Ce parti catalan d’extrême droite qui menace la coalition de gauche de Pedro Sánchez
En Catalogne, le parti d’extrême droite Aliança Catalana bouleverse la politique locale, les derniers sondages montrant que son ascension menace le parti séparatiste Ensemble pour la Catalogne (JxCAT), qui soutient la fragile coalition du Premier ministre Pedro Sánchez à Madrid.
MADRID — L’Aliança Catalana s’est fait connaître lorsque sa présidente, Silvia Orriols, est devenue maire de Ripoll, une petite ville de la province de Gérone, en 2023.
Avec un programme davantage axé sur l’immigration que sur l’indépendance de la région vis-à-vis de Madrid, Silvia Orriols a rapidement gagné en notoriété dans toute la Catalogne. Derrière son slogan — « La Catalogne pour les Catalans : chrétiens et non musulmans » —, on retrouve un programme mêlant ultranationalisme, rejet de l’Islam et revendications autour d’une « race catalane ».
L’Aliança Catalana a remporté deux sièges à Barcelone en 2024. Depuis lors, les sondages prévoient une croissance rapide, le quotidien espagnol La Vanguardia évoque par exemple 19 sièges au parlement catalan si des élections avaient lieu aujourd’hui.
La Catalogne envoyant un grand nombre de députés à Madrid, les changements politiques dans la région ont souvent une infuence au parlement et déterminent souvent la capacité des Premiers ministres espagnols à gouverner.
JxCat en chute libre
Le sondage cité par La Vanguardia place également le parti Ensemble pour la Catalogne (Junts per Catalunya, JxCAT) — dont les sept députés à Madrid soutiennent la coalition de Pedro Sánchez (PSOE-Sumar) — à seulement 21 sièges, contre 35 auparavant au parlement catalan.
Le leader en exil de JxCat, Carles Puigdemont, longtemps figure de proue du séparatisme catalan, a été critiqué pour avoir soutenu la réélection du socialiste Pedro Sánchez (PSOE) en 2023 en échange de promesses, notamment la reconnaissance du catalan comme langue officielle de l’UE et la loi d’amnistie controversée qui permet de gracier des centaines de séparatistes catalans impliqués dans une tentative de sécession.
« JxCat montre des signes d’épuisement », explique Pedro Riera Sagrera, politologue à l’Université Carlos III de Madrid. Selon lui, de nombreux séparatistes considèrent l’accord conclu entre Carles Puigdemont et Pedro Sánchez comme une trahison de la position conflictuelle qu’il défendait autrefois vis-à-vis de la capitale.
En outre, la désillusion face aux promesses du parti — en particulier l’échec de la création d’une république catalane — a érodé sa crédibilité. Une situation aggravée par l’exil du leader séparatiste à Waterloo, en Belgique, où il s’est réfugié pour échapper aux poursuites judiciaires de la Cour suprême espagnole pour détournement de fonds liés au référendum séparatiste de 2017. Pour rappel, la loi d’amnistie ne s’applique pas à ce type de délit.
Selon les observateurs, ce mécontentement a créé une brèche dans le système politique fracturé de la Catalogne, et l’Aliança Catalana s’y est glissée en se positionnant comme un parti intransigeant et authentique.
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Une nouvelle force motrice ?
Bien que formellement séparatiste, l’ascension de l’Aliança Catalana est surtout due à sa position sur la question de l’immigration. « Leur stratégie est axée sur la migration et l’islam, et non sur la souveraineté », selon Gabriel Colomé, professeur à l’Université autonome de Barcelone et ancien sénateur socialiste.
La Catalogne est la région d’Espagne qui compte la plus forte proportion de résidents nés à l’étranger — plus de 25 % selon les chiffres officiels. La région abrite notamment une importante communauté musulmane. Silvia Orriols a exploité les inquiétudes liées à cette situation, mettant en garde contre l’érosion culturelle et l’instabilité sociale que créerait selon le parti cette population étrangère.
« L’État espagnol veut anéantir la race catalane en faisant venir des immigrants problématiques », affirmait-elle sur la chaîne de télévision La Sexta l’année dernière.
Pour Gabriel Colomé, l’ascension de l’Aliança Catalana n’est ni surprenante ni temporaire. Son discours est « efficace » et le parti gagne rapidement en popularité en Catalogne. « Ils sont là pour rester », explique-t-il.
Implications à Madrid
Pour certains, les messages véhiculés par l’Aliança pourraient trouver un écho au-delà de la Catalogne.
Gabriel Colomé note que Silvia Orriols pourrait remporter des sièges lors des élections générales espagnoles de 2027, s’alignant potentiellement sur le parti d’extrême droite Vox de Santiago Abascal au parlement.
Les sondages actuels suggèrent que Vox pourrait remporter 17 % des voix au niveau national, tandis que le soutien aux socialistes au pouvoir et au Partido Popular (PP), parti de centre-droit dans l’opposition, est en baisse.
La croissance de l’Aliança met en évidence la généralisation du discours d’extrême droite en Europe. De l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) en Allemagne au Rassemblement national (RN) en France, les partis radicaux capitalisent sur le mécontentement lié aux partis traditionnels, notamment leur gestion de l’immigration, mais aussi concernant la situation économique et la confiance dans les institutions. La Catalogne, longtemps définie par le séparatisme, pourrait désormais devenir un autre exemple de cette tendance.
Le leader socialiste catalan, Salvador Illa, estime que les mouvements populistes comme l’Aliança et Vox prospèrent grâce à « un manque de réponses », et ils ne peuvent être arrêtés qu’en s’attaquant aux « problèmes de la société ».
Pour le Premier ministre Pedro Sánchez, l’ascension de l’Aliança constitue une menace directe. Si la formation poursuit sa progression, elle pourrait fragiliser le camp séparatiste traditionnel qui le soutient à Madrid après les élections générales de 2027.
(asg)