Clarté, vie privée : la Commission européenne s’attaque aux problèmes liés aux cookies
La Commission européenne souhaite discuter avec les acteurs du secteur de la manière d’améliorer la sensibilisation des consommateurs au suivi en ligne et aux alternatives à la publicité basée sur ce suivi, dans le cadre de ses efforts d’élimination progressive des cookies.
La Commission européenne souhaite discuter avec les acteurs du secteur de la manière d’améliorer la sensibilisation des consommateurs au suivi en ligne et aux alternatives à la publicité basée sur ce suivi, dans le cadre de ses efforts visant à parvenir à un engagement volontaire d’élimination progressive des cookies avant la fin de l’année.
Comme l’avait anticipé EURACTIV, le 28 mars, le commissaire européen à la Justice, Didier Reynders, a annoncé le lancement d’une initiative volontaire pour répondre à une lassitude croissante par rapport aux cookies chez les utilisateurs d’Internet, à savoir le fait de devoir continuellement consentir ou refuser le traitement de leurs données lorsqu’ils arrivent sur un site Internet.
Le service de protection des consommateurs de la Commission européenne organise une série de tables rondes avec des acteurs du secteur telles que les éditeurs, les annonceurs, les sociétés AdTech, les plateformes numériques et les services de protection des consommateurs. La première table ronde aura lieu le 28 avril prochain.
« L’objectif serait de proposer des choix plus simples de modèles publicitaires aux consommateurs, en respectant, si tel est le cas, leur souhait de ne pas être suivis, et de fournir des méthodes alternatives pour la personnalisation de la publicité en échange d’un contenu libre de paiements monétaires continus », peut-on lire dans la note de discussion pour la table ronde, consultée par EURACTIV.
Lors d’un entretien avec EURACTIV en décembre, M. Reynders avait anticipé le fait qu’il considérait les initiatives volontaires comme un moyen de préparer le terrain pour des règles contraignantes.
Ras-le-bol des cookies
Les cookies sont des éléments de code que les sites web placent sur le navigateur d’un utilisateur et qui peuvent être récupérés ultérieurement, par exemple pour indiquer au site web que l’utilisateur est revenu sur la page. Les cookies sont réglementés par la directive relative à la vie privée et aux communications électroniques et sont utilisés pour recueillir le consentement au traitement des données à caractère personnel dans le cadre du règlement général sur la protection des données (RGPD).
« Les mécanismes actuels de consentement en matière de cookies peuvent toutefois s’avérer très complexes : des bannières de cookies apparaissent chaque fois que les utilisateurs visitent un nouveau site web », poursuit le document, « et les choix sont souvent présentés de manière confuse, ce qui ne permet pas aux utilisateurs de prendre une décision en toute connaissance de cause ou les incite à faire des choix qu’ils n’auraient pas nécessairement faits autrement ».
La Commission estime que de nombreuses personnes sont lasses de ces bannières de cookies complexes et renoncent tout simplement à exprimer leurs préférences en matière de protection de la vie privée.
En outre, le département des consommateurs de l’UE considère que l’utilisation intensive des traceurs publicitaires via les cookies soulève plusieurs problèmes de protection de la vie privée, d’efficacité de la publicité ciblée et de perte de confiance des consommateurs, soulignant que les recherches suggèrent que les utilisateurs ne veulent pas être suivis.
« Toutefois, cela ne signifie pas que les consommateurs sont opposés à la publicité personnalisée, car ils veulent continuer à bénéficier d’un contenu en ligne gratuit et de publicités pertinentes. La personnalisation doit donc être plus respectueuse de leurs aspirations en matière de vie privée », ajoute la note.
Des informations plus claires pour les consommateurs
Permettre aux consommateurs de prendre une décision éclairée est un élément important de la discussion. La Commission souhaite donner aux utilisateurs des informations plus transparentes sur le contexte commercial dans lequel ils seraient soumis à la publicité basée sur le suivi et sur les implications en matière de respect de la vie privée.
Par conséquent, les parties prenantes seront invitées à indiquer comment, selon elles, les informations sur le modèle commercial et la collecte de données à caractère personnel peuvent être présentées d’emblée et de manière transparente, et comment elles interagiraient avec les obligations de transparence prévues par le RGPD et la directive relative à la vie privée et communications électroniques.
Les places de marché constituent un cas particulier. Sur ces pages, la manière dont les activités publicitaires sont menées devrait être expliquée en plus de leur modèle commercial principal.
Une autre question est de savoir comment les consommateurs peuvent être informés de manière complète et compréhensible des implications de leur choix en matière de protection de la vie privée, afin d’éviter une « surcharge d’informations ».
Un point essentiel est de savoir si les navigateurs web ou les applications pourraient être utilisés pour centraliser le choix du consommateur concernant le modèle d’entreprise, plutôt que d’avoir à le faire à chaque fois qu’une personne visite un site web.
Cette proposition n’est pas nouvelle et est quelque peu controversée, car la plus grande société de publicité au monde, Google, possède le navigateur web le plus populaire, Chrome.
Alternatives au suivi
L’autre volet central de la discussion concerne les alternatives possibles à la publicité basée sur le suivi. Celles-ci permettraient toujours de fournir des publicités pertinentes avec des solutions de personnalisation moins intrusives qui supprimeraient le besoin de cookies et de technologies similaires.
À cet égard, la Commission s’interroge sur les critères de performance à utiliser pour évaluer si les solutions alternatives permettent aux éditeurs et aux intermédiaires des AdTech d’offrir des publicités comparativement « attrayantes » aux annonceurs et aux consommateurs.
En outre, les acteurs du secteur seront interrogés sur le type d’informations ou de profils d’utilisateurs qui seraient nécessaires pour fournir une alternative valable aux publicités personnalisées.
En ce qui concerne les solutions automatisées, l’une des idées avancées est de donner aux consommateurs la possibilité de choisir des alternatives aux publicités basées sur le suivi comme options par défaut dans les paramètres de leurs navigateurs web.
« Techniquement, que signifient les différentes alternatives en termes de paramètres des navigateurs et des systèmes d’exploitation ou d’implications sur d’autres questions techniques ? Existe-t-il des solutions indépendantes des navigateurs et des systèmes d’exploitation pour éviter les publicités ciblées basées sur le pistage ? », peut-on lire dans la note.
Une dernière question concerne les traceurs utilisés pour améliorer les performances des sites web et mesurer les performances des publicités. L’exécutif européen tente de comprendre quelles données devraient encore être collectées à cette fin et quelle serait l’approche la plus respectueuse de la vie privée.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]