Chypre prépare le programme de la future présidence européenne et une demande de renflouement
Hier (6 juin), l'ambassadeur chypriote auprès de l'UE, Kornelios Korneliou, a donné un premier aperçu du programme de la présidence du Conseil de l'UE qu'exercera son pays à partir du mois de juillet. Dans le même temps, un porte-parole du gouvernement a annoncé que Nicosie préparait une demande de renflouement pour sauver sur système bancaire fortement exposé à la dette grecque.
Hier (6 juin), l'ambassadeur chypriote auprès de l'UE, Kornelios Korneliou, a donné un premier aperçu du programme de la présidence du Conseil de l'UE qu'exercera son pays à partir du mois de juillet. Dans le même temps, un porte-parole du gouvernement a annoncé que Nicosie préparait une demande de renflouement pour sauver sur système bancaire fortement exposé à la dette grecque.
M. Korneliou a admis que son pays, membre de la zone euro, rencontrait des problèmes avec son secteur bancaire. Il a établi un parallèle entre la situation de Chypre et celle de l'Espagne qui n'a pas encore demandé une aide de l'UE.
Lorsque les journalistes lui ont demandé s'il comptait requérir un renflouement, il a répondu : « Oui, c'est une possibilité, mais nous devrions attendre de voir comment les choses évoluent en Espagne. A Chypre, nous sommes également confrontés à de nombreux problèmes dans le secteur bancaire en raison de son exposition au marché grec. Nous devons déterminer si nous sommes capables ou non de recapitaliser nos banques. Si ce n'est pas possible, le renflouement sera une option. Mais nous n'y sommes pas encore. Il faudra encore attendre quelques jours. »
« J'espère que cela n'affectera pas notre programme, notre présidence, car ce n'est pas lié, mais nous devrons bien évidemment attendre de voir ce qu'il se passera le 1er juillet. »
Christos Christofides, porte-parole adjoint du gouvernement, a été cité dans la presse chypriote comme affirmant qu'il était très probable que Chypre doive avoir recours au Mécanisme européen de stabilité (MES) pour soutenir son système bancaire.
Le représentant permanent de Chypre auprès de l'UE a également été interrogé sur la Grèce qui organisera des élections cruciales le 17 juin prochain. Ce scrutin pourrait d'ailleurs mettre à mal le programme de renflouement de l'UE et du FMI. Selon lui, la Grèce restera au sein de la zone euro et de l'Union européenne.
« Ce qui se passera en Grèce nous affectera tous. Nous voulons que la Grèce fasse partie de ce groupe et je pense qu'ils peuvent y arriver », a-t-il expliqué.
Une Europe meilleure
Concernant le programme de la présidence, le diplomate a indiqué que son pays définirait un nombre limité de priorités et qu'elles seraient dévoilées officiellement dans quelques jours. Chypre s'apprête à exercer la présidence du Conseil de l'UE pour la première fois depuis son adhésion en 2004.
L'ambassadeur a précisé qu'en ces temps de difficultés économiques, la présidence chypriote ne plaiderait pas pour « plus d'Europe » ou « moins d'Europe », mais bien pour une « Europe meilleure » plus proche de ses citoyens et du monde qui l'entoure.
Chypre a l'intention de présenter un programme que l'on pourrait qualifier de modeste, d'après ce qu'à cru comprendre EURACTIV. Le budget à long terme de l'UE pour 2014-2020 reste la priorité, mais Nicosie a bien conscience que cette question sera surtout traitée par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.
En principe, un accord sur le prochain budget à long terme devrait être conclu d'ici la fin de l'année, mais aucune date butoir officielle n'a été définie.
« Nous devons nous assurer que l'argent [européen] sera investi où il faut et où il y a une valeur ajoutée », a expliqué le diplomate.
Chypre compte également travailler sur la politique d'asile commune de l'UE que la Commission souhaiterait finaliser avant 2013. Nicosie est elle-même touchée par les flux migratoires. L'ambassadeur a reconnu que la crise économique ne jouait pas en faveur des Etats membres, notamment dans le domaine de l'accueil des demandeurs d'asile.
Donner un nouvel élan aux projets de la Commission pour une politique maritime européenne intégrée est une autre priorité de Chypre. Selon Nicosie, une approche cohérente permettrait aux parcs éoliens en mer de coexister avec le transport maritime, ce qui aurait également une influence sur la gestion des ports. Une conférence de haut niveau sur la politique maritime est prévue à Chypre en octobre. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, grand partisan de ce projet, sera présent.
Turquie : « Il faut être deux pour danser le tango »
L'ambassadeur prévoit en outre d'aborder des questions liées à la politique européenne de voisinage et à l'élargissement.
Il a mentionné l'éventualité d'un « hiver arabe » si l'UE ne parvenait pas à gérer les retombées du printemps arabe. Il a aussi mentionné le processus d'adhésion de la Turquie, malgré leurs flagrantes divergences d'opinions.
« L'élargissement se révèle souvent un outil de transformation fructueux », a-t-il expliqué. « Je pense que nous sommes sur notre lancée. Nous devrions continuer ainsi et ne pas laisser la crise économique nous empêcher d'utiliser cet outil pour nous rapprocher des pays des Balkans occidentaux, de l'Islande, mais aussi de la Turquie. »
La procédure de négociation d'adhésion de la Turquie sera une patate chaude pour Chypre, dans la mesure où Ankara envisage de geler ses relations avec la présidence chypriote, voire même avec l'UE, en raison du problème de la réunification de l'île (voir « Contexte »).
L'ambassadeur semble toutefois confiant quant à la possibilité que son pays fasse progresser les négociations avec la Turquie. En réponse à une question d'EURACTIV, M. Korneliou a déclaré que lors de sa présidence, la République de Chypre ne promouvrait pas ses positions nationales et se comporterait comme un « médiateur honnête ».
« Je pensais ce que j'ai dit. Si la Turquie y met du sien, nous ferons de même », a-t-il martelé. « Le problème bilatéral que nous avons avec la Turquie ne ternira pas notre présidence. La Turquie ne veut rien avoir à faire avec la présidence chypriote. La Turquie a fait son choix. C'est très malheureux. »
Il a ajouté : « N'oublions pas que la géographie ne change pas. Une Turquie plus européenne serait non seulement dans l'intérêt de Chypre, mais aussi de l'Union européenne et de la Turquie elle-même. Mais il faut respecter les règles du jeu. Les grands membres comme l'Allemagne respectent les règles du jeu. La Turquie devrait faire de même. »
Quant au souhait de la Turquie d'obtenir un régime sans visa pour ses citoyens dans l'espace Schengen, l'ambassadeur a indiqué que le pays devrait dans un premier temps étoffer sa requête. La Turquie aurait ouvert ses frontières à plusieurs pays pour lesquels l'UE applique toujours un régime de visa. En conséquence, la Grèce est submergée d'immigrés clandestins en provenance de pays tiers qui passent par la Turquie.
« Il faut être deux pour danser le tango », a-t-il conclu.