Combustibles fossiles, sortie du charbon : l’UE assouplit sa position pour la COP28

Les États membres de l’UE ont adopté lundi leur position commune pour la COP28, en assouplissant la formulation de l’objectif de réduction des émissions et de sortie des combustibles fossiles de l’UE, afin de parvenir à une décision unanime.

/ Euractiv.com
Hoekstra and Ribera 16 Oct 2023
De gauche à droite : Wopke Hoepstra et Teresa Ribera [<a href="https://newsroom.consilium.europa.eu/permalink/p172080" target="_blank" rel="noopener">Copyright: European Union</a>]

Les États membres de l’UE ont adopté lundi (16 octobre) leur position commune pour la COP28, en assouplissant la formulation de l’objectif de réduction des émissions et de sortie des combustibles fossiles de l’UE, afin de parvenir à une décision unanime.

Les 27 ministres de l’environnement européens se sont réunis lundi à Luxembourg pour définir la position de l’UE en vue du sommet COP28 qui débutera à Dubaï le 30 novembre. Ils se sont engagés à tripler la capacité mondiale en matière d’énergies renouvelables et à doubler les améliorations en matière d’efficacité énergétique d’ici 2030.

L’UE œuvrera également pour que le secteur énergétique mondial soit « principalement exempt de combustibles fossiles » bien avant 2050 et aspirera à un « système électrique entièrement ou principalement décarboné dans les années 2030 », selon la formulation convenue.

Dans ces conditions, les pays les plus ambitieux ont dû se contenter d’une formulation édulcorée en ce qui concerne les efforts déployés par l’UE pour éliminer progressivement les combustibles fossiles et réduire les émissions, étant donné que la décision devait être prise à l’unanimité.

« La Commission et la présidence [du Conseil de l’UE] auraient-elles pu aller encore plus loin  ? Absolument. Et en même temps, vous savez, il s’agit d’une Union où, en définitive, c’est avec 27 membres que nous devons atteindre un consensus », a déclaré Wopke Hoekstra, nouveau commissaire européen à l’Action climat.

La Commission européenne et l’Espagne, qui assure la présidence du Conseil de l’UE, ont insisté sur la nécessité d’une formulation plus ferme en matière de réduction des émissions, affirmant que la législation réactualisée de l’UE permettrait de faire passer l’objectif climatique de l’UE de 55 % de réduction nette des émissions de gaz à effet de serre à 57 % de réduction d’ici 2030.

Mais les ministres ont dû céder à la pression des pays de l’Est de l’UE, qui éprouvent davantage de difficultés à décarboner leur économie en raison de leur plus grande dépendance au charbon.

« Les textes adoptés à l’unanimité prennent toujours un peu plus de temps. Les pays européens ont des situations énergétiques très différentes, certains étant encore très dépendants du charbon », a expliqué le cabinet de la ministre de l’Énergie française, Agnès Pannier-Runacher.

Un engagement actualisé, mais pas de nouvel objectif

Les États membres de l’UE se rendront à la COP28 en soulignant l’importance d’accroître l’ambition mondiale pour rester dans la limite de 1,5 °C de réchauffement de la planète, peut-on lire dans une déclaration publiée à l’issue de la réunion.

L’UE ne présentera pas de nouvel objectif de réduction des émissions, mais elle actualisera son engagement afin de refléter le paquet « Ajustement à l’objectif 55 ».

Selon la Commission européenne, la mise en œuvre complète de ce paquet entraînera une réduction de 57 % des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2030, ce qui est supérieur à l’objectif initial de 55 % fixé il y a deux ans.

Cet objectif plus élevé reflète le niveau d’ambition accru de l’UE en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, qui avait été avancé l’année dernière en réaction à la guerre menée par la Russie en Ukraine.

Néanmoins, selon Teresa Ribera, ministre de la Transition écologique espagnole, certains pays se sont montrés réticents à l’idée de coucher ce chiffre sur papier. « Le principal argument était qu’ils ne voulaient pas créer de confusion», a-t-elle expliqué.

