Défense : sécuriser les chaînes d’approvisionnement, un véritable casse-tête pour l’industrie

Alors que les pays occidentaux appellent à une augmentation de la capacité de production de l’industrie de la défense, les chaînes d’approvisionnement deviennent un facteur de risque, selon plusieurs sources de l’industrie européenne de la défense.

Euractiv.com
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Pour répondre aux besoins urgents de l’Ukraine en matière d’armement, l’UE a présenté un plan visant à stimuler la capacité de production de munitions et de missiles et a appelé les pays tiers, comme la Corée du Sud, à envoyer des munitions à Kiev. [EPA-EFE/Lewis Joly]

Alors que les pays occidentaux appellent à une augmentation de la capacité de production de l’industrie de la défense, les chaînes d’approvisionnement deviennent un facteur de risque, ont indiqué plusieurs sources de l’industrie européenne de la défense à EURACTIV.

Pour répondre aux besoins urgents de l’Ukraine en matière d’armement, l’Union européenne a présenté un plan visant à stimuler la capacité de production de munitions et de missiles et a appelé les pays tiers, comme la Corée du Sud, à envoyer des munitions à Kiev.

L’OTAN espère également dresser la carte des besoins à long terme de ses membres pour différentes capacités, comme EURACTIV l’a rapporté le mois dernier lorsque les ministres de la Défense de l’OTAN ont rencontré des représentants de l’industrie pour la première fois.

Toutefois, les représentants de l’industrie de la défense ont exprimé leur inquiétude quant au fait que les décideurs occidentaux n’ont pas suffisamment impliqué les fournisseurs dans les discussions visant à accroître la production, que ce soit au niveau du processus de prise de décision ou de la garantie de l’accès aux fonds.

Des fournisseurs déjà sous pression

Les entreprises qui produisent des équipements militaires font appel à toute une série de fournisseurs qui, à leur tour, doivent augmenter leur production et leur offre afin de répondre à la demande des acheteurs.

Dans le même temps, les fournisseurs sont déjà sous pression, avec l’impact de la pandémie de Covid-19 qui se fait encore ressentir dans de nombreuses industries que ce soit en Europe ou aux États-Unis, ont indiqué deux sources de l’industrie de la défense à EURACTIV.

Les fermetures consécutives dues à la pandémie, les baisses de commandes et la croissance économique limitée ont empêché les petites entreprises d’investir dans leurs stocks et ont déclenché des licenciements de personnel, selon les sources, qui ont ajouté que les choses commençaient seulement maintenant à revenir à la normale.

Par exemple, dans le but de sécuriser les chaînes d’approvisionnement, le fabricant d’avions et de missiles américain Boeing a commencé à investir dans d’autres pays, notamment sur le continent européen, a déclaré à EURACTIV le PDG de la société, Ted Colbert, en marge du Salon de l’aéronautique et de l’espace de Paris en juin.

La démarche visant à sécuriser la chaîne d’approvisionnement est d’autant plus importante avec la guerre en Ukraine, selon M. Colbert.

« Avec la guerre en Ukraine […] travailler ensemble en Europe […] est extrêmement important en ce qui concerne l’investissement dans la base industrielle, s’assurer que nous avons des chaînes d’approvisionnement solides, que nous avons des talents dans le monde entier pour construire la capacité ainsi que les compétences nécessaires à une base industrielle solide dans le monde de la défense », a-t-il expliqué aux journalistes.

Stocks stratégiques

Les sanctions occidentales à l’encontre de la Russie ont également visé les provisions de Moscou en composants, en particulier en technologies, pour la fabrication et l’entretien d’équipements militaires.

Dans le même temps, la Commission européenne a proposé sa propre stratégie de sécurité économique, qui inclurait la surveillance des investissements dans les chaînes d’approvisionnement situées dans des pays tiers.

L’Union européenne travaille également à l’élaboration d’une loi sur les matières premières critiques afin de diversifier les fournisseurs de ces matières, qui sont également utilisées dans les produits de défense et dans la transformation intérieure.

Les entreprises du secteur, qui travaillent avec leurs fournisseurs pour rationaliser et améliorer la distribution, affirment que la planification à long terme et les signaux de la demande aideraient à réduire les contraintes.

Plusieurs sources de l’industrie de la défense ont indiqué à EURACTIV que l’accès aux composants inclus dans les systèmes est essentiel et que le budget de l’UE peut jouer un rôle pour les sécuriser, par exemple en rationalisant les commandes ou en finançant des entrepôts.

À moyen et long terme, des « stocks stratégiques » pourraient être créés à travers le continent, pour lesquels le budget de l’UE pourrait être utilisé, selon trois sources industrielles.

Les États membres de l’Union devraient réfléchir à la « relocalisation de la chaîne d’approvisionnement » sur le continent afin d’éviter une forte dépendance vis-à-vis des pays tiers, a ajouté l’une des sources de l’industrie de la défense.

Un autre élément essentiel de la chaîne d’approvisionnement est le personnel nécessaire pour assembler les équipements, faire fonctionner les machines et diriger les opérations de production.

« Nous avons du mal à embaucher du personnel », ont expliqué plusieurs représentants de l’industrie de la défense à EURACTIV il y a deux mois, ajoutant qu’une vision à long terme devrait inclure des solutions pour aider à embaucher des employés avec des contrats à durée indéterminée.

Un signal clair pour l’approvisionnement

Sans savoir à quoi ressembleront les futurs stocks occidentaux et la demande, les entreprises du secteur de la défense hésitent à changer leurs méthodes, ont déclaré à EURACTIV plusieurs sources de l’industrie européenne de la défense.

« C’est à nouveau l’histoire de la poule et de l’œuf », a déclaré l’une d’entre elles, ajoutant que l’on ne peut pas s’attendre à ce que les États membres passent des commandes tant qu’ils ne savent pas que l’industrie sera en mesure de suivre et de produire.

Dans le même temps, les entreprises n’investiront pas dans l’augmentation de la capacité de production tant qu’elles ne seront pas sûres que les États passeront des commandes à long terme pour garantir un retour sur investissement.

Étant donné que la capacité de production de l’Union est fragmentée, tout comme ses commandes, l’UE pourrait intervenir en groupant les commandes et en planifiant un moyen d’« organiser » la demande, ont suggéré dix sources de l’industrie de la défense.

Les États membres du bloc s’engageraient ainsi clairement à procéder à des achats, ont-elles ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]