COP27 : négocier pour le climat en pleine crise du multilatérisme

Une cinquantaines de représentants d'États se retrouvent lundi (3 octobre) à Kinshasa (RDC) pour deux jours de réunion avant la COP27 prévue en novembre en Égypte qui, entre crise énergétique et tensions géopolitiques, s'annonce déjà comme un test important pour l'avenir du multilatéralisme.

Euractiv France
June,15,,2022,,Brazil.,In,This,Photo,Illustration,,A,Woman’s
En novembre à Charm el-Cheikh en Égypte, et en décembre à Montréal au Canada, les COP27 et COP15 sur la biodiversité, s'ouvriront dans un moment de "tension sur le multilatéralisme". [rafapress / Shutterstock]

Une cinquantaine de représentants d’États se retrouvent lundi (3 octobre) à Kinshasa (RDC) pour deux jours de réunions avant la COP27 prévue en novembre en Égypte qui, entre crise énergétique et tensions géopolitiques, s’annonce déjà comme un test important pour l’avenir du multilatéralisme.

« Nous n’avons pas le temps pour une guerre », a déclaré Rémy Rioux, directeur général de l’Agence française pour le développement (AFD), en ouverture d’une conférence de presse mercredi (28 septembre) sur les enjeux à venir pour le développement économique et le climat, à quelques semaines du lancement de la COP27.

Lors de la COP26 qui se tenait à Glasgow en novembre 2021, les États s’étaient quittés avec amertume : aucun accord probant n’avait été signé sur la suppression du charbon, si ce n’est des incitations à la réduction progressive de son utilisation.

Preuve de l’inconsistance de cette COP, le président de la République française, Emmanuel Macron, a dû répéter le 20 septembre devant les chefs d’État réunis en assemblée générale de l’ONU, que « notre premier combat collectif est l’éradication du charbon », et que « la crise ne doit pas nous faire perdre le cap ».

Mais la fin du charbon est loin d’être actée, surtout depuis que la guerre en Ukraine a remis au goût du jour son intérêt pour réduire la dépendance au gaz russe.

Crise profonde

C’est donc dans un « moment de crise profonde et multiple », pour reprendre les mots de Rémy Rioux, que s’ouvrira le 7 novembre à Charm el-Cheikh en Égypte, la COP27, et le 7 décembre à Montréal au Canada, la COP15 sur la biodiversité.

La guerre en Ukraine a en effet accru les tensions entre les différents blocs mondiaux. D’un côté, la Chine soutient silencieusement la Russie. De l’autre, les États-Unis chapeautent l’action de l’OTAN. Entre eux, les non-alignés d’hier et les fournisseurs d’énergie d’aujourd’hui transmettent leurs doléances pour négocier de futurs accords dans les meilleures conditions.

Le bilatéralisme reprend donc du galon, à l’instar des visites successives depuis cet été des dirigeants italien, français puis allemand, dans différents pays producteurs d’énergie fossile, du Sénégal au Qatar, en passant par l’Algérie. Tous sont en quête de contrats énergétiques.

En parallèle, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’est elle-même rendue en Azerbaïdjan pour diversifier le mix gazier de l’Union.

La COP27, celle de « la mise en œuvre » des engagements pris à la COP26, selon la présidence égyptienne, s’annonce donc dans une période de grande tension pour le multilatéralisme qui pourrait déteindre sur les discussions.

Climat et finance

Pourtant, les défis sont nombreux, à commencer par construire « une passerelle entre les univers Climat et Finance » comme le précise Thomas Mélonio, directeur Innovation, Stratégie et Recherche de l’AFD. La finance verte représentait 632 milliards de dollars en 2020, dont 185 milliards du réseau International Development Finance Club (IDFC) présidé par l’AFD. Elle devra néanmoins représenter 4 350 milliards chaque année en 2030.

Avec son « pacte vert pour l’Europe », l’UE s’est engagée à mobiliser au moins 1 000 milliards d’euros d’investissements durables au cours de la prochaine décennie.

Actuellement, les taux d’intérêt des banques se relèvent. Mais Papa Amadou Sarr, directeur du Département Mobilisation de l’AFD, se veut rassurant : « les financements sont en hausse partout » déclare-t-il, notamment vers les régions les moins dotées en moyens de production énergétique ou dotées de sources fossiles qu’il serait de bon ton de ne pas exploiter.

M. Sarr rappelle toutefois à son auditoire qu’en Afrique, « abandonner les énergies fossiles tout de suite n’est pas réaliste ». À EURACTIV France, il précise que, si l’AFD se positionne sur des investissements publics et non carbonés, « on ne peut pas empêcher les entreprises internationales de faire leur métier », c’est-à-dire investir, si elles le souhaitent, dans des actifs fossiles.

Pour éviter cette situation, et les tensions que cela produit comme autour du projet d’oléoduc de TotalEnergies entre l’Ouganda et la Tanzanie, il faudrait soutenir massivement la décarbonation de l’économie de ces régions, soutenir l’adaptation de leurs sociétés et compenser les pertes et préjudices dus au réchauffement climatique.

Et la biodiversité dans tout cela ?

Dans ce contexte de « tensions sur le multilatéralisme » selon Mathilde Bord-Laurens, responsable Climat et Nature à l’AFD, quelle place pour la négociation climatique, et a fortiori, pour le respect du vivant ?

Mme Bord-Laurens a beau rappeler la « dépendance de l’économie envers la biodiversité », la COP 15 sur la biodiversité, déjà maintes fois reportée, s’annonce creuse avant l’heure.

Selon elle, la géopolitique ne devrait pas éclipser la question du vivant, d’autant que le World Economic Forum rappelle que 44 000 milliards de dollars de PIB, soit un peu près la moitié du PIB mondial, sont « modérément » ou « hautement » dépendants de la nature.