Des « amish » à la « fin de l'abondance » : le volte-face d'Emmanuel Macron
En préambule du Conseil des ministres de rentrée ce mercredi (24 août), le président de la République s’est fendu d’une expression qui divise, déjà, observateurs et acteurs de la vie politique, notamment à gauche.
En préambule du Conseil des ministres de rentrée ce mercredi (24 août), le président de la République s’est fendu d’une expression qui divise, déjà, observateurs et acteurs de la vie politique, notamment à gauche.
« Nous vivons la fin de l’abondance », lance le président à ses ministres : celle « des liquidités sans coût », des produits, de l’énergie, mais aussi de l’eau. Une manière pour Emmanuel Macron d’exhorter son gouvernement à prendre le sujet environnemental à bras-le-corps.
Des feux de forêts en France, au Portugal, en Grèce, à la baisse du niveau des fleuves en Allemagne et en République tchèque… Les exemples de la concrétisation du réchauffement climatique se multiplient et émeuvent les populations civiles, auxquelles le président semble vouloir montrer qu’il agit et qu’il est sensible aux changements.
Mais difficile pour l’entourage présidentiel de savoir quel ton adopter : alors que « c’est compliqué d’être optimiste quand on voit l’été qu’on a eu », selon les confidences d’un ministre à EURACTIV, un conseiller de l’Elysée assure que « l’esprit du gouvernement n’est pas du tout au pessimisme ».
Après « l’écologie des amish et de la lampe à huile »
« La fin de l’abondance » marque en ce sens un changement dans le discours présidentiel, qui dans le passé, a su se moquer de « l’écologie des amish et de la lampe à huile ».
L’ « anxiété » que peuvent ressentir certains Français marquerait une « grande bascule » selon le chef de l’Etat, qui décrit aussi ce moment comme étant « la fin des évidences […] et de l’insouciance ».
Un changement de ton qui se constate aussi dans les prises de position d’autres cadres de la majorité : Clément Beaune, ministre délégué chargé des Transports, a tendu la main aux écologistes en proposant une régulation européenne de l’utilisation des jets privés.
Mais certains observateurs appellent à la prudence face à des propos que les Français, qui ne vivent pas dans une forme d’abondance, pourraient juger hors sol. Certains craignent même que ces propos ravivent la flamme des gilets jaunes.
À cela, Pascal Canfin, eurodéputé Renaissance et président de la commission Environnement au Parlement européen, répondait, ce matin sur RTL, que des efforts devaient être entrepris, « en commençant par les plus riches ».
Dès lors, « il faut faire en sorte que ces jets soient obligatoirement zéro émissions à partir d’une certaine date », abondait-il, ce qui permettrait de tirer, ensuite, la technologie vers les avions commerciaux.
En outre, l’eurodéputé propose de légiférer sur les activités polluantes avec, pourquoi pas, la formation d’une « police » de la sobriété, afin que les incitations deviennent coercitives.
La directive européenne sur l’efficacité énergétique en cours de révision pourrait, d’ailleurs, devenir le premier texte européen avec des objectifs climatiques contraignants, notamment en matière d’efficacité de la consommation d’énergie finale.
La gauche grince des dents
En attendant, les oppositions, notamment de gauche, s’étouffent suite aux propos du président de la République.
« C’est bien qu’il s’en aperçoive », ironise la députée écologiste Sandrine Rousseau, sollicitée par EURACTIV France. Selon elle, le président « n’a rien fait » pour l’écologie durant son mandat, notamment au moment de la Convention sur le Climat.
La députée de Paris pointe aussi une forme d’hypocrisie d’Emmanuel Macron qui, « pendant qu’il y avait des incendies faisait du jet-ski », et de décalage par rapport à la vie de la plupart des Français : « la société de l’abondance, ça n’a existé que pour quelques-uns », scande-t-elle.
Selon elle, l’un des responsables de cette situation serait « le libéralisme », un système dans lequel « on fabrique des biens à l’autre bout de la terre » et qui a « créé une société de consommation ».
« Qu’est-il prêt à faire contre cela ? » lance-t-elle, interpellant le président.
À l’épreuve de la sobriété
Néanmoins, les autorités françaises et européennes se sont emparées du sujet de la sobriété énergétique, alors que la guerre en Ukraine contraint les approvisionnements en gaz russe et que la moitié du parc nucléaire français est à l’arrêt.
Ainsi, lors du compte rendu du Conseil des ministres, le porte-parole Olivier Véran a expliqué que le président tenait un discours d’honnêteté et de transparence, appelant la Nation à l’unité.
Pour préciser les propos du président, M. Véran a ajouté que le gouvernement ne souhaitait pas forcer les Français à réduire leur consommation, mais les accompagner vers des « attitudes vertueuses ».
Avant l’été, la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, s’était exprimée à plusieurs reprises sur la nécessité pour les Français de ne pas régler la climatisation en dessous de 26°C cet été, et en préparation des contraintes énergétiques à venir, de ne pas mettre le chauffage au-dessus de 19°C cet hiver.
Des mesures qui, pour le moment, ne sont pas contraignantes pour les particuliers, à l’image de celles imposant la baisse de 15% de la consommation de gaz au sein de l’Union européenne négociée par les États membres.
[Théo Bourgery-Gonse a contribué à la rédaction de cet article]