Carles Puigdemont et Pedro Sánchez s'entendent pour autoriser la Catalogne à gérer la politique migratoire
Le parti socialiste du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et le parti séparatiste de droite JxCat dirigé par Carles Puigdemont, ont enregistré au parlement un projet de loi afin que Madrid transfère à la Catalogne les compétences nationales en matière de politique migratoire.
MADRID – Le parti socialiste (PSOE/S&D) du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et le parti séparatiste de droite JxCat, dirigé par l’ancien président catalan Carles Puigdemont depuis son lieu d’exil belge, ont enregistré mardi, au parlement, un projet de loi afin que Madrid transfère à la Catalogne les compétences nationales en matière de politique migratoire.
Le projet de loi prévoit, entre autres, que la police régionale catalane (Mossos de Esquadra) gère la sécurité dans les ports, les aéroports et les « zones critiques » en « coopération » avec d’autres forces de sécurité nationales, comme l’ont indiqué les deux partis dans des déclarations distinctes.
Selon des sources du PSOE et du JxCat, le gouvernement régional catalan (Generalitat) serait également chargé de gérer le retour des étrangers lorsqu’ils sont interdits d’entrée en Espagne, et la police catalane pourrait également être déployée aux frontières aux côtés de la police nationale espagnole et de la Guardia Civil (police militarisée), a rapporté RTVE.
L’accord prévoit aussi que la Generalitat dispose des pleins pouvoirs pour la gestion globale des « Centros de Internamiento de Extranjeros (CIE) ».
Les CIE sont des centres publics de détention pour étrangers, de nature non pénitentiaire, où les étrangers faisant l’objet d’une procédure d’expulsion du territoire espagnol sont détenus à titre préventif et de précaution.
L’accord comprend par ailleurs que le gouvernement régional soit habilité à gérer les autorisations de séjour de longue durée, de résidence temporaire et de résidence de longue durée pour les étrangers, ainsi qu’à délivrer des cartes d’identité à ces étrangers.
La fragile stabilité du gouvernement de coalition du PSOE avec la plateforme de gauche Sumar dépend du soutien parlementaire à Madrid des sept députés d’Ensemble pour la Catalogne (JxCat) et des sept autres députés de son rival séparatiste de gauche, la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), mais aussi du soutien des deux principaux partis basques indépendantistes, le PNV modéré et l’EH-Bildu de gauche radicale.
Cependant, mardi, le parti d’extrême gauche Podemos, ancien membre de Sumar, a annoncé que ses quatre députés à Madrid voteraient contre le pacte migratoire controversé — le qualifiant de « raciste » — et compromettant ainsi l’avenir de la mesure au parlement.
Pour rester au pouvoir, Pedro Sánchez a été contraint de faire de nombreuses concessions au JxCat et à l’ERC, notamment en approuvant une loi d’amnistie controversée.
Les séparatistes catalans exigent, en plus, la cession des pouvoirs en matière de politique migratoire, le transfert de la perception des impôts à la Catalogne, l’annulation de la dette de plusieurs millions d’euros de la région envers Madrid et l’officialisation de la langue catalane dans les institutions européennes.
Préparer le terrain pour le budget 2025 ?
Dans le même temps, le camp de la droite a réagi durement à l’accord mardi.
Miguel Tellado, porte-parole du Parti populaire espagnol (PPE) au parlement national, la plus grande force d’opposition, a affirmé que Pedro Sánchez obéissait au diktat de Carles Puigdemont.
« Pedro Sánchez est une mauviette dans la politique espagnole. Le responsable est un fugitif, il s’appelle Carles Puigdemont et c’est lui qui dira à Pedro Sánchez s’il peut augmenter les dépenses de défense ou non », a déclaré Miguel Tellado à la suite d’une réunion au Parlement européen avec la délégation espagnole du Parti populaire européen (PPE).
Malgré l’accord, qui a permis de surmonter la méfiance installée ces derniers mois entre le PSOE et JxCat, Carles Puigdemont a clairement indiqué mardi que le principal objectif de Pedro Sánchez — à savoir que JxCat vote en faveur du budget national 2025 — n’est pas encore garanti.
(sn)