Commission européenne : Piotr Serafin sécurise son poste de commissaire au Budget

Le Polonais Piotr Serafin est parvenu à passer l’épreuve de l’audition devant le Parlement européen jeudi 7 novembre, après avoir expliqué qu’il était nécessaire de réformer les dépenses de l’UE tout en préservant le rôle central des régions européennes dans la gestion de ces fonds.

EURACTIV.com
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12614154-scaled-e1730996664492-2048x1259 [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Le Polonais Piotr Serafin est parvenu à passer l’épreuve de l’audition devant le Parlement européen jeudi 7 novembre, après avoir expliqué qu’il était nécessaire de réformer les dépenses de l’Union européenne (UE) tout en préservant le rôle central des régions européennes dans la gestion de ces fonds.

Piotr Serafin s’est vu attribuer le portefeuille du Budget, de la Lutte contre la fraude et de l’Administration publique par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Au terme de son audition parlementaire jeudi, il aurait obtenu le soutien du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, du groupe libéral Renew, des Socialistes et Démocrates européens (S&D), des Verts et des Conservateurs et Réformistes européens (CRE).

Simplifier les dépenses et réduire la charge administrative

Devant les eurodéputés, Piotr Serafin a expliqué que la simplification des dépenses de l’UE profiterait principalement aux actuels bénéficiaires des fonds européens, souvent confrontés à de lourdes formalités administratives.

« L’accès aux fonds de l’UE ne doit pas être un cauchemar bureaucratique », a-t-il insisté, tout en soulignant que les différentes règles applicables aux différents fonds sont l’une des raisons de l’augmentation récente des erreurs dans les dépenses. « Nous devrions y travailler », a-t-il affirmé.

Piotr Serafin a également indiqué que sa principale tâche en tant que commissaire serait d’« aider » la présidente de la Commission à établir le prochain budget septennal de l’UE (le cadre financier pluriannuel, CFP 2028-2034), ce qui laisse penser que la plupart des décisions sur les futures dépenses de l’UE seront entre les mains des gouvernements nationaux et d’Ursula von der Leyen elle-même.

Le Polonais a aussi expliqué que le futur budget pourrait dépasser 1 % du produit intérieur brut (PIB) de l’UE, mais n’a pas voulu s’engager sur les chiffres des dépenses.

« Nous serons confrontés à un défi de taille [puisque] le fait que nous devions accorder plus d’attention à la sécurité et à la défense ne signifie pas oublier la transition écologique et la politique de cohésion », a-t-il ajouté.

« Si vous me posez la question, je pense qu’il n’est pas possible de relever tous ces défis avec 1 % [du PIB de l’UE] », a-t-il concédé, répétant toutefois à deux reprises qu’il s’agissait d’une « opinion personnelle » et que cela nécessitait une « discussion approfondie au sein du Collège [des commissaires européens] », du Parlement et des États membres.

Piotr Serafin a également expliqué que pour des domaines tels que la défense et la compétitivité, il serait logique de transférer les dépenses du niveau national au niveau européen car « il sera tout simplement moins coûteux d’atteindre nos objectifs dans ces deux domaines en le faisant ensemble ».

 

Les régions doivent rester centrales

Piotr Serafin a réaffirmé jeudi la nécessité de réformer le cadre financier pluriannuel. « Le nouveau CFP comprendra un plan reliant les réformes aux investissements dans chaque État membre », a-t-il déclaré, tout en insistant sur le fait que la Commission développerait ces plans « en dialogue avec les capitales et les régions ».

Les propositions de réforme examinées par la direction générale du budget de l’exécutif européen (DG BUDG) divulguées en octobre — qui impliquaient une centralisation des fonds européens — avaient suscité une forte opposition des administrations régionales et locales partout en Europe. En effet, ces dernières craignent de perdre leur influence sur les dépenses de cohésion de l’UE, qui représentent actuellement un tiers du budget de l’Union.

Sur ce dossier sensible, Piotr Serafin a proposé de s’inspirer de la manière dont avait été conçue la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR) post-Covid. Les autorités régionales « savent mieux que quiconque quelles sont les réformes et les investissements dont elles ont besoin », a-t-il expliqué, faisant écho à la promesse d’Ursula von der Leyen selon laquelle « les régions resteront au cœur de la politique de cohésion ».

« Tirant les leçons du programme [de relance] NextGenerationEU et de la FRR, nous devons laisser de l’espace aux régions lorsqu’il s’agit de programmer la politique de développement [régional] », a-t-il martelé. « L’approche de la FRR n’a pas suffisamment pris en compte la dimension régionale », a-t-il précisé.

Les autorités nationales et régionales devraient travailler en étroite collaboration dans un « esprit de partenariat », a déclaré le futur commissaire au Budget, ajoutant que les régions « savent mieux comment planifier les développements économiques et […] peuvent le faire beaucoup mieux que les gouvernements centraux ».

De nouvelles ressources pour l’UE

Sur la question des nouvelles sources de financement du budget de l’UE, en sus des contributions des États membres, Piotr Serafin a rappelé que la Commission avait proposé de créer des « ressources propres » pour l’Union, après un accord politique avec les États membres et le Parlement européen en 2020.

Le responsable polonais a cependant déclaré que l’avancée des négociations sur ces propositions avait été « insuffisant » au sein du Conseil. « Nous devrions pousser et convaincre les États membres d’adopter les propositions existantes », a-t-il indiqué.

Il est actuellement envisagé de prélever de l’argent sur le système d’échange de quotas d’émission (SEQE), sur la future taxe carbone aux frontières (le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE ou MACF), ainsi que les recettes d’un système mondial de redistribution — qui n’est pas encore en place — de l’impôt sur les sociétés des grandes multinationales, connu sous le nom de pilier I de l’OCDE.

« C’est la proposition qui est sur la table, et je n’ai pas de plan B. Je n’ai qu’un plan A, et c’est ce plan A que je veux mettre en avant », a conclu Piotr Serafin.

[Édité par Laurent Geslin]