La République tchèque peine à lutter contre la désinformation, avertissent les experts
La crise sanitaire actuelle a fait la lumière sur la nécessité de lutter rapidement et efficacement contre les campagnes de désinformation. Un combat que la République tchèque a longtemps sous-estimé. Un article d’Euractiv République tchèque.
La crise sanitaire actuelle a fait la lumière sur la nécessité de lutter rapidement et efficacement contre les campagnes de désinformation. Un combat que la République tchèque a longtemps sous-estimé. Un article d’Euractiv République tchèque.
Malgré tout, une société spécialisée dans la lutte contre les infox – Semantic Visions – a décidé de mettre un terme à sa coopération avec le ministère tchèque de la Santé.
« Il est temps de se retirer. Le gouvernement nous ignore. Il n’y a donc pas de raison de continuer [notre collaboration] », a fait savoir František Vrabel, leader de Semantic Visions, auprès de notre partenaire tchèque Hospodářské noviny.
Semantic Visions est une société sise à Prague et Londres spécialisée dans l’analyse de campagnes de désinformation sur le web. La structure coopérait avec le ministère tchèque de la Santé depuis octobre dernier afin de tracer et analyser les « fausses nouvelles » sur la Covid-19. Elle fournissait également des conseils sur la façon de les endiguer et de s’engager avec le public.
Toutefois, cette entente a pris fin en février, comme indiqué par la firme, avançant que le ministère et le gouvernement ignoraient toute recommandation.
En outre, M. Vrabel a ajouté que l’entreprise négociait actuellement une nouvelle alliance avec le ministère américain des Affaires étrangères.
Échec du gouvernement
De nos jours, il va sans dire que si un État n’est pas en mesure de lutter de manière efficace contre la désinformation et les infox en ligne, ses manquements ont des répercussions énormes sur la société et l’opinion publique.
C’est précisément ce qui est arrivé en République tchèque ces douze derniers mois. Alors que la pandémie s’aggravait, les campagnes d’informations fallacieuses en ligne florissaient.
De ce fait, de nombreuses infox sur la pandémie, la vaccination et le taux de décès circulent sur la toile. Une grande partie de la population tchèque croit d’ailleurs que la pandémie n’est qu’un leurre ; que la vaccination ne sert qu’à contrôler ou à tuer ; que les taux de décès sont fictifs ou faux. De plus, environ 17 % des Tchèques pensent que la Covid-19 n’est pas plus dangereuse que la grippe, de même que 46 % ne la perçoivent pas comme une menace, a révélé une enquête d’octobre 2020.
« Les effets négatifs de la désinformation ne font aucun doute, en particulier en temps de pandémie. L’on retrouve non seulement les infox concernant les mesures préventives ou les commentaires haineux, mais également la cybercriminalité et la fraude au consommateur », a soutenu Jan Lipavský (Pirates), membre du parlement grec et de sa commission permanente sur les menaces hybrides auprès d’Euractiv République tchèque.
« La confiance que la population porte aux institutions en pâtit également. Cette remise en question peut ensuite être utilisée par divers acteurs, ce qui pose des risques à l’ensemble de la démocratie », a-t-il poursuivi.
Pas de données, pas de campagnes
D’après Dominik Presl, expert en désinformation, communication et propagande, de l’Association des affaires internationales (AMO), l’impact de la désinformation est évident, mais il convient de mener davantage d’études dans le domaine.
« Malheureusement, environ 40 % de la population pourrait refuser de se faire vacciner, malgré le fait que les vaccins soient certifiés sans danger, parce que les gens ont peur des effets secondaires. Je pense que ce comportement irrationnel est largement causé par l’ « infodémie » que la République tchèque traverse à l’heure actuelle », a-t-il appuyé.
Une question demeure : comment les gouvernements nationaux devraient-ils lutter contre la désinformation ? Les experts, tels que M. Presl, ont trouvé une réponse évidente.
« Pour lutter efficacement contre la désinformation, il faut que les actions et la communication des gouvernements soient adéquates. Dès que nous nous retrouvons enlisés dans un cercle vicieux, il est malheureusement trop tard pour les mesures préventives », a-t-il signalé.
« Malheureusement, le gouvernement tchèque ne dispose de près d’aucune stratégie de communication pour contrer la désinformation. Prague n’a pas œuvré à la diffusion de campagnes visant à saper la désinformation ou à mettre en avant la vaccination, bien que les autorités aient annoncé le lancement de tels programmes depuis des mois », a-t-il conclu.