Croissance : les dirigeants européens accouchent d’une souris
Le traité sur l’union budgétaire a reçu le feu vert politique attendu des dirigeants européens. Mais la feuille de route sur la croissance est, comme prévu, très inaboutie.
Le traité sur l’union budgétaire a reçu le feu vert politique attendu des dirigeants européens. Mais la feuille de route sur la croissance est, comme prévu, très inaboutie.
Depuis deux ans, chaque sommet européen ajoute un chapitre supplémentaire au mélodrame qui secoue la zone euro. Une fois n’est pas coutume, la tonalité de la rencontre des dirigeants européens, en grande partie consacrée à une feuille de route sur la croissance et l’emploi, lundi 30 janvier, a été bien différente.
« Ce ne sera pas une conférence de presse. Il n’y a rien qui ait été dit que vous ne sachiez déjà », a constaté Nicolas Sarkozy, à l’issue des discussions.??
Conformément aux recommandations des experts et des agences de notations, les dirigeants ont voulu donner l’impression de décentrer leur regard du cap unique de l’austérité. «Quand un pays est surendetté, qu’il s’agisse de l’État, des entreprises ou des banques, la première chose à faire est l’ajustement. Ensuite, on s’occupe de la croissance», estime Ariel Emirian, analyste du risque pays à la Société générale.
Mais l’initiative européenne tient plus du symbole que de l’engagement réel. Car la force juridique de l’accord fiscal, qui sera signé en mars, (en savoir plus ici) est sans commune mesure avec la déclaration d’intention sur la croissance et l’emploi, dépourvue de toute mesure chiffrée.
Alibi
Les dirigeants promettent ainsi de « créer de nouveaux emplois », notamment dans « l’économie verte », de s’attaquer au chômage des jeunes, de fournir une formation aux élèves en situation d’abandon scolaire, de favoriser les PME… Des vœux pieux à mi-chemin entre la stratégie Europe 2020, elle-même dépourvue de propositions chiffrées, et l’initiative pour les jeunes lancée le 20 décembre par la Commission.
Une piste intéressante émerge néanmoins avec la réutilisation des fonds régionaux. Selon Bruxelles, 82 milliards d’euros, dont 22 milliards d’euros émanent du fonds social européen (FSE), dédié à l’emploi, n’ont pas été dépensés. De cette dernière somme, quelque 747 millions reviennent à la France. Les États ont jusqu’à 2015 pour les consommer, mais le but serait de concentrer la manne du FSE sur les jeunes, dont 22% en moyenne sont au chômage dans l’UE.
Dans leur déclaration commune, les dirigeants se gardent bien d’avancer un quelconque montant. « Il n’y a pas d’argent derrière ces mots, commente Rebecca Harms, co-présidente des Verts au Parlement européen. C’est comme si les États avaient voulu se donner un alibi ». Et la méthode, seulement incitative, fait pâle figure à côté du ton coercitif du traité.
Ces prochaines semaines, la Commission suivra « ce dossier avec des réunions bilatérales avec les États membres les plus concernés » par le chômage des jeunes afin d’« améliorer le recours aux fonds structurels disponibles », précise un responsable européen.
Perles??
Le débat, aujourd’hui consensuel, pourrait se tendre si la dotation de fonds structurels revenant à chaque État était refondue en une seule cagnotte dédiée à la croissance et l’emploi. Mais l’heure n’est pas à une ambition de cette envergure. Elle est en revanche marquée par un consensus sur l’allègement des charges pesant sur le travail, en écho au débat français sur la TVA sociale.
Au-delà, il s’agit ni plus ni moins d’un enfilage de perles, de l’e-commerce au brevet en passant par des rappels sur le marché unique.?? Pas un mot de travers, en outre, sur les excédents allemands pourtant objets de critiques lors du forum de Davos. « Si Merkel ne change pas sur la stratégie sur les bas salaires, elle ne sera pas réélue en 2013 », prédit Rebecca Harms.
« Le pays a sa part de responsabilité dans la crise, mais ici en Allemagne, personne n’en parle, explique Stefan Seidendorf, directeur des études européennes à l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg. Il faudra se demander comment y remédier, car on ne va pas demander aux Allemands de vendre moins de voitures ».
Evacuer les vrais problèmes
??En se drapant dans le consensus, les dirigeants ont donc mis les dossiers plus brûlants entre parenthèses. Certes, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’ont pas dérogé à leurs traditionnelles discussions en marge du sommet, élargissant cette fois-ci leur cercle au premier ministre italien, Mario Monti. Mais la Grèce, « qui empoisonne le calendrier européen », estime Nicolas Sarkozy, n’a pas fait l’objet de décision particulière.
Pourtant le problème est loin d’être réglé, comme en témoignent les prolongations nocturnes entre le premier ministre grec Lucas Papademos et plusieurs responsables européens, dont José Manuel Barroso et Jörg Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne. Un sommet de l’eurozone pourrait même être convoqué la semaine prochaine si les négociations entre Athènes et les créanciers privés tournaient au vinaigre.?