Commission d'enquête : « nous avons changé », affirme le PDG d'Uber
Le PDG d’Uber, Dara Khosrowshahi, a été entendu par la commission d’enquête « Uber Files » de l’Assemblée nationale française jeudi (25 mai), expliquant que l’entreprise américaine avait radicalement changé ses méthodes de lobbying au cours des cinq dernières années.
[Cet article a été modifié afin de corriger la citation du communiqué de presse d’Uber de juillet 2022]
Le PDG d’Uber, Dara Khosrowshahi, a été entendu par la commission d’enquête « Uber Files » de l’Assemblée nationale française jeudi (25 mai), arguant que l’entreprise américaine avait radicalement changé ses méthodes de lobbying au cours des cinq dernières années.
C’est la première fois qu’Uber s’exprime publiquement sur les révélations du Consortium international de journalisme d’investigation (CIJI), qui, en juillet 2022, avaient mis à nu les tactiques de lobbying utilisées par l’entreprise pour s’imposer sur le marché français en 2015.
L’enquête avait révélé que Travis Kalanick, alors PDG d’Uber, et Emmanuel Macron, ancien ministre de l’Économie entre 2014 et 2016, avaient travaillé en étroite collaboration pour favoriser l’implantation d’Uber, au mépris de la position officielle du gouvernement français de l’époque.
Uber avait publié un communiqué de presse dans la foulée, affirmant que l’entreprise « ne chercherait pas d’excuses pour un comportement passé qui n’est manifestement pas conforme à nos valeurs d’aujourd’hui ».
M. Khosrowshahi, qui a été embauché en 2017 après le départ de M. Kalanick, a déclaré aux députés sur Zoom jeudi que l’entreprise était passée d’une « ère de confrontation à une ère de collaboration ».
En 2015, l’arrivée d’Uber sur le marché français avait déclenché de vives tensions et de violentes manifestations de la part des chauffeurs de taxi, qui craignaient qu’elle n’écrase toute forme de concurrence loyale.
À l’époque, les prestations de service autres que les taxis officiellement agréés échappaient à toute forme de réglementation contraignante.
Les choses ont donc bien changé chez Uber depuis son arrivée, a affirmé M. Khosrowshahi.
« Nous avons changé les valeurs de l’entreprise, établi une gouvernance d’entreprise rigoureuse […] et fait de la sécurité une priorité absolue », a-t-il déclaré, laissant entendre que la présence d’Uber à l’audition est donc, au mieux, anachronique.
« Je ne suis pas ici pour défendre nos erreurs passées », a-t-il ajouté.
Directive européenne sur le travail des plateformes
Uber fait l’objet d’un examen minutieux non seulement pour ses tactiques de lobbying et sa connivence présumée avec l’actuel président Macron, mais aussi pour ses fortes pressions contre une directive européenne relative aux travailleurs des plateformes, actuellement en cours de négociation au Conseil européen, après l’approbation d’un mandat au Parlement européen en février 2023.
L’entreprise a toujours précisé que la création par la directive d’une présomption légale de salariat menacerait la viabilité commerciale des plateformes et entraînerait une perte d’emplois.
Les chauffeurs « veulent continuer à être leur propre employeur », a déclaré M. Khosrowshahi, mais avec des protections sociales supplémentaires.
« Les auteurs de la directive ont-ils vraiment écouté les travailleurs des plateformes ? », a-t-il demandé, estimant qu’encourager l’emploi à part entière pouvait tenir en « théorie, mais pas en réalité ».
Ce point de vue est partagé par le gouvernement français, qui s’est toujours opposé à une présomption légale au Conseil des ministres de l’UE, et a critiqué la mauvaise rédaction des critères du texte de la Commission.
« Cela irait à l’encontre des objectifs mêmes de la directive », a déclaré la Première ministre française Elisabeth Borne à la commission parlementaire plus tôt dans la journée de jeudi.
Le commissaire Nicolas Schmit, qui suit le dossier, avait déclaré à EURACTIV en décembre que le projet de proposition était « équilibré et juste ».
L’eurodéputée de centre gauche et rapporteure de la directive sur le travail des plateformes, Elisabetta Gualmini, avait également averti que le lobbying des plus grandes plateformes était sans précédent. « Je n’ai jamais vu de tels efforts pour conditionner et influencer l’activité des législateurs », avait-t-elle déclaré à EURACTIV lors d’un entretien.
Le lanceur d’alerte des Uber Files, Mark MacGann, qui a été entendu par la commission en mars, a également critiqué l’affirmation d’Uber selon laquelle l’entreprise avait changé. Elle a peut-être apporté des changements superficiels, mais cela revient à « mettre de la pommade sur une langue de bois », a-t-il déclaré à EURACTIV.
Modèle de dialogue social
Plutôt que généraliser le salariat, il faudrait faire davantage pour soutenir un dialogue social sur mesure entre les plateformes et les représentants des travailleurs, a déclaré le PDG d’Uber – alors que le ministère français des Transports estime que 40 000 chauffeurs de VTC sont actifs dans tout le pays.
Dans cette optique, il a salué le cadre de dialogue social « unique » de la France.
Entre 2019 et 2021, la France a fait passer une série de réformes qui ont consacré le dialogue social comme l’outil essentiel pour déterminer les questions relatives à la protection des travailleurs.
Une structure publique dédiée, baptisée Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (ARPE), a été créée pour superviser les négociations sur la rémunération minimale par course pour les chauffeurs de taxi et livreurs.
Un accord a été conclu entre les plateformes et les chauffeurs de taxi sur la rémunération minimale par course en janvier, et un accord similaire sur la rémunération et la déconnexion des comptes a été trouvé en avril pour les livreurs.
De quoi inciter les opposants à Uber à établir un parallèle entre Uber et les récentes décisions législatives en France. « Uber-Macron, meme combat ! », a tweeté l’eurodéputée d’extrême gauche Leila Chaibi, qui mène le combat contre Uber au Parlement européen et a fait le déplacement depuis Bruxelles.
L’audition de M. Khosrowshahi marque la fin des travaux de la commission. Un rapport devrait être publié en juillet.