Finalement, la formulation de compromis stipule que « le paquet “Ajustement à l’objectif 55”, lorsqu’il sera pleinement mis en œuvre, pourrait permettre à l’UE de dépasser son objectif d’au moins -55 % » a indiqué le cabinet de Mme Pannier-Runacher.

Malgré tout, les défenseurs de l’environnement souhaitent que l’UE fasse davantage pour aligner l’action et le financement en matière de climat sur ses responsabilités historiques en matière d’émissions.

« l’UE doit s’engager à dépasser de manière substantielle son objectif actuel de réduction nette des émissions de -55 % et atteindre au moins -65 % brut, ou -76 % de réduction nette des émissions d’ici 2030 et viser des émissions nettes nulles au plus tard pour 2040 », a déclaré en ce sens Sven Harmeling, coordinateur de la politique climatique internationale au sein du groupe d’ONG Climate Action Network Europe.

Les combustibles fossiles « sans attenuations »

La position de l’UE à la COP28 comprend également des appels à atteindre le pic des émissions au cours de cette décennie et à éliminer progressivement les combustibles fossiles « sans attenuations», un terme controversé qui fait référence aux technologies de captage et de stockage du carbone.

« L’accord sur les conclusions du Conseil est que ces [technologies de réduction] sont des technologies qui devraient être liées aux secteurs où il sera difficile pour eux de s’engager dans la décarbonation, où il sera difficile de se sevrer des combustibles fossiles », a expliqué Mme Ribera.

Là encore, il a fallu trouver un compromis pour parvenir à une décision unanime des 27 États membres.

Le terme « sans attenuations » apparaissait deux fois. Un compromis a été trouvé : « nous l’avons gardé une fois», a déclaré le cabinet de Mme Pannier-Runacher.

En outre, les subventions pour les combustibles fossiles constituent une autre question complexe, notamment pour la Pologne, où le charbon représente 70 % de l’électricité produite.

Les États membres sont parvenus à un accord en supprimant le mot « »inefficace » parce que nous pensons que toutes les subventions aux combustibles fossiles sont inefficaces », a expliqué le cabinet de Mme Pannier-Runacher.

Néanmoins, le texte de l’UE ne précise pas la date exacte à laquelle l’électricité produite à partir du charbon devrait être supprimée. Le cabinet de la ministre française précise toutefois que «  l’objectif [est] de parvenir à un système énergétique entièrement ou principalement décarboné au cours des années 2030, “sans laisser de place pour de nouvelles centrales au charbon” », peut-on lire dans la position de l’UE.

Un résultat « significatif  », dans la mesure où un certain nombre d’États membres sont encore dépendants du charbon, conclut-il.

Selon Mme Ribera, les subventions aux combustibles fossiles qui ne permettent pas de lutter contre la pauvreté énergétique ou d’assurer une transition juste devraient également être supprimées « dès que possible ».

Les Verts déplorent le « crash » du commissaire européen au climat

Les défenseurs de l’environnement et les Verts au Parlement européen ont rapidement critiqué les conclusions du Conseil de la COP28. Le législateur vert allemand Michael Bloss les a même qualifiées de « crash ».

« Le nouveau commissaire au climat avait annoncé beaucoup de choses, sans tenir ses promesses », a déclaré M. Bloss, se référant au résultat final de l’objectif de l’UE et aux références aux combustibles fossiles « sans attenuations».

« L’industrie des énergies fossiles se servira de cette faille pour continuer à brûler du charbon, du pétrole et du gaz sans se soucier de la protection du climat », a-t-il déploré, ajoutant que M. Hoekstra devra se montrer plus ferme à Dubaï.

Selon le groupe Climate Action Network Europe, «  il est bien plus rentable d’éliminer rapidement les combustibles fossiles et de redoubler d’efforts pour mettre en place un système d’énergie entièrement renouvelable », ont-ils ajouté.

[Édité par Paul Messad]