaré lors d'une conférence de presse à Tokyo qu'il était « de circonstance pour le Japon d'apporter sa contribution en tant que pays prêteur afin de renforcer la crédibilité de l'opération [de stabilisation de la zone euro] ».

Dans un sondage réalisé par Reuters la semaine dernière, 44 des 51 économistes interrogés s'attendent à ce que Lisbonne ait besoin d'un renflouement, mais seuls sept pensent que l'Espagne devra avoir recours à une aide extérieure, même si la plupart d'entre eux prévoit que la note de l'Espagne sera à nouveau abaissée prochainement.

L'Espagne est la quatrième économie de la zone euro et elle mettrait à l'épreuve le filet de sécurité financier de l'union monétaire (à savoir le Fonds européen de stabilité financière d'une valeur de 440 milliards d'euros) si elle devait être secourue.

« L'Espagne a de grandes chances d'éviter un programme d'aide grâce aux actions du gouvernement visant à réduire le déficit budgétaire, diminuer les besoins de financement public, lancer des réformes économiques structurelles et réparer le secteur financier », explique un éminent fonctionnaire de l'UE.

Après des mois de déni, le gouvernement socialiste minoritaire du premier ministre espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, a pris des mesures pour réduire les dépenses publiques, intensifier la privatisation et faire progresser la réforme des retraites qui a longtemps été reportée.

Toutefois, la pression exercée par le marché obligataire sera sans doute féroce dans la mesure où les investisseurs fuient les pays dits périphériques de la zone euro car ils se demandent s'ils seront capables de rembourser leurs dettes du fait de l'augmentation des taux d'intérêt et qu'ils craignent une décote pour les détenteurs d'obligations.

Les fonctionnaires de l'Union européenne tentent de renforcer la protection financière de la zone euro en augmentant sa capacité de prêt et en élargissant son champ d'action.

Résistance allemande

Cependant, la chancelière allemande, Angela Merkel, qui fait face à l’hostilité de l’opinion publique et craint un veto de la Cour constitutionnelle, a rejeté toute ligne de crédit préventive en faveur des pays en difficulté de la zone euro avant que les marchés financiers ne l’exigent.

Jusqu’à présent, Berlin s’est également opposé à toute augmentation de l'ampleur des fonds de sauvetage et à leur utilisation pour l’achat d’obligations souveraines dans le marché secondaire ou pour l’aide à la recapitalisation des banques en difficulté.

La résistance allemande va mettre les ministres des finances de la zone euro à l’épreuve lors de la réunion du 17 janvier où ils discuteront d’une réponse complète à la crise potentiellement généralisée.

S’ils ne parviennent pas à s’entendre sur un renforcement du filet de sécurité financier, cela pourrait entraîner de violentes réactions sur les marchés.

En effet, les marchés estiment encore à 15-20  % la probabilité pour l'Espagne d'être en défaut de paiement pour chacune des cinq années à venir.

Les déboires de l’Espagne, comme ceux de l’Irlande, résultent en grande partie de l'éclatement de la bulle immobilière qui avait été gonflée par les faibles taux d’intérêt de l’euro. Le chômage a atteint 20 % et la croissance économique est pour ainsi dire à l’arrêt.

Bien que la dette publique de l’Espagne demeure bien en-deça de la moyenne dans la zone euro et que les deux plus grandes banques commerciales, Banco Santander et BBVA, se portent bien, l’État doit faire face aux dettes éventuelles d’un secteur financier endommagé.

Les problèmes budgétaires de Madrid sont aggravés par le besoin de recapitalisation des banques d’épargne non cotées, les cajas, qui ont fusionné pour passer de 45 à 17 au cours d’une restructuration le mois dernier et courent un risque non reconnu face à de mauvais prêts immobiliers.

Les banques espagnoles sont également très exposées à la dette publique du Portugal, et pourraient en pâtir si l’utilisation collatérale d’obligations portugaises devenait impossible dans les opérations de liquidités des banques centrales.

L’Espagne et le Portugal ont dû faire face à d’importantes crises de financement en avril et en milieu d’année. Le Portugal doit rembourser 12 milliards d’euros au cours du premier semestre de 2011.  L’Espagne est confrontée au remboursementd’obligations d'une valeur de 15 milliards d’euros pour avril et de 15 milliards supplémentaires pour juillet.

Il ne resterait donc plus beaucoup de temps à la zone euro pour ériger un pare-feu plus efficace avant que les flammes de la crise ne viennent lécher les bords de la péninsule ibérique.

(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EURACTIV